l]., Ir. Eroubin, loi
disent-ils, ne suffit pas pour dcmonlrcr mcmc^(c une vérité d. Voici, à l'appui, la légende suivante :
« Une grave question de doctrine s'était soulevée dans un bclhdin entre R. Éliézer et ses collègues; elle concernait l'application de la loi aux choses pures et impures. Tous les arguments présentés par 11. Éliézer en faveur de son opinion avaient été combattus et repoussés : « Si la raison est de mon côté, s'écrie enfin le docteur avec indignaiion, que « cette plante de caroubier qui est là près de nous en soil la preuve ». Aussitôt la plante s'arrache à ses racines et se transporte du côté opposé. T Qu'importe ce prodige? s'écrient ensemble les autres docteurs, « et que prouve ce caroubier dans la question qui nous divise? — Eh d bien, reprend R. Éliézer, que ce ruisseau qui coule près de nous dé- « montre la vérité de mon opinion i>\ Et soudain, ô merveille! les eaux du ruisseau remontent vers leur source, a Qu'importe, s'écrient de « nouveau les autres docteurs, que les eaux de ce ruisseau s'écoulent « en bas ou en haut? il n'en résulte aucune preuve pour notre dis- (t cussion. — Que les murs de cette salle, dit R. Éliézer, soient donc (( mes témoins et mes preuves »! Et aussitôt les colonnes se courbent et menacent ruine. << 0 murailles, s'écrie alors R. Josué, lorsque les sages «r discutent sur l'interprétation de la loi, qu'avez-vous à faire là-dedans )>? Et les murailles s'arrêtent dans leur chute, contenues par la voix austère du docteur respecté. « Que la voix de Dieu prononce donc entre nous » ! dit R. Éliézer. Et, en effet une voix surnaturelle se fait entendre dans les hauteurs, disant : ce Cessez de contredire R. Éliézer; la raison est de d son côté ». Mais R. Josué se lève, et protestant contre la voix mystérieuse, il s'écrie : <( Non, la raison n'est plus cachée dans le ciel ; elle a <r été donnée à la terre, et c'est à la raison humaine qu'il appartient de a la comprendre et de l'interpréter ; ce ne sont plus des voix mysté- (T rieuses, c'est la majorité des sages qui, seule, doit décider désormais • les questions de doctrine ». Ainsi, pour le talmudisme, la période miraculeuse est close; les discussions des docteurs dominent les paroles des prophètes; le raisonnement remplace l'inspiration divine; lecommen-
1. Kilo se trouve au B., tr. Baba Metsia, fol. 59. Cî. J. trad., t. VI, p. 322.
laire, livre à la libre inlerprélalion des majorités, supplée à la loi révélée,
désormais complète et donnée à la terre.
a Aussi le mouvement des écoles et des sectes est-il prodigieux pendant la durée du second temple. L'histoire nous a conservé le nom et les doctrines des plus importantes. Qui ne connaît, du moins sous leur dénomination générale, les Pharisiens, les Sadducéens, les Esséniens, ces trois grandes divisions du judaïsme depuis le retour de la captivité de Babylone?De nombreuses écoles existaient, en outie, sous ces appellations générales. Nous connaissons moins les conditions intérieures des Sadducéens et des Esséniens que celles des Pharisiens, dont le Talmud nous a conservé avec tant d'attention les doctrines diverses; mais à la multitude d'écoles que nous révèle ce monument du talmudisme, on doit penser que les auti es grandes sectes n'étaient pas moins divisées que le pbarisaïsme sur leurs doctrines générales.
î 11 est inutile que nous étudiions ici les caractères particuliers à chacune de ces grandes sectes. On sait que les Sadducéens, qui étaient d'ailleurs, en réalité, plutôt un parti politique qu'une secte religieuse et qui disputaient aux Pharisiens le pouvoir populaire, s'en tenaient rigoureusement au texte biblique, n'admettant pas l'autorité de la loi orale et traditionnelle, et renfermant obstinément tous les progrès de l'esprit humain dans la lettre de la loi écrite. Tout ce qui n'était pas clairement et positivement écrit dans les livres sacrés, était impitoyablement repoussé par eux. Il n'y avait à leurs yeux d'autre esprit, d'autre être immatériel que Dieu; ils n'admettaient ni la doctrine des anges, ni l'immortalité de l ame, ni les peines et les récompenses de la vie future.
4 Au point de vue social et pratique, c'étaient si l'on peut parler ainsi, des conservateurs opiniâtres, tandis que les l^harisiens étaient les libéraux et les progressistes du judaïsme, vivifiant la lettre par i'e-prit, proclamant la liberté de la pensée, donnant aux décisions de la majorité une puissance obligatoire, et marchant, suivant les mœurs et les époques, dans une voie indéfiniment progressive qui a sauvé le judaïsme de rimmobilité et de la mort. A côté d'eux les Flsséniens étaient des espèces d'ascètes, des mystiques, qui faisaient de la pureté absolue, de la vertu sans tache, le but de la vie immaine.
« Il est impossible de passer ici sous silence" une autre grande secte que l'on peut appeler l'hellénisme, et qui avait tenté jusqu'à un certain point la conciliation du mosaïsme avec la [)hilosophie ; école puissante, dont Philon a été l'expression et Alexandrie le foyer, et qui a IVayé évidemment la voie au triomphe des apôlres chrétiens, i Alexandrie avait un temple à l'exemple de Jérusalem ; mais la langue grecque et les mœurs grecques avaient envahi la population juive de ce grand centre intellectuel, et le judaïsme pur y avait beaucoup dévié de sa rigidité primitive.
« Ce qui frappe et étonne surtout dans ce gigantesque mouvement d'idées, d'opinions, de principes, de sectes et de partis, c'est que la contradiction y est sans colère, la latte sans haiae, les dissentiments sans discorde ^ . Il n'y a là ni schisme, ni hérésie, ni persécution, ni fanatisme. Toutes ces écoles divergentes vivent côte à côte paisiblement, en bonne intelligence. Pharisiens, Sadducéens, Esséniens, tous se rendent ensemble, aux jours consacrés, dans le temple du Dieu vivant, et nul anaihème ne s'y formule contre ceux qui n'adoptent pas la décision de la majorité. Jamais, dans aucune société politique ni religieuse, le droit sacré des minorités ne fut aussi largement reconnu et respecté qu'en Israël, à l'époque talmudique. Le Talmud rapporte toutes les opinions, toutes les erreurs, simplement, sans parti pris, sans exprimer la moindre parole de blâme contre les dissidents. Et, en effet, l'histoire du talmudisme ne nous révèle pas un seul fait duquel il résulte que cet immense amas de contradictions et de controverses religieuses ait été l'occasion d'une lutte civile. Il y avait là des dissidents nombreux ; on n'y trouvait pas des ennemis. Pourvu que chacun reconnût l'unité du Dieu d'Israël, pourvu qu'on ne portât point atteinte aux dogmes fondamentaux de la loi, pourvu qu'on ne tentât pas d'introduire en ludée le culte des idoles, toutes les opinions étaient tolérées et tous les partis étaient libres ».
En somme (selon les termes de M. Ad. Franck, ibid), le Talmud n'est pasl'œuvre d'un homme, d'une école ou d'une secte particulière, mais celle d'une race et d'une religion: c'est l'œuvre collective du Judaïsme