‹ Le Talmud de Jérusalem;Chapitre 130 sur 343 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

gent à Tavis de R. Eliezer pour reconnaître que s'il s'agit d'un vœu touchant aux relations entre un homme et ses parents, il est bon d'invoquer l'honneur qu'il faut rendre à son père et à sa mère.

Selon R. Éliézer, il y a présomption que l'homme veut honorer son père et sa mère (et il ne mentira pas s'il dit regretter, en leur honneur, le vœu émis légèrement) ; selon les autres sages, au contraire, parfois l'homme veut les honorer, parfois il n'y tient pas (et comme l'on craint un mensonge à cet égard, ce fait n'est pas admis comme point de départ de l'annulation du vœu). R. Éliézer se range à l'avis des autres sages (de ne pas adopter comme motif d'annulation la question d'honneur à rendre), en cas de décès des parents (ce serait un mensonge évident). Tous reconnaissent que l'on ne tient pas compte de la considération d'honorer son maître (afin de susciter le regret du vœu), comme il a été enseigné ^ : Que ta vénération pour ton maître égale ta vénération pour Dieu (il vaut donc mieux invoquer le respect divin). — « De la sorte, est-il dit, il n'y aura pas de vœu prononcé inconsidérément. » Est-ce à dire qu'il ne devra y avoir nul vœu? Non ; car de ce qu'après le chapitre biblique des vœux il est dit (Nombres, XXX, 2) : Motse pailla aux chefs de tribus des enfants d'Israël, on déduit qu'il appartient aux chefs de tribus (ou Sages) de délier les vœux des Israélites ^ ; or, si (à défaut de vœux) cette déduction était inapplicable, on semblerait vouloir retrancher un chapitre du Pentateuque.

R. Jérémie demanda : puisqu'au dire des sages il est admis qu'au sujet d'une question entre un homme et ses parents, on peut amener l'homme à exprimer le regret du vœu pour arriver à l'annuler; pourquoi, s'il s'agit d'une question de culte divin, ne pas adopter la même argumentation et dire que l'on amènera l'homme à exprimer le regret d'un tel vœu par respect divin? Non, car les vœux d'ordre religieux consistent p. ex. à dire : « Je m'interdis d'ériger la Succa (tente aux fêtes des Tabernacles), ou de prendre le Loulab (cérémonie de la même fête), ou de porter les Phylactères ; or, en accomplissant ces préceptes, ce n'est pas à Dieu, mais à soi-même que l'on est utile, comme il est dit (Job, XXXV, 6) : Si tu pèches, quel effet produis-tu sur lui? Si tu es juste, que lui donnes4u? (le profit est pour toi).

R. Yanaï dit : suivre sa passion (le mauvais penchant) est aussi blâmable que d'adorer les idoles, comme il est dit (Ps. LXXXI, 10) : Qu'il n'y ait point de faux-dieux en ^ toi, et ne te prosterne pas devant V.idole étrangère ; c.-àd. n'érige pas en maître l'étranger admis ci;iez toi (ou : ne te laisse pas dominer par les passions étrangères). R. Simon b. Levi faisait exprimer le regret en ces termes : Si tu avais sa que l'auteur d'un vœu équivaut à celui qui s'impose un carcan (collarium) au cou *, aurais-tu émis ce vœu? (Non ; donc,

1. Tr. Ahoth, IV, 15 (12). 2. J., tr. Hahgiga, III, 1 (t. VI, p. 266); cf. cidessus, III, 1. 3. Au lieu de en toi, on traduit d'ordinaire : au milieu de toi, observe M. le R. Scliuhl, Sentences, p. 317. V. Ehrmann, Aus Palastina u. Babel, ch. V, § 15, p. 121 et 264 n. 4. Cf. B., tr. Sabbat, f . 32 ; Midr. Rabba à-Prov., ch. 18.

224 TllAITE NEDARIM

annuloijs-le). Ou encore, s'enchaîner de plein gré par un vœu ressemble à celui qui, voyant passer les licteurs (quaesitura) avec le collier vide (pour mener un coupable au supplice), y passe la tête. — Il est dit (Nombres, XXX, 2) : Pour se lier par un engagement (s'interdire une jouissance) ; cette expression ressemble à la suivante (Jérémie, XL, \) : Il était lié avec des chaînes. R. Jonathan faisait exprimer le regret en ces termes t Si tu avais su que celui qui fait un vœu est aussi coupable que s'il construisait un temple de haut lieu (interdit : Nombres, XXXIII, 52 ; Deutér. XII, 2 ; II Rois, XXIII, 45), et celui qui maintient le vœu est aussi coupable que s'il offrait un sacrifice sur cet autel*, tu n'aurais certes pas exprimé le vœu (donc, annulons-le). A l'opposé d'une analogie précédente, on peut objecter ceci : l'idolâtrie est un crime passible de la peine capitale, et l'infraction d'un vœu n'est passible que de la peine des coups de lanière ; comment donc peut-on conclure à l'analogie de gravité? On a seulement voulu rappeler ainsi l'avis que vient de formuler R. Yanaï : suivre sa passion est aussi blâmable que l'idolâtrie. R. Isaac faisait exprimer le regret en ces termes : Si tu avais su que l'expression d'un vœu équivaut à la prise d'une épée que l'on s'enfonce dans le corps, l'aurais-tu énoncé? (Non ; donc, annulons-le). Ainsi, il est dit (Prov. XII, 18) : Tel profère des paroles téméraires (qui font) comme des blessures cTépée. Or, dit R. Hanina de Seforis, au nom de R. Pinhas, il n'est pas écrit « comme ime épée », mais cor/rme des épécs ; car, après l'interdit par vœu de jouir p. ex. d'un pain, il y a double inconvcniont, soit qu'on le mange, soit qu'on ne le mange pas- : si on le mange, on transgresse le vœu d'interdit; si on ne le mange pas, on pèche contre son propre corps (par la privation). Que faire donc? Se rendre chez un savant, qui trouvera le moyen de délier le vœu, comme il est dit (ibid.) : La langue (la décision) des savants guérit. R. Abdinié, au nom de R. Isaac, explique ainsi l'expression précitée se lier par un engagement'^ : tu ne te contentes pas des interdits formulés par la Loi, et tu veux encore y ajouter des interdits que tu formules à ton égard. R. Yohanan faisait exprimer le regret en ces termes : As-tu regret de ton vœu, ou veux-tu y persister? Si tu ne veux pas y persister, mets-toi bien à cœur d'y penser (songes-y bien). Mais une telle réflexion n'équivaut-elle pas à un fait futur (dont on ne tient pas compte d'ordinaire pour l'expression du regret amenant l'annulation)? C'est que, répond R. lia, c'est un fait fréquent de regretter le vœu (et, dès lors, on peut avoir recours à ce prétexte pour aboutir à l'annulation) — ♦.

R. Jérémie, après avoir délié un vœu, le maintint cependant. Pourquoi cela? R. Jérémie craignit-il que la hbéraLion de ce vœu ait été faite sans être basée sur un motif suffisant (craignant que le savant qui a délié ne savait pas trouver le prétexte opportun)? Ou supposait-il que le mauvais penchant souhaite

1. Schuhl, ibid., p. 184. 2. J., tr. 'AUda zara, I, 9 (f. 40»). 3. Littéral. : Interdire rinténlit (ou double interdit). 4. Suit un passage traduit au tr. Moëd qnlon, III, 1 (t. VI, p. :^2^).

Page 1