‹ Le Talmud de Jérusalem;Chapitre 131 sur 343 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

seulement* ce qui lui est défendu? On n'a pas su déterminer par quel motif le vœu fut maintenu. Lorsque le même R. Jérémie ne voulait pas se prononcer dans un jugement, il disait avoir mal aux yeux, par application de ce verset (Deutér. XX[, 5) ; Par eux sera jugé tout débats toute plaie ; celle juxtaposition de termes vise l'analogie entre les différends et les plaies ; or, comme pour celles-ci tout dépend de l'examen par les j/eux du prêtre (Lévit. XIII, 12), de même pour les procès, tout dépend de l'examen visuel du prêtre (il lui faut donc avoir bonne vue). R. Mena s'étant interdit par vœu de goûter du vin de son père, celui-ci se rendit auprès de lui pour le délier de cet engagement, en lui disant : Si tu avais su me faire ainsi de la peine, aurais-tu exprimé ce vœu? Non. Qu'il soit donc annulé. — De quel cas parle la Mischnâ (lorsqu'elle dit de susciter le regret, en faisant valoir le respect pour les parents)? Lorsque le vœu est formulé de telle sorte, « j'interdis à mon père de jouir du mien », il va sans dire que le vœu est nul, puisque R. Jacob b. Aha ou R. Samuel b. Nahman dit au nom de R. Yonathan * : on peut contraindre le fils à nourrir son père (et, par suite de cette contrainte, l'interdit précité est inapplicable)? Il ne peut donc s'agir que du cas où l'homme s'interdit de jouir des biens de son père. R. Mena, après avoir formulé inconsidérément un vœu d'interdit, vint consulter à ce sujet R. Saméi, qui lui dit : si tu avais su que les hommes s'éloignent de toi à cause de ta fréquence à prononcer des vœux (ce qui peut entraîner des désagréments), l'aurais-tu formulé? Non, répondit R. Mena. Sois donc délié de ce vœu.

2. R. Éliézer dit encore : on provoque le regret même par une cause née après l'énoncé du vœu'; les autres sages riiiterdisent. Voici un exemple : Quelqu'un s'est interdit par vœu de jouir en rien de tel homme, puis celui-ci devient scribe \ ou marie son fils peu après, et le premier dit : « Si j'avais su que cet homme deviendra scribe, on marie bientôt son fils, je n'aurais pas énoncé le vœu formulé » ; ou bien si le premier s'est engagé par vœu à ne pas entrer dans telle maison, puis celle-ci est devenue la synagogue % et il dit : « Si j'avais su que celle maison deviendra un jour la synagogue, je n'aurais pas formulé ledit vœu », R. Elié/er permettra à cet homme d'en user^; mais les autres sages le défendent (ils maintiennent le vœu).

3. R. Méir dit : certains sujets semblent nouvellement nés, sans letre réellement (et peuvent servir à provoquer le regret) ; les autres sages n'adoptent pas son avis. Voici un exemple : a Si l'on dit je m'interdis par vœu d'épouser telle femme, parce que son père est un impie », puis on lui annonce que le père est mort, ou qu'il s'est repenti, ou s'il

1: Cf. J., tr. Yôma, VI, 4 (t. V. p. 236). 2. J., tr. Qiddouschin, l, 8 (f. 61°). 3. Pour faciliter rannulation des vœux. 4. On ne peut éviter de recourir à lui. 5. Où il faut aller pour prier. G. Le considérant comme relevé de vœu. T. vni 15

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a dit : « Je m'interdis par vœu d'entrer dans cette maison, parce qu'il y a un chien dangereux, ou un serpent », puis on lui dit que le chien est crevé, ou que le serpent a été tué, ce sont des faits à considérer comme nouvellement survenus, sans l'être réellement (pouvant provoquer l'annulation du vœu) ; les autres sages ne le reconnaissent pas.

R. Méir dit encore : on suscite le regret en invoquant le texte de la Bible et en disant : a Aurais-tu émis le vœu si tu avais su transgresser la défense de ne pas se venger, ni d'être en colère (Lévit. XIX, 18), ou la défense de ne pas haïr son frère en son cœur (ibid. 17), ou de manquer au précepte d'aimer ton prochain comme tci-msme (ibid. 18), ou de manquer au précepte de faire vivre ton frère avec toi (ibid. 25), car il pourrait devenir pauvre, et, par suite de ton vœu inconsidéré, tu serais dans l'impossibilité de le nourrir ». Lorsqu'à la suite de ces remarques il déclare que s'il l'avait su il n'aurait pas prononcé de vœu, cette expression de vœu suffit à le délier.

R. Yossé dit au nom de R. Josué b. Levi : R. Eliézer a vu, par la conduite du législateur Moïse, que l'Eternel a suscité chez ce dernier le regret du vœu par un fait né après l'énoncé ; car Dieu lui dit comme il est écrit (Exode, IV, 19) : Us sont morts tous ceux qui en voulaient à ta vie; or, si tu avais pu prévoir ces décès, aurais- tu énoncé ton vœu (à l'égard de Jéthro, de n$ pas rester chez lui (ibid. II, 21)? Donc, ce vœu a été annulé par une cause survenue après le vœu). Mais comment le texte dit-il qu'ils étaient mortSy puisque les gens en discussion (ibid.) n'étaient autres que Dathan et Abiram (qui ont péri lors de la rébellion de Koreh) ? C'est que, dès ce moment, ils avaient perdu leur fortune (ce qui ressemble à la mort). R. Jérémie dit : R. Eliézer autorisait de provoquer ainsi le regret du vœu, avant qu'il ait résulté de sa discussion avec les sages d'admettre de tels faits (ceux de Moïse) comme visant l'avenir (mais, après cette discussion, il y renonça). A l'appui de l'avis contraire (précédent) émis par R, Yossé, on peut rappeler cette explication : lorsque les Naziréens revenant de la captivité trouvèrent le temple détruit et ne purent mettre fin au vœu par l'offre des sacrifices, Nahum les libéra en leur disant que s'ils avaient pu prévoir cette ruine, ils n'eussent pas accompli de vœu* ; sur quoi on a ajouté : C'est une erreur accomplie par Nahum le Mède d'avoir usé du prétexte invoqué pour annuler le vœu en question, puisque l'annulation a pour base un fait survenu après l'énoncé du vœu (il a donc raisonné selon l'argumentation de R. Eliézer). R. Zeira au contraire dit que Nahum aurait dû raisonner ainsi avec les Naziréens : « Ne connaissiez-vous pas la prophétie énoncée par les premiers prophètes, dès l'époque de l'existence du Temple, qu'il serait un jour ruiné? «S'il s'était exprimé ainsi, ce ne serait pas une cause nouvellement survenue. Au contraire, dit

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