‹ Le tambour de la 32e demi-brigadeChapitre 130 sur 220 · LA SOEUR · texte numérisé non relu

LA SOEUR

Il était huit heures du soir au moment où la voiture de Corvlsart s'arrêtait devant laporle de l'hôtel de

madame Geoffrin. Le docteur gravit lestement les degrés conduisant au premier étage. Sur le seuil du cabinet de toilette de madame Geoffrin il rencontra Mariette :

— Comment va-t-elle ? demanda-t-il.

— Toujours de même, répondit la camériste qui availles joues gonflées et les yeux tirés.

— Elle sommeille ?

— Oui, monsieur.

Corvisart frappa du pied avec impatience:

— Il faudrait pourtant triompher de cette somnolence! dit-il. A-t-elle pris du café?

— De quart d'heure en quart d'heure, oui, docteur. Corvisart entra dans le cabinet, puis il passa dans

la chambre. Amélie était au chevet de sa mère; la jeune fille était dans un état d'abattement profond.

Madame Chivry était assise prèsd'elle et lui parlait à voix basse. Plus loin, Caroline préparait une boisson daus une tasse.

En voyant entrer le docteur, madame Chivry et Amélie se levèrent. Corvisart les salua de la main et s'approcha du lit. Madame Geoffrin était étendue et paraissait en proie à une somnolence qui la privait de toutes ses facultés. Corvisart l'examina attentivement.

— Eh bien? demanda doucement madame Chivry, comment la trouvez-vous?

— Moins mal que ce matin : la circulation se fait évidemment mieux.

Amélie poussa un soupir de soulagement, Corvisart prescrivit le régime à suivre pour la nuit, puis faisant signe à Amélie de l'accompagner jusqu'à l'extrémité de la pièce :

— Et votre frère? demanda-t-il.

La jeune fille étouffa un sanglot.

— Il n'est pas revenu! répondit-elle.

— Pas rentré depuis la nuit dernière ?

— Non, docteur.

— Et vous n'avez aucune nouvelle?

— Aucune! dit Caroline en retenant ses larmes et en s'avançaut de l'autre côté du docteur.

— Que peut-il être arrivé à Ferdinand?

— Mon père et M. de Charney sont encore ressorlis, ce soir, pour avoir des nouvelles. Ils ont dû continuer à fouiller Paris : ils ont dû voir le minisire de la police.

— Voilà qui est vraiment étrange 1 dit Corvisart en secouant la tête.

Puis il murmura à part lui :

— Fouché aurait-il donc raison? Cette absence inexplicable ressemble effectivement à une fuite I Mais non! ce serait trop odieux...

— Que pensez-vous, docteur? demanda Amélie.

— Je me demandais, mon enfant, ce que pouvait êlre devenu votre frère.

En ce moment, Mariette entra et se dirigea vers la jeune fille :

— Mademoiselle! lui dit-elle à voix basse, M. de Charney est au salon.

— J'y vais! dit Amélie en entraînant Caroline.

Le docteur demeura seul avec madame Chivry dans la chambre de la malade:

— Mafs que peut êlre devenu Ferdinand ? reprit-il. Que signifie cette lettre évidemment fausse et trouvée dans sa chambre?

— Ferdinand est sorti la nuit, dit madame Chivry en frissouuaut. Et les chauffeurs ont déjà ensanglanté ce quartierl

Corvisarl quitta la chambre aprèsavoir encore examiné la malade et donué ses dernières prescriptions.

— Celte lettre I se dit-il à lui-même en s'arrêtant dans le cabinet de toilette. Pourquoi Ferdinand aurait-il laissé tout ouverte cette lettre sur son bureau, si ce n'eût été pour qu'on la lût? Mais pourquoi faire lire une lettre évidemment fausse? Il y

..es deux amis se regardaient, suivant l'ex'pression vulgaire, en véritables chiens de faïence. (Page 102).

a là bien positivement un point mystérieux qu'il faudrait éclaircir.

Le docteur entra dans le salon : il trouva les deux jeunes filles en larmes et M. de Charney au milieu d'elles.

— Eh bien? demanda-U-il.

— Aucune nouvelle! répondit Charney.

— Pas un indice?

— Pas un seul. J ai fouillé tout Paris, j'ai été dans tous les endroits où Ferdinand a l'habitude d'aller, chez toutes les personnes qu'il connaît et je n'ai pu obtenir le moindre renseignement, pis le plus léger indice. Personne n'avait vu Ferdinand.

— Et Fouché?

— M. Chivry a dû le voir.

— Ah I voici mon père! s'écria Caroline en se précipitant au-devant d'un homme d'âge respectable qui venait d'entre.-.

— J'ai vu Fouché, dit M. Chivry en s'asseyant! depuis ce matin il a mis tout son monde en campagne, mais il n'a aucune nouvelle.

— Oh! mon Dieu! mon Dieu! mon pauvre frère; s'écria Amélie avec des saaglois.

— Il aura été assassiné! dit Caroline au milieu de ses larmes.

— Mademoiselle! de grâce, calmez-vous! dit M. de Charney avec une émotion profonde, n'exagérez pas vos craintes; en admettant qu'il soit arrivé un accident à Ferdinand, cet accident peut ne pas être dangereux.

— Mou frère! mon frère! répétait la jeune fille.

— Je le retrouverai, je vous le jure! dit Auuibal avec véhémence.

Pendant ce temps Corvisart et M. Chivry cau-aient tous deux à voix basse.

— Cette disparition de Ferdinand est inexplicable! disait Corvisart; je ne la comprends pas. Où a-l-il pu aller?

— Nous n'avons aucun renseignement à cet égard, répondit M. Chivry; et cependant M. de Charney a fait tout ce qu'il était humainement possible de faire.

— En vérité?

— Je l'ai vu à l'œuvre; il a été admirable! Le docteur ne répondit pas.

Amélie s'était jetée dans les bras de Caroline qu'elle étreigu.ui en pleurant.

— Mi mère mourante ! mon frère perdu!... d'sait-elle avec ûtià accents déchirants. Oui que je suis malheureuse I

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