‹ Le Talmud de Jérusalem; (volume 5)Chapitre 221 sur 227 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

i. Comment prélève-t-on les prémices? On dcFcend dans son jardin, et lorsqu'on y voit une première figue mûre, ou une grappe de raisin, ou une grenade mûre, on l'entoure d'une liane * et on la désigne pour servir de prémices. R. Simon dit: malgré cette opération, on les dénomme de nouveau comme prémices, après les avoir cueillies.

2. Comment les apporte- t-on au Temple? Les habitants des communes d'un même district '^ se réunissaient au chef-lieu du district, et passaient la nuit sur la place publique, sans entrer dans les maisons ^ Le lendemain de grand matin, le préposé disait: Venez et montons à Sion, vers la maison de r Eternel notre Dieu (Jérémie, XXXI, 6).

D'après R. Simon (qui dit, au § 1, que malgré celte opération, on les dénomme de nouveau etc.), lorsqu'on n'a pas fait la désignation nominale sur des fruits coupés, ils ne sont pas consacrés * ; ils ne forment pas un mélange interdit en cas de jonction avec du profane (même au-dessous de cent parts) ; on n'est pas tenu d'ajouter un 5° supplémentaire si on les consomme, et Ton ne subit pas la peine des coups si on les mange hors de l'enceinte. Quel est le motif des autres rabbins pour autoriser la désignation antérieure? C'est que, disent-ils, il est écrit (Deutér., XXVI, \0): Maintenant, voici que f ai apporté les premiers fruits de la terre ; il faut donc qu'à ce moment le fruit soit mûr, mais lors de la désignation il peut n'être que du verjus, ou un produit hâtif. Selon R. Simon au contraire, il faut même pour cette dernière opération que le fruit soit mûr. R. Zeira demanda ; est-ce que les prémices d'une branche greffée sur son vieil arbre (dont les produits mûrissent plus vite) peuvent impliquer les fruits de la souche s'ils fleurissent à ce moment? (Question non résolue). — On a enseigné: les prémices des fruits auront une proportion de 1/60, la prémice de la tonte 1/60, de même que Foblation de l'impur aura 1/60. R. Ismaël dit aussi : les prémices seront de 1/60, ainsi que la péa, l'oblation de l'impur et celle des objets dont le cohe;i n'a pas souci ^, savoir celle que Ton prélève sur les figues- inférieures, sur les choux et sur l'orge de l'Idumée. On entend par gens d'un même district (§ 2) p. ex. ceux du ressort du prêtre Yehoyarib (I chron. IX, 10). Que ne passaient-ils la nuit à la synagogue? R. Halafta b. Saul répond qu'ils n'y entraient pas pour éviter toute impureté provenant par contagion de la tente (du même toit). En route, on disait (Ps. CXXII, i): Je me réjouis quand on me dit : Allons au temple du Seigneur ^ Lorsqu^on était arrivé à Jérusalem, on récitait la suite : Nos pieds

i. Identifié à juste titre par Maïmonide avec gamim^ gomme, que Freitag traduit: Planta recens ex arida progerminans. — 2. La Palestine était divisée en 24 cet clés, ayant chacun son chef local pour les offrandes. — 3. Pour éviter toute possibilité de contact impur. — 4. Sifri sur Korah, no 117. — 5. Cf. Tossefta à Trouma, ch. V: et ci-dessus, tr. Or La, ch. II, § 1, fin.— 6. Voir Ekha-rabba, sur Lament. I, 17,

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se sont fixés dans ton enceinte^ Jérusalem. Lors de Tarrivée à la montagne sainte, on entonnait le cantique (ps. CL): Alleluiah. Louez l'Éternel dans son sanctuaire etc. Enfin, dans le parvis, on disait (ib): qu,e tout ce qui a une âme loue le Seigneur !

3. Les habitants rapprochés offrent des figues et raisins frais; les éloignés offrent des fruits secs (de crainte de détérioration). Un bœuf marche devant, aux cornes dorées, une couronne d'ohvier en tête. Une flûte les précède en faisant résonner l'écho, jusqu'à l'approche de Jérusalem. Arrivé là, on envoyait des représentants el l'on couronnait les prémices d'ornements *. Les chefs des cohanim avec leurs lieutenants et les trésoriers viennent au-devant des nouveaux arrivés, sortant dans un rapport proportionnel aux arrivants. Tous les ouvriers occupés à Jérusalem se lèvent devant eux ^ pour s'informer de leur santé et leur disent : Nos frères, habitants de tel endroit, soyez les bien venus !

Jusqu'à quelle distance les habitants sont-ils proches? Si elle est assez courte pour que Ton puisse prélever des meilleurs produits et qu'ils restent verts à Jérusalem. Lorsqu'on veut p. ex. offrir des figues comprimées, on peut en apporter si elles sont aussi belles qu'à Keila ^, non si elles sont chétives comme à Boçra. — Il va sans dire que le bœuf sera sacrifié sur l'autel. Mais sera-ce en holocauste, ou comme sacrifice piiciflque? Selon R. Imi, ce sera un sacrifice pacifique (dont le propriétaire mangera la majeure part) ; selon Rab, on en débarrassera l'autel (en holocauste). R. Zeira enseigna : lorsqu*un homme seul se trouve avoir été en retard (et ne peut offrir seul un bœuf, aux cornes dorées), il présentera un chevreau, aux cornes argentées. Pourquoi le couronne-t-ou d'olivier? parce que c'est de l'une des 7 espèces privilégiées de la Palestine. On a enseigné : celui qui a pour prémices des figues sèches les couronnera de vertes ; celui qui offre en prémices des raisins secs les entourera au moins d'un rang de raisins frais. — Comment la Mischnâ dit-elle que l'on sort au devant des arrivants, en raison de l'honneur à leur rendre ? Ne sait-on pas qu'à Jérusalem l'égalité règne, et qu'il n'y a ni grands ni petits ? Voici ce qu'elle a voulu dire : On sortait en foule, dans un nombre proportionnel à celui des arrivants. Pourquoi déranger les ouvriers ? Ne déduit-on pas * du verset (Lévit. XIX, 32): Tu te lèveras devant un vieillard et l'honoreras, que toute expression de respect sera, comme ce devoir-là, rendue de façon à ne pas causer une perte d'argent ? C'est différent pour la cérémonie des prémices, qui n'a lieu qu'une fois l'an. R. Yossé bar R. Aboun dit au nom de R. Houna b. Hiya ^: On peut conclure de là quelle est la valeur attachée aux personnes qui exécutent les préceptes religieux, puisque devant un vieillard l'ouvrier n'est pas tenu de se déranger de son travail, tandis qu'il le doit pour

i. On rangeait les fruits, et autour de l'ensemble, on disposait les plus beaux en cercle. — 2. Cf. Babil, tr. Kidduschin, f. 33a ; tr. Huilin, f. 54b. — 3. Neubauer, p, 132.— 4. Babli, tr. Kidduschin^ f. 39K— 5. Ib. f. 33^ ; casuist. Yad Elie, n© 54.

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ceux qui viennent offrir les prémices. Aussi, ajoute-t-il,ceux qui se lèvent devant les morts lorsqu'on les porte au cimetière rendent hommage, moins aux morts, qu'à ceux qui accomplissent la bonne œuvre de les transporter. Combien de fois doit-on se lever lors du passage d'un vieillard? Simon L. Aba dit au nom de R. Yohanan : 2 fois par jour (pas plus que devant Dieu). Selon R. Eliézcr, une seule fois par jour (pour qu'il n'y ait pas de comparaison avec le service divin). Mais R. Simon b. Eliézer n'a-t-il pas enseigné : On sait que le vieillard est dispensé de toute fatigue en vertu du verset (précité) : Tu l'honoreras, et tu craindras ton Dieu : je suis l'Eternel. Or, on s'explique cette déduction selon R. Yohanan (qui est d'avis de se lever devant le vieillard 2 fois ; à ce dernier, il suffira de se lever une fois) ; mais, selon R. Eliézer (qui ne parle que d'une seule salutation), est-ce à dire que, pour éviter de fatiguer le vieillard, il ne devra pas se lever du tout, même une fois ? On veut dire, répond R. Jacob b. Aha au nom de R. Eliézer, que lorsqu'il lui arriva de passer devant toute une compagnie de vieillards, ceux-ci n'auront pas à se déranger pour un seul. De même que R. Yohanan et R. Eliézer diffèrent d'avis au sujet du nombre de fois à se lever devant un vieillard, de même ils diffèrent d'avis au sujet des saints que l'élève doit adresser au maître. R. Hiskia, R. Hanina fils de R. Abahou dit au nom de R. Abdima de Hipa : lorsqu'un vieillard passe à une distance de 4 coudées, on doit se lever, mais l'on peut se rasseoir dès qu'il a passé ; tandis que pour le grand prêtre, il faut rester levé depuis qu'on l'aperçoit jusqu'à ce qu'il soit hors de la vue, en vertu de ce qu'il est écrit (Exode, XXXIIL 9) : Dès que Moïse se rendait à la tente, tout le peuple se levait, etc. *. Deux docteurs interprètent diversement cette vue : selon l'un, c'était un hommage envers le législateur ; selon l'autre, c'était au contraire pour le déprécier; selon le premier, on regardait le sage, afin de jouir de sa vue et d'en être béni ; le second dit que le peuple regardait ses robustes épaules et ses genoux gras, en disant qu'il a bu et mangé du bien des Juifs, dont il s'est engraissé et dont il a tiré tout son argent. — L'arche sainte est tournée vers le peuple ; vers lui se tournent aussi les prêtres en donnant la bénédiction, et les Israélites se tournent vers le sanctuaire. R. EUézer dit que la Tora (le maître) ne reste pas debout devant son fils ou disciple. Samuel dit que l'on n'a pas besoin de se lever devant le compagnon instruit qui n'a pas encore le titre de sage, ou n'est pas vieux. R. lia et R. Jacob b. Idi étant assis, Samuel b Aha vint à passer, et ils se levèrent devant lui. Il leur dit : vous vous êtes dérangé pour moi à double titre inutile : 1° je ne suis pas vieux ; 2** je suis votre élève, et la Tora ne se tient pas debout devant son fils. R. Zeira raconte que R. Aha (le scribe religieux) s'interrompait do son travail pour se lever devant tout vieillard, ayant égard à la recommandation de R. Hanania dans renseignement suivant - : ceux qui écrivent les rouleaux de la loi, les phylactères, la mezouza {d.\i^ linteaux de porte), doivent s'interrompre

1. Ib. f. 33^ ; même série, tr. Schekalim, V, 3 (f. 49^). — 2. Cf. même série, tr. Berakhôth, III, 2 (I, p. 60) ; tr. Schabbath, I, 1, fin (f. 3^); babli, tr. Succa, f. 26a.

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pour réciter soir et matin la prière du schema, non pour celle de l*amida (moins grave) ; selon R. Hananiab. Akabia, on devra également s'interrompre pour cette dernière, ainsi que pour accomplir d'autres préceptes de la loi (donc aussi, pour se lever devant un vieillard).

Lorsque Hiskia b. Rab avait suffisamment étudié la loi le jour, il allait s'asseoir à la porte de la salle d'études pour voir passer les vieillards et se lever devant eux. Juda b. Hiya avait l'habitude d'aller chaque vendredi s'informer de la santé de son beau-père R. Yanaï ' ; il allait s'asseoir à un endroit élevé pour le voir de plus loin ; cl dès qu'il l'apercevait, il se levait. Mais, lui dirent ses disciples, notre maître ne nous a-t-il pas enseigné que, pour un vieillard, on se lève à une distance de 4 coudées do son approche? C'est vrai, dit-il, mais l'on ne reste pas assis devant le Sinaï (représenté par R. Yanaï). Un jour, il ne vint pas prendre part aux études comme d'ordinaire. Il n'est pas possible, dit le maître, que mon fils Juda change ainsi d'habitude, et il ne se peut pas non plus qu'il soit malade, car les souffrances n'ont pas de prise sur le corps d'un tel sage ; il faut donc croire qu'il est mort. Lorsque R. Meir voyait même un vieillard ignorant, il se levait devant lui. Aussi dit-on de lui : ce n'est pas en vain (sans mérite) qu'il vécut longtemps. R. Hanina réprimandait ceux qui ne se levaient pas devant lui et leur disait : comptes-tu abolir la Loi (en ne te levant pas devant ses représentants) ! R. Simon interprète le verset biblique, disant : (ib.) « Tu te lèveras devant un vieillard et honoreras sa face ; tu éprouveras du respect pour ton Dieu ; je suis l'Eternel. » Dieu déclare ainsi avoir institué lui-même l'usage de se lever devant les vieillards 2, par l'exemple suscité devant Abraham (Genèse, XVIII, 2).

Lorsque le Naci entrait dans une salle', tous se levaient devant lui, et nul n'avait le droit de s'asseoir jusqu'à ce qu'il l'ait dit. Lorsque le président du tribunal entrait, on lui faisait plusieurs cercles de gens, et il choisissait celui où il voulait entrer. Quand un sage entrait, une personne se levait, puis une autre s'asseyait, et ainsi de suite jusqu'à ce que le sage était arrivé à sa place et s'y asseyait. Il était d'usage, lorsque R. Meir allait à la salle d'étude, que tous ceux qui le voyaient se levaient devant lui. Lorsque Simon se rendit dans la même salle pour y enseigner à son tour et qu'on voulut agir de même envers lui, il s'en irrita et s'écria : j'ai entendu dire '' que l'on doit s'élever, monter dans la pratique des saintetés (et ce serait descendre de vous lever aussi pour moi). Lorsqu'on voulut nommer R. Zeira aux fonctions de naci, il refusa d'accepter ; mais ayant entendu enseigner ^ que, chez le savant, ouïe fiancé, ou le chef d'une communauté, les grandeurs (la charge) font pardonner les péchés, il accepta le titre qu'on lui offrait. 1° Après le verset « Tu te lèveras devant un vieillard et l'honoreras », il est dit : Si un étranger séjourne dans votre pays ; vous ne devrez pas le blâmer (lui reprocher son idolâtrie

1. Babli, tr. Kethoubôth, f. 52^. — 2. Même série, tr. Rosh-ha-schana^ I, 3 (f. 57*» en haut) ; fVayyikra rabba, c. 35. —3. Babli, tr. Horaiôthy f. 13^. — 4. Tr. BC" rakhôthy f. 28» (I, p. 335).- 5. Tr. Horaioth, III, 3; B. Synhédrin, f. 14».

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antérieure) ; or, de même qu'on lui pardonne ses fautes antérieures, de même Dieu annule celles du sage qui est nommé aux fonctions présidentielles. 2° Il en est ainsi pour le fiancé, selon ce verset (Genèse, XXVIII, 9) : Esaû se rendit auprès d'Ismael et prit pour femme Mo halat/i, fille d'Ismael; or, le véritable nom de cette dernière n'était pas Mohalath, mais Bosmath *, et ce surnom lui a été seulement donné pour dire que ses fautes antérieures ont été pardonnées, bwû. 3° Il en est de même pour le Naci, selon ce verset (I, Sam. XIII, 1) : Saill était âgé d'un an en montant sur le trône ; ce n'est pas à dire qu'il n'avait qu'un an, mais il était déclaré aussi innocent qu'un enfant d'un an 2. R. Mena méprisait ceux qui acquéraient les voix à la présidence rabbiniquc par de l'argent \ R. Imi leur appliquait ce verset (Exode, XX, 20) : Vous ne fabriquerez pas des dieux d'argent ou d'or. Enfin R. Oschia disait d'un tel homme que le talith dont il est revêtu ressemble au bât d'un âne. R. Scheïn dit : devant un tel président' nommé par l'argent, on ne se lèvera pas, on ne l'intitulera pas Rabbi, et son talith équivaut au bât d'un âne. Comme R. Zeira et un autre rabbin étaient assis l'un auprès de l'autre, un tel président nommé par son argent vint à passer. Le second rabbin dit à R. Zeira : faisons semblant d'être préoccupés des études, afin que (sans ostentation) nous n'ayons pas à nous lever devant lui. Jacob, habitant du village de Neboria" interprétait ce verset (Habacuc, II, 19) : Malheur à ceux qui disent au bois de s'éveiller ou à la pierre muette de s'éveiller ; enseignera-t-elle quelque chose, c'est-à-dire celui qui sait enseignera-t-il ? Puis : Voici, elle est couverte d'or et d'argent, parce que le savant ne devra pas être promu par son argent ; il n'y a aucun esprit dedans, il n'a pas de sagesse, n'ayant 'rien appris, et il a osé exprimer le désir d'être nommé le chef, tandis que l'Eternel est dans le temple de sa sainteté : c'est R. Eliézer b. Isaac, se trouvant dans la synagogue de la révolte à Gésarée ^, qui doit occuper le premier poste. R. Amé demanda à R. Simon : as-tu entendu dire que l'on nomme des vieillards à la présidence hors de la Terre-Sainte? Non, dit-il, on ne les délègue pas à ces fonctions (avec pouvoir juridique). En effet, dit R. Levi, il y a un verset qui l'indique formellement (Ezéchiel, XXXVI, 17) : fds de l'homme, ceux de la r)iaison d'Israël, qui demeurent dans leur terre ; d'où l'on déduit que la résidence (religieuse) n'aura lieu que sur la terre. Les rabbins de Gésarée disent que l'on nomme des chefs au dehors, à la condition d'un prochain retour en Palestine. Ainsi, R. Isaac b. Nahman qui était à Gaza fut nommé dans ces conditions, ainsi que R. Zemina à Tyr. De même, R. Yôna était déjà inscrit au registre pour les nominations ; mais il n'accepta pas d'être nommé, en disant quil attendrait la nomination même de son maître, lequel étant allé en Palestine fut nommé là et put nom-

1. BabU, tr. Meghilla, f. 16^; Raschi à Genèse, XXXVI, 3.-2. Babli, tr. Ydma, f. 22^ — 3. Midrasch Rabba sur Samuel, ch. 7. — 4. B. tr. Sijnhédrin, f. 7b. Cf. Neubauer, p. 270. — 5. Ib. p. 95, n. \ ; Derenbourg, /Ti'^aî, etc. p. 256; et notre trad, t. I, p. 555.

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mer à son tour R. Yôna *. R. Hama dit : Juda b. Titus étant à Rome fut nommé à condition de retour. Cependant, Simon b. Wawa étant à Damas, on nomma des gens qui lui étaient inférieurs, bien qu'il n'eût pas la chance d'être nommé. Ainsi, Simon b. Aba qui était expert en perles précieuses, comme en toutes choses, non seulement n'en avait pçis, mais n'avait guère une miche de pain à manger. C'est à lui que 11. Yohanan appliquait le verset (Ecclés. IX, 11): Ni le pain pour les sages, en ajoutant: Ceux qui ne reconnaîtront pas les actes accomplis par Abraham ne pourront cependant pas refuser de reconnaître la conduite méritoire de ce sage. A ce même Simon b. Aba, R. Abahou envoya une lettre dans laquelle il mit de ses cheveux blancs pour attester sa vieillesse et lui dit : En faveur de mon grand âge, viens en Terre-Sainte me suppléer dans mon enseignement. 0 ! se disait-il, qui pourrait te désiller les yeux I ce doit être R. Yohanan. Moi qui suis aussi peu que la poussière des pieds, j'ai été nommé à la présidence ; tandis que R. Simon, qui figure ce qu'il y a de plus précieux ', ne serait pas nommé I

4. La flûte continuait à résonner devant eux jusqu'au moment de parvenir sur la montagne sainte. Arrivé là, chacun et même le roi Agrippa en personne prenait le panier sur l'épaule et montait jusqu'à l'arrivée au parvis. Parvenus là, les lévites entonnaient le cantique (Ps. XXX) : Je f exalte, o Eternel, car tu m'as tiré des profondeurs et tu nas pas permis à mes ennemis de se réjouir à mes dépens,

5. Les colombes qui se trouvaient au-dessus des paniers ' servaient d'holocauste, et ce que Ton avait en mains était remis aux prêtres.

(5. Pendant que l'on avait encore le panier sur les épaules, on récitait le texte biblique prescrit (Deuléron. XXYI, 3-10)^ depuis les mots « Je dis aujourd'hui à l'Eternel ton Dieu etc. » jusqu'à la fm du chapitre. Selon R. Juda, on lit jusqu'aux mots : « Mon père était un araméen nomade. )> Après ces mots, on descend le panier de l'épaule, on le retient par les lèvres, le cohen le soutient de la mam, le soulève (pour l'acquérir) ; puis, on lit les derniers versets du passagt en question ; l'on dépose l'offrande à côté de l'autel, on s'incline et l'on sort.

7. Au commencement, tous ceux qui savaient lire lisaient eux-mêmes ledit passage ; et, pour ceux qui ne savaient pas hre, d'autres faisaient la lecture. Lorsque, plus tard, on se retint d'apporter les prémices (par honte de ne pas savoir lire), on établit l'usage des lecteurs publics pour chacun.

8. Les gens riches ^ offrent leurs prémices dans des hottes (y.aXaÔoç) plaquées d'or et d'argent; les pauvres les apportent dans des paniers en branches de saule tressées. L'on remet aux prêtres des paniers avec les fruits.

1. V. dans TAppend. à l'éd. Itrotoscliin, f. 33<^, une longue note sur l'enseignement tantôt préconisé, tantôt interdit, des jeunes savants. — 2. Litléial. : un surtout d'étoffe précieuse, V. Sachs, Beitrœge, II, p. 8G.— 3. Cf. Babh, ir.Meiiahôlh, p. 58». — 4. Cf. Babli, tr. £aba Kamma^ f. 92.

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H. Houna dit qu'il faut compléter la Mischnâen disant qu'après l'entrée au parvis, le cohen (avant le récit des lévites) prenait le panier de l'offrant. Selon l'autre version (conforme à celle de notre Mischnâ), l'ordre des détails de la cérémonie était interverti, afin de rapprocher le don de la colombe offerte à l'autel du don des fruits au cohen.R.Yossédit:Onne mettait pas les tourterelles (à offrir) sur les paniers de prémices, pour qu'elles ne salissent pas les fruits ; on les suspendait hors du panier. Un vieillard a enseigné devant H. Zeira : après avoir descendu le panier, on reprenait la lecture aux mots : « j'ai dit aujourd'hui. » Se peut-il qu'on lise 2 fois le même passage ? En ce cas la 2*^ lecture n'est qu'un rappel de ce qui a été déjà dit. R. Houna demanda : est-ce que le dépôt effectué en temps utile, avant la fête, puis repris et rapporté après là fêle, suffit pour admettre la lecture officielle et autoriser l'usage des fruits, ou suppose-t-on que le 2^ dépôt étant seul valable, il est trop tardif pour l'autorisation ? R. Matnia répond : c'est interdit lorsqu'après le premier dépôt effectué auprès de l'autel on les enlève de nouveau; mais si on les a laissés ensuite sur place, cela revient au même que si le dépôt a eu lieu en temps opportun. R. Yôna observa: lorsqu'on dépose les prémices la nuit, on les placera à l'angle sud-ouest de l'auteP , en vertu de ce qu'il est dit d'une part dans la récitation (Deutér. XXVI,10): «devant l'Eternel», ce qui indique l'occident ; d'autre part, il est dit des offrandes de farine (Lévit. VI, 7): au devant de rautel,ce qui indique le sud, paroù l'on y monte; or, afin de concilier ces 2 indications contraires, on choisira l'angle sud-ouest ou point d'intersection, en appuyant davantage vers le sud. On a enseigné-: la réponse n'a lieu qu'à la suite de ce qu'a dit l'interlocuteur; et de plus le texte biblique le confirme en disant (Deut. XXVI, 5): Tu répondras et diras etc. R.Yona demanda: doit-on apporter les prémices dans un panier ou dans de grandes marmites d'argent? R. Yona et R. Jérémie y répondent diversement : l'un se préoccupe plutôt du vase (et dit d'y ajouter des fleurs); l'autre s'attachant plus aux objets, dit d'entourer les paterœ (écuelle où l'on met les prémices) avec des plantes précieuses, ou avec des épices. On ne savait pas par qui chacune de ces 2 opinions avait été exprimée ; mais, puisque R. Yona avait posé la question de savoir si l'on peut offrir les prémices dans des marmites d'argent, c'est qu'il s'attache à dire que l'on entoure le récipient quel qu'il soit, sans quoi il eût parlé spécialement de panier, aux termes du texte biblique. Toutefois, ce n'est pas une preuve absolue, puis- ,que R. Pinhas se servait d'un autre terme pour dire que l'on ornait des piégeons et des tourterelles, en les offrant.

9. R. Simon b. Nanes dit : on dresse le cercle autour des prémices avec d'autres fruits que les 7 espèces supérieures. Selon R. Akiba, au contraire, on se sert exclusivement pour cela des 7 espèces supérieures.

10. R. Simon remarque qu'il, y a trois degrés dans les prémices offertes : les prémices elles-mêmes (les premiers fruits), le supplément cueilli .en même temps, la couronne ou cercle dont on les entoure. Le supplé-

1. Babil, Ir. Ze6aA?:?«, f. 63b.— 2. Sifri, sect. /iCxW/iaôo, § 30i.

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ment devra être de la même espèce ; la couronne pour orner pourra être d'une espèce différente. Le supplément devra être consommé en état de pureté, et il est dispensé de la loi du doute (le cohen l'aclietant de l'ignorant peut en manger sans crainte d'impureté) ; mais la couronne des prémices (pouvant être d'une autre sorte) est soumise aux craintes que suscite le doute.

R. Yossa dit : tous reconnaissent que l'on peut couronner les prémices offertes avec des fruits du dehors, môme pour les produits des 7 espèces palestiniennes privilégiées, car personne ne s'y trompera, et l'on sait bien que l'on n'offre pas de prémices sur les produits de l'extérieur. Il n'y a de discussion qu'au sujet des produits qui proviennent des pays d'Ammon ou de Moab : le premier qui permet « de dresser le cercle autour des prémices avec d'autres fruits que les 7 espèces » autorise aussi de couronner les prémices provenant des pays d'Ammon et de Moab ; le second, au contraire, qui prescrit « de se servir exclusivement pour cela des 7 espèces supérieures »> l'interdit pour les fruits d'Ammon et de Moab, car on pourrait supposer par erreur que ces derniers sont soumis à la cérémonie de l'offre des prémices ; ils ne sont en discussion que sur le point de savoir si l'on peut employer à ce but des produits de l'extérieur (tout-à-fait étrangers) : le premier, qui permet « de dresser le cercle autour des prémices avec d'autres fruits que les 7 espèces » permet aussi d'y employer ceux du dehors ; l'autre au contraire l'interdit. Quant à la couronne ou cercle dont on entoure les prémices (même d'hétérogènes), on a enseigné qu'il est bon d'offrir les 7 espèces dans 7 vases différents ; mais, au besoin, le devoir est accompli si l'on met le tout dans un seul. Comment procède-t-on en ce cas? On commence par mettre au fond l'orge (le moins précieux de tout), que l'on couvre de feuilles, ou de toute autre séparation ; au-dessus, on met le froment, puis les dattes, puis les grenades, puis les figues, puis les olives, enfin au-dessus de tout les raisins (les plus sensibles à la compression), et sur le bord extérieur on ajoute encore des grappes de raisins. On ne se rendait jamais à Jérusalem isolément pour cette offre, mais par compagnies entières des villages. On ne marchait pas toute la journée d'une traite, mais par 2 fractions du jour. Les servants des synagogues de chaque localité en accompagnaient les habitants, et passaient la nuit dans la rue, afin de ne pas s'exposer à contracter l'impureté que peuvent propager les tentes. 11 fallait y joindre comme holocaustes des tourterelles et un bœuf en sacrifice pacifique.. Les servants étaient dispensés d'accompagner le cortège au retour, comme ils en étaient chargés en allant (à cause de la garde des fruits et autres offrandes). — On a enseigné : en disant que « le supplément est dispensé de la loi du doute», la dispense s'applique aussi bien en cas de certitude d'obligation, et il n'est question de doute qu'en raison du dernier fait cité par la mischnâ, le couronnement. 11. En quel cas dit-on que le supplément des prémices est l'égal des prémices mêmes? Lorsqu'il est composé de produits palestiniens; mais, au cas contraire, il ne comporte pas le même caractère.

m TRAITÉ BIGCURÏM

12. Pourquoi est-il dit que les prémices constituent une des propriétés du cohen ? Parce qu'il peut l'employer à acquérir des esclaves, ou des terrains, ou une bête impure; il peut transmettre le montant à un créancier pour le payer, et le remettre à une femme pour le montant de sa dot, à l'égal de la valeur ' d'un rouleau de la Loi (transmissible dans les mômes conditions). R. Juda dit : on ne doit les remettre ^ qu'à titre de don au cohen instruit (dont on connaît avec certitude les soins de pureté). D'après les autres sages, on les remet aux gens de garde du Temple, qui les répartissent entre eux, comme des saintetés d'ordre supérieur ^.

R. Yanaï, au nom de R. Hiya b. Aba demanda à R. Simon b. Gamaliel * s'il est permis de vendre un rouleau sacré de la Loi pour épouser une femme? Oui, répondit-il. Est-ce permis aussi pour avoir de quoi vivre et se nourrir ? Il ne répondit plus. Selon R. Yona au nom du même, on lui demanda, outre la question de mariage, si l'on pouvait le vendre pour avoir des loisirs permettant d'étudier la Loi ? Oui, répondit-il ; mais la question de savoir si on peut le vendre pour vivre n'a pas été posée ni résolue. Cette dernière version peut s'expliquer selon R. Yohanan; mais, d'après R. Yossé, si la question a été posée, pourquoi ne pas la résoudre ? Lorsque H. Hanania vint, il dit que R. Pinhas ou R. Yohanan l'explique au nom de R. Simon b. Gamaliel : on vend le rouleau de la Loi pour se marier, ou pour avoir de quoi étudier, et il va sans dire aussi pour avoir à vivre (donc, ce dernier point ne saurait être douteux). On a enseigné : lorsqu'un père a fait le vœu de ne tirer aucun profit du travail de son fils \ aOn de le vouer exclusivement aux études, celui-ci pourra cependant remplir les tonneaux de vin à son père et lui allumer des lumières (ce n'est qu'un faible dérangement). R. Jacob b. Idi ajoute au nom de R. Jonathan : le fils peut aussi aller lui chercher au-dehors de ce dont il a besoin. Est-ce opposé à l'enseignement de la Braïtha? Non, ici il s'agit d'un homme, et ailleurs d'une femme (laquelle sort moins et se fera plutôt servir) ; et lorsqu'il s'agit d'un homme important, il est aussi admis qu'il ne va pas lui-même au dehors chercher ce qu'il lui faut. Un homme qui avait voué son fils à l'étude, doutait s'il pouvait lui permettre de rempUr des tonneaux et d'allumer les lumières ; il en fit part à R. Yossé b. Halafta, qui le permit. — On a enseigné ^: celui qui vend le rouleau de la Loi provenant de son père ne verra jamais les signes de la bénédiction ; quant à celui qui le conserve dans sa maison, la Bible dit (Ps. CXII, 3) : La fortune et la richesse sont dans sa maison^ et sa justice subsiste toujours.

i. Selon une autre version, on Ht : « et le rouleau de la Loi, » c.-à-d. le cohen peut aussi acheter cela pour le montant des prémices. Cf. tr. Hullin, f. 131^. — 2. Cf. ci-dessus, tr. Hal la, ch. IV, § 10.— 3. Cf. B. tr. MeghlLla, f. 24^.— 4. B. tr. NedariTHy f. 38^. — 5. Tossefta à Biccurim, ch. II.

TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES

TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES (Tomes II et III).

Abandon : les produits d' — ou sans valeur, dispensés de tous droits, 27, 65, 76, 77, 80, 121 ; échappent à la sc/tmita,3Q0-2, 3C9-371 ; 380-418; à l'oblat.iII,129; aux dîmes, 108 à 173.

Accessoire de dîme p. ex. les cruches, III, 229 et s.

Acquisition, procédé qui la rend valable, 158—9 ; celle des païens, 186—7.

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