‹ Le Talmud de Jérusalem;Chapitre 4 sur 343 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

i. Une vierge se marie le ¥ jour (mercredi ') et une veuve le 5® (jeudi) ; car deux fois par semaine les tribunaux siègent dans les villes, le 2" jour et le 5% et si l'époux avait à intenter un procès au sujet de la virginité, il pourrait le présenter dès le matin aux juges ^

Bar-Kappara dit que ces jours ont été choisis de préférence à d'autres, parce qu'à leur égard la Bible parle de propagation 3. Mais ce terme n'est-il pas usité précisément pour les 5^ et 6^ jours, savoir au 5% pour la propagation des oiseaux et des poissons (Genèse, I, 22), et au 6", pour la descendance d'Adam et d'Eve (ib. 28)? En effet, R. Yossé complète ainsi le motif énoucé par Bar-Kappara : il approuve le mariage célébré le 4" jour, et dont l'union s'accomplira la nuit du 5% ou le 5c jour (pour une veuve), dont l'union aura lieu la nuit du G°. S'il en est ainsi, on pourrait tenir compte du mot bènédic^ tion (ibid. II, 3) émis pour le 7* jour? Non, parce que la bénédiction n'est pas appliquée alors aux créatures, mais au jour seul. Si l'on admet toutefois le motif qu'il n'y a pas de bénédiction exprimée alors pour la propagation do ces créatures, serait-ce à dire que si un tel terme était énoncé pour le 7^ jour, le mariage pourrait avoir lieu au jour du sabbat? N'est-il pas enseigné au contraire de ne pas se livrer à une première cohabitation en ce jour, parce qu'il en résulte une blessure? C'est qu'en effet B. Kappara adopte l'avis des docteurs op})Osés à celte règle, et qui permettent une telle union même au sabbat*. Cependant, les docteurs opposés n'autorisent celte union, que si l'on a déjà fait entrer au préalable la femme au domicile conjugal ; car avant cette entrée, le mari n'a droit ni à la trouvaille de la femme, ni au produit (gain) de son travail manuel, ni le pouvoir d'annuler ses vœux ; mais, à partir du moment de l'entrée de la femme, le mari entre er. possession de ces divers droits ; si donc l'union première était autorisée le jour du sabbat, il en résul-

1. La Mischnâ, dit le D' Rabbinowicz, parle ici d'un usage établi longtemps avant l'époque de sa rédaction. Cet usage a une origine populaire ; les fiancés ne pensaient certainement pas aux procès qui pourraient suivre le mariage, mais aux préparatifs des cérémonies nuptiales qu'ils voulaient rendre aussi pompeuses que possible. On voulait donc faire des préparatifs pendant trois jours, depuis dimanche jusqu'à mercredi; pour d'autres aussi, il s'agissait de choisir un jour favorable. 2. Talmud, B., tr. Bava qama, i. 87. 3. Ce sera de bon augure pour la fécondité de la future union. V. Midrasch Rabba sur Genèse, ch. 8. 4. Voilà pourquoi il invoque le motif de la question préalable de bènédiciiOii.

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2 TRAITÉ KETHOUBOTH

lerait un acte semblable à la prise de possession faite en ce jour^. Ceci prouve, dit R. Mena, que ceux qui épousent même une veuve doivent au moins la faire entrer au domicile conjugal avant la nuit, afin de ne pas procéder à cette prise de possession au jour du sabbat 2.

R. Éléazar justifie la fixation des 4^ et 5^ jours par la raison qu'invoque la Mischna, « si l'époux avait à intenter un procès au sujet de la virginité, il pourrait se présenter dès le lendemain matin aux juges. » En effet, une Braïtha3 confirme cet avis de R. Éléazar, en disant: à partir du moment où il y eut danger mortel pour les jeunes filles de se marier le 4® jour'', on prit l'habitude de fixer les mariages au 3^ jour (mardi) ; et les sages ne s'y opposèrent pas. Si cependant, on veut avancer le mariage au 2^ jour (lundi), ce n'est pas permis, à moins qu'il s'agisse d'un cas de force majeure. Qu'entend-on par là? Les sorcelleries qui ontlieu pour jeter un sort funeste sur les époux au moment prévu de leur union s. Pourquoi y a-t-il une distinction entre le 2* jour (non admis) et le 3^? C'est que c'est un acte différent d'ajourner une plainte un jour (du 4^ au 5^), et celui de la reculer de 2 jours. Mais pourquoi ne pas admettre un ajournement de 2 jours? De crainte que le marché (quoique défectueux, par l'état de l'épouse) ne plaise malgré tout au mari. Et pourquoi ne pas admettre cette condescendance du mari? Elle est inadmissible; car R. lia dit au nom de R. Éléazar : si le mari trouve sa femme déflorée (apertam januam), il lui est interdit de la garder comme telle, dans le doute qu'il y ait eu crime d'adultère'. Mais n'y a-t-il pas à craindre que la femme ait été violentée, et par conséquent irresponsable? Non, parce qu'en ce cas le bruit s'en répand (la femme ayant dû crier). D'ailleurs, même en craignant qu'il y ait eu viol, on se trouverait toujours en présence d'un seul point douteux, savoir si l'état défectueux résulte d'un viol ou d'une séduction (avec assentiment de la femme) ; or, en ce cas de doute unique sur une question d'ordre légal (comme l'adultère), il faut adopter l'avis le plus sévère ^ R. Yossé au contraire dit : Même en supposant la crainte que la femme a été seulement la victime d'un viol, on se trouverait pourtant en présence d'un double doute, d'abord doute si la femme a subi un viol ou s'est laissé séduire, ensuite si cet acte a été perpétré avant les fiançailles ou après ; or, en un tel cas de double doute, même sur une question d'ordre légal, on adopte l'avis le moins sévère ^ Si le mari a consacré la femme sous le baldaquin '\ il n'éprouvera pas la crainte essentielle (d'adultère). Aussi l'on rapporte que R. Matnia agit ainsi pour sa fille (de façon à laisser toute latitude au mari de choisir un jour quelconque pour le mariage). D'après l'avis de R. Éléazar (de tenir compte seulement du motif de la Mis-

1. Acte interdit alors. V. Ir. Beça, III, G. 2. V. J., tr. Yôma, l, 1 fin (t. V, p. 1G7). 3. Tosselta à ce tr., cli. 1. 4. V. ci-après, § 5. Ij. On l'avance alors parfois, inopinément, pour dérouter les lauteurs de malédictions. G. "On ne sait si l'inconduite de la femme remonte avant le mariage, ou a eu lieu après. Cf. ci-après, môme §, fin. 7. Cf. tr. Yebamoth, VII, 2 fin (t. Vil, p. 102). 8. V. ibid, XVI (t. VII, p. 212). 0. Selon l'usage moderne.

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