ÉTENDUE ET PLAN DU PRÉSENT TRAVAIL
La longueur du texte, quelque réelle qu^elle soit, n'est pas non plus de nature à nous décourager ; et, depuis qu'on a vu publier en moins d'une génération plusieurs collections volumineuses et les encyclopédies les plus compactes, il n'est plus permis de se laisser détourner par le souci de la grandeur ou de retendue d'une œuvre. Nous en sommes d'autant plus convaincu^ que nous avons vu mener avec succès et sur une grande échelle la publication d'une collection religieuse intitulée : <t Cours complet de patrologie, ou Bibliothèque universelle des pères de l'Église » . Cette masse de textes grecs et latins a été publiée par M. l'abbé Migne seul, et forme deux parties : l'une latine, de 222 volumes publiés en onze ans, soit plus de 20 volumes par an; l'autre grecque, de 162 volumes, parus en neuf ans, soit 18 volumes par an. Total : 884 volumes (in-^^').
La présente tâche est bien moindre, réduite à la traduction du Talmud de Jérusalem, qui forme la série la plus intéressante, la première par ordre de date. Le Talmud de Babylone est plus connu, mieux écrit et mieux étudié, parce qu'il renferme plus de casuistique et de scolastique (jpilpoul), et il eût été beaucoup plus aisé pour notre travail de lui donner la priorité. Nous n'avons pas hésité à sacrifier ces considérations de facilité, d'allégement de peine, par égard pour l'intérêt qu'offre la matière du Talmud de Jérusalem, précisément parce qu'd est moins connu et moins étudié. Son dialecte est bien plus corrompu et bien plus écourté que celui du Babylonien ; mais il offre un aspect plus primitif, un plus grand
1. Renan, Histoire des langues sémitiques, 1. III, ch. I, p. 233 (4« edition'. Dans l'un de ses cours au collège de France (reproduit pas la Revue orientale, t. X, pp. 213-226 : de la littérature araméenne), S. Munk disait : « Ce langage offre de grandes analogies avec celui, encore plus corrompu, que l'on trouve dans les livres des Mendécns, appelés improprement chrétiens de S. Jean. La langue de la Gwemam, reproduite probablement dans le langage habituel des écoles, et celle des Mendéens nous représentent sans doute, l'une et l'autre, le dialecte vulgaire qu'on parlait en Babylonie dans les premiers siècles de l'ère chrétienne ».
nombre de documents originaux qui méritent Tattenlion et inspirent plus qu'une vaine curiosité ^.
« Le lerouschalmi, né sur le sol de la Palestine, dit M. Derenbourg (dans l'Encyclopédie des sciences religieuses, art. Talmud)^ a Tavantage de peindre, mieux que le Babli, l'activité des écoles durant les premiers siècles, la vie publique dont il reste toujours de fortes traces chez un peuple qui continue à liabiter le pays où il avait joui de son indépendance, et de faire allusion à certaines institutions juives fort intéressantes qu'en Babylonie on ne reconnaissait pas... La langue de la Guemara de Jérusalem est la même que celle des versions aramoennes de la Bible nommées hierosolomytaines. Cependant les formes sont plus vulgaires, les élisions et contractions plus fréquentes. Le dialecte hierosolomytain de l'araméen chrétien, connu surtout par la publication de VEuangeliarhm, jette une grande lumière sur beaucoup de mots d'une analyse difficile. Au fond, nous avons dans celte Guemara l'image fidèle de la langue parlée en Galilée avec toutes les incorrections et négligences pour lesquelles la population de cette province septentrionale de la Palestine a été si souvent stigmatisée par les Rabbins. On s'imagine facilement ce que pouvaient être de simples notes prises ainsi par les élèves pendant l'exposé de Vamara au Beth-hammidrasch i>.
Chose singulière, le Talmud babli porte lui-même des sentences en sa défaveur comparativement au Jérusalémile ^. En outre, nous nous sommes laissé guider par l'étendue relative des textes : cette série a onze volumes, tandis que la série babylonienne, pour être traduite textuellement, en exigerait environ cinq fois autant.
La série palestinienne, il est vrai, se trouve actuellement mutilée de plusieurs parties, selon la constatation déjà faiîe ^. Les tristes conditions d'existence des Juifs, lors de la rédaction fin;\le de ce grand travail, ont certainement pu en être la cause ^. Mais elles ne suffiraient pas à expli-