ANNIBAL DE CHARNEY
— Que diable peut-il avoir à me dire de si pressé qu'il faille me parler cette nuit? se demanda Ferdinand.
Puis, après un silence :
— N'importe! ajouta-t-il. Il s'agit peut-être du bonheur d'Amélie 1
Et rejetant la lettre sur Je bureau, sans même se donner la peine de la refermer, Ferdinand quitta sa chambre, ferma sa porte dont il retira la clef et se mit à descendre l'escalier avec des précautions infinies.
— Cette petite Amélie qui entend tout ce qui se passe ! murmura-t-il en souriant et en passant sur le palier du premier étage.
Joseph attendait son jeune maître sous le vestibule ; la porte donnant sur la cour était entr'ouverte. Ferdinand traversa celle cour et atteignit la porte de sortie donnant sur la rue Saint-Lazare.
— Monsieur, dit Joseph, j'ai visité et chargé les pis; tolels de poche, les voici.
— Ah! merci, répondit Ferdinand en prenant une mignonno paire da pistolets de la manufacture royale de Versailles, et que, comme modèles, ressemblaient absolument à nos pistolets coups de poing, si ce n'est qu'ils se chargent par le canon, à balle forcée.
— Voici la clef de la porte d'entrée et celle do la porte du vestibule, roprit Joseph en remettant les
deux clefs à son jeune maître. Décidément, monsieur ne veut pas que je l'attende?
— Nonl inutile! monte te coucher!
Ferdinand était dans la rue.
-Que monsieur fasse attention à lui toujours, dit Joseph en refermant doucement la porte. Quand donc serons-nous débarrassés de ces brigands de chauffeurs!
Et tout en maugréant, le valet de chambre rentra dans la maison.
Demeuré seul dans la rue, Ferdinand gagna le milieu de la chaussée et se dirigea vers la rue le Pelletier. La nuit était entièrement noire. Il venait de tomber une pluie fine, ce qui avait causé une boue grasse et glissante.
A cette époque, l'éclairage delà capitale laissait fort à désirer, et les allumeurs do lanternes faisaient d'autant plus mal leur service que la commune les payait moins bien. C'était dans une véritable mer de ténèbres que s'avançait Ferdinand. Au reste, le silence le plus profond régnait autour de lui...