LE RETOUR
Louis regarda Rose : celle-ci avait ses joues empourprées et deux larmes brillaient dans ses beaux yeux.
— "Vous dites que si le colonel venait à mourir, repritelle d'une voix émue, vous seriez seul sur la terre et que personne ne vous aimerait?
Le jeune sergent-major fit un geste d'assentiment douloureux.
— Hélas, oui, reprit-il, ma pauvre Rose, je dis cela et ce que je dis encore, c'est que je crois que je porte malheur à tous ceux qui m'aiment ou que j'aime !
— Louis, s'écria la jeune fille, comment portez-vous malheur à ceux qui vous aiment ou que vous aimez?
— Comment? Le sais-je? mais cela est! Songez à mon passé, ma pauvre Rose. Rappelez-vous les événements! Enfant, je devais être la joie de ma famille et je fus unicause de douleurs pour tous ceux qui m'entouraient! Je fus l'instrument' dont on se servit pour torturer les miens. Enlevé, volé, emporté avant que j'eusse même l'âge de comprendre, je fus donné à un vieux pêcheur qui m'éleva à coups de garcette. Le pauvre homme finit par m'aimer cependant, à sa manière il est vrai, mais enfin il m'aimait... quand il mourut dans un naufrage!
— Oui ! dit Rose. C'était à Saint- Vincent.
— J'étais seul, reprit Louis, quand Étoile-du-Matin me recueillit... Elle aussi m'aimait... elle aussi mourut de mort violente, sous mes \ eux, en voulant me défendre !... Vous voyez, Rose, combien jetais déjà fatal à ceux qui m'aimaient...
— Ne dites pas cela, Louis! dit la jeune tille avec émotion.
— Et pourquoi ne le dirais-je pas, puisque cela est .' Qui donc m'a aimé encore sans souffrir? Fleur-des-Boi>. ma seconde sœur? Elle a vu livreraux flammes sac •■■"i"j[. a:ss issuiér son père et sa sœur, mourir ou capturer les
siens ! Les citoyens le Bienvenu et Bonchemin ? Blanche et Léonore, mes cousines? Oh oui! Ceux-là m'ont aimé aussi... et que sont-ils devenus? Henri et Charles sont morts... Léonore et Blanche sont mortes aussi, peutêtre... Et Mahurcc et le Maucot? Morts, aussi ! Enfin mon colonel ne va-t-il pas mourir? et puis-je le plaindre? Il souffre tant ! Vous voyez bien, Rose, que je porte malheur à tous ceux qui m'aiment...
— Maispourquoi dire cela, Louis ? est-ce par votre faute, si ces malheurs arrivent?
— Oui ! car c'est celui qui a voulu me frapper d'abord qui les a frappés tous, parce qu'ils voulaient me défendre ! Oh ! vous connaissez toute cette lugubre histoire, Rose, car cette histoire est aussi celle de vos parents. Tous deux nous avons été faits orphelins par les mêmes mains infâmes. Nos mères sont mortes de douleurs et de chagrins, et ces douleurs, ces chagrins ont été provoqués par le même monstre... Aussi, Rose, ai-je fait un serment... Je suis jeune, et je ne mourrai pas sans l'avoir accompli.
Puis changeant de ton brusquement :
— Vous voyez bien, ma petite Rose, reprit le sergentmajor en souriant doucement et avec mélancolie, vous voyez bien que je porte malheur à tous ceux qui s'intéressent à moi.
Rose secoua doucement la tête.
— Ce que vous dites là ne peut-être, Louis, réponditelle. Pourquoi, vous, qui n'avez jamais fait de mal à personne, porteriez-vous malheur à ceux qui vous aiment?
— Hélas! Rose, ce que je vous dis est-il vrai?
— Oui! les malheurs dont vous parlez sont arrivés, mais êtes-vous la cause de ces malheurs? Je ne le crois pas !
— Cependant, Rose...
La jeune fille interrompit du geste le jeune soldat :
— Louis, dit-elle, vous m'avez dit souvent que j'étais votre sœur?
— Oh oui, ma jolie Rose, et une sœur dont je suis fier.
— Alors, comme je suis votre sœur aînée, vous devez avoir confiance en moi!
— Naturellement. Quelle preuve voulez-vous que je vous donne de cette confiance?
— C'est de me jurer de ne rien faire tous ces jours-ci, en dehors des actes de la vie ordinaire, sans me prévenir.
— Comment?
— Comprenez-moi, bien, Louis. Vous soignerez votre colonel, vous demeurerez près de lui, vous irez chez le général Bonaparte et vous viendrez ici, mais ce sera tout.
— Je ne vous comprends pas, Rose.
La jeune fille fit un geste d'impatience.
— Jurez-moi qu'en dehors des soins à donner au colonel et des visites à faire au général, vous ne ferez rien sans me prévenir.
— Mais...
— Voulez-vous me jurer?,..
— Cependant, si le colonel me donne un ordre..
— Avant de l'exécuter vous viendrez me prévenir...
— Mais, si le général me commande...
— La même chose.
— Cependant...
— Ah! Je le veux! »
Et la jolie mignonne, fronçant les sourcils et avançant le doitit avec un geste impérieux, se retourna pour s'e mettre bien en face de son interlocuteur; Louis secoua la tète.
Ma petite sœur! fit-il avec un accent qui dénotait l'intention de lutter.
Rose joignit les mains.
— Je vous en prie! dit-elle avec des larmes dans la voix.
— Ah! s'écria Louis, je jure tout ce que vous voudrez! Rose lui saisit les mains.
— Merci! dit-elle en les lui pressant. Ainsi, il est bien convenu qu'en dehors des soins à donner à votre colonel, des visites à faire à votre général, vous ne ferez rien,
mais absolument rien, sans que je sois prévenue avant?
— C'est convenu!
— Vous ne ferez pas même une promenade sans m'avertir?
— Je vous le jure!
— Enfin, Louis, quoi qu'on vous dise, quoi qu'il vous arrive, vous me promettez de ne suivre aucun conseil, de n'écouter aucun ordre, de ne rien tenter enfin sans être venu me demander conseil?
— Mais pourquoi?
— Jurez!
— Je j ure ! ma petite Rose. A partir de cette heure, vous êtes mon chef de file, comme dit Rossignolet; je ne ferai rien sans votre permission... Mais, dites-moi pourquoi vous me faites faire cette belle promesse?
— Je ne veux pas vous le dire, Louis, mais j'ai votre serment et je le garde, et pour le mieux sceller... embrassez-moi.
— Oh ! bien volontiers !
Et Louis, se penchant vivement vers la jolie mignonne, déposa un baiser sonore sur chacune de ses joues.
— Ah! satané freluquet! je t'y pince encore! cria une voix vibrante.
La porte venait de s'ouvrir précisément au moment où Louis embrassait Rose, la générale Lefebvre faisant irruption dans la boutique, s'avançait de l'air le plus menaçant.
— Tiens! ma générale! cria Louis.
— Ah ça! petit je ne sais quoi? reprit la citoyenne, je ne pourrai donc pas entrer ici une fois, sans te voir embrasser vas. jolie mignonne?
— Dame ! c'est ma sœur.
— Ta sœur... ta sœur... Et moi, est-ce que je suis ta sœur?
— Dame!... non ! dit Louis en riant, mais je vous embrasserais bien tout de même, allez !
— Eh bien ! viens m'embrasser alors, blanc-bec!
Et la générale, ouvrant ses deux bras, ce qui lui fit brandir dans les airs le ridicule et l'ombrelle qu'elle tenait de chaque main, sourit au petit sergent, de ce sourire si franc et si charmant qui indique l'excellence du cœur.
Louis embrassa la générale avec une émotion véritable : la citoyenne appuya sa main droite sur l'épaule du sergent, et le regardant fixement :
— Je l'aime, ce gamin-là ! dit-elle.
Et se tournant vers Rose qui étaitdemeurée, elle aussi, émue et rougissante :
— T'a-t-il raconté comment son général l'avait reçu ? dit-elle.
— Le général Bonaparte? demanda la jeune fille avec étonnement : non, Louis ne m'a rien dit.
— Comment ! il ne t'a pas dit qu'il avait soupe chez le général?
— Oh! si... mais il ne m'a pas dit autre chose.
— Ah ! si tu avais vu le gamin, comme il était tété, entouré, cajolé !... toutes les belles pimbêches de l'endroit lui faisaient des amabilités ..
— Vraiment? dit Rose en pâlissant un peu.
— Eh oui ! poursuivit la générale ; ce freluquet-là était devenu la coqueluche du salon : c'était à qui des plus belles et des plus callées ferait des grâces au citoyen...
— Ah!... fit Rose en cessant de regarder Louis.
— C'est qu'aussi, poursuivit madame Lefebvre, le général lui a tiré l'oreille et l'a présenté à rassemblée d'une façon un peu numéro un !... Il a raconté un tas de choses sur Blbi... Ah ! c'était une belle soirée pour toi, pas vrai, petit? C'est malicuirux que tu n'aies pas été plus grand et que tu n'aies pas de moustaches sous le nez, sans cela, je suis sûre qu'on t'aurait demandé en mariage.
— Oh! fit Louis en riant.
Puis, changeant brusquement d'expression :
— Citoyenne générale, reprit le jeune homme, no me laites pas sourire... j'ai le oœur trop gros I
Madame Lefebvro lui tendit la main :
— C'est gentil ce que tu dis là! répondit-elle avec émotion. Oui, mon garçon, je sais tout ce que tu dois avoir là! Ah ! les Bonchemin et les Bienvenu, c'étaient de crânes gaillards !... Lefebvre les regrette, et son ami Mahurec donc ! Pauvre homme!... avoir fait cinquante fois le tour du monde, pour venir se noyer comme une grenouille... J'ai pleuré comme une bête quand j'ai appris cela!...
— Alors, dit Rose, c'est décidément bien vrai?
— Bien certainement.
— C'est singulier, je ne puis me le persuader!
— Et le Gervais? reprit madame Lefebvre, après un silence.
— Il n'est pas revenu, répondit Rose.
— Pas depuis la nuit de son arrestation?
— Non, citoyenne.
— Ah! voilà qui est fort! Qu'est-ce qu'il a pu faire, ce cornichon-là, pour que Fouché s'en soit empêtré?... Et le Gorain?
— Pas de nouvelles non plus.
— Celui-là. je m'en moque, et je ne le regretterais guère... et quant au Gervais, si je le regrettais, ce ne serait pas pour lui, ce serait pour sa femme, et encore...
La porte, en s'ouvrant, coupa la restriction qu'allait évidemment formuler la générale.
— Ah! s'écria madame Lefebvre, c'est toi, citoyenne Gervais?... Eh bien! et ton homme?
— Est-ce qu'il n'est pas ici? demanda madame Gervais.
— Mais non, maman, dit Rose.
— Comment! il n'est pas rentré?
— Mais il est donc libre?
— Oui, depuis deux heures ; je viens de l'apprendre au ministère de la police, où j'étais allée le réclamer encore. Il a enfin été relâché ce matin même, avec son ami Gorain; et je le croyais rentré...
— Mais, dit la générale, pourquoi l'avait-on arrêté, qu'est-ce qu'il avait fait?
Madame Gervais haussa les épaules :
— Je crois qu'il n'en sait rien lui-même, dit-elle.
— Madame ! madame ! cria Antoine, voilà monsieur ! Et, levant le bras, le commis désignait l'autre côté de la
rue. Les trois femmes et le soldat avaient tourné aussitôt leurs regards vers l'endroit indiqué.
Antoine ne s'était pas trompé : c'était Gervais qui s'avançait, mais Gervais changé, métamorphosé, transformé, presque méconnaissable; Gervais, qui d'ordinaire marchait les mains dans ses poches, le nez baissé, se faufilant en craignant toujours de bousculer ou d'être bousculé, Gervais qui se faisait petit, humble pour éviter toute discussion, Gervais, cette fois, portait la tête haute, il avait le nez au vent, le visage épanoui, l'air dominateur ; Gervais, brandissant sa canne comme s'il eût tenu une épée, marchait les coudes écartés, le jarret tendu, sans paraître se préoccuper de ceux qu'il bousculait au passage et les accablant du poids de son regard méprisant et protecteur.
Rose, madame Gervais et la générale, après avoir examiné le bourgeois, se regardèrent entre elles avec une expression d'étonnement manifeste.
— Ah mon Dieu! dit Rose. Qu'a donc M. Gervais? Il paraît tout fier et tout heureux !
— Allons ! qu'estrce qu'il y a encore ? dit madame Gervais en haussant les épaules.
Effectivement Gervais, au moment de traverser la rue, venait de s'arrêter devant une marchande qui traînait une petite voiture remplie d'oranges naturelles et de fleurs artificielles, qu'elle débitait l'une portant l'autre à la plus grande joie des enfants.
Gervais avait acheté un bouquet, et mettant l'orange dans sa poche, il passa la queue du bouquet dans la boutonnière de son habit.
— Il a l'air d'un marié ! dit Louis.
— Il est fou ! murmura madame Gervais.
— Mais qu'est-ce qu'il peut avoir pour être si content de lui-même ! s'écria la générale.
v — Nous allons le savoir! le voici!
Gervais mettait alors la main sur le bec-de-cane de la serrure et, faisant tourner la porte, il entrait : Rose courut au-devant de lui : Gervais la considéra un moment en clignant les yeux comme s'il ne l'eût pas complètement reconnue, puis lui adressant un petit signe protecteur :
— Bonjour, petite ! bonjour! lui dit-il.
Madame Gervais ouvrait des yeux énormes : madame Lefebvre partit d'un franc éclat de rire, Gervais se retourna vers la générale :
— Oh ! citoyenne générale, fit-il en saluant légèrement. Enchanté de vous voir...
Puis, sans transition aucune, Gervais tourna sur luimême, plaça ses mains derrière le dos et se mit à marcher dans toute la longueur de la boutique, en homme subitement absorbé dans les réflexions les plus sérieuses.
— Ah çà, qu'est-ce qui lui prend, à ton imbécile de mari? dit madame Lefebvre à la citoyenne Gervais.
Celle-ci fit signe qu'elle ne comprenait rien. S'avançant vers Gervais, elle se plaça de manière à l'arrêter au passage, mais Gervais arrivé en face de sa femme, l'écarta avec un geste empreint d'une supériorité écrasante.
— Dis donc! dis donc! qu'est-ce que tu as? cria madame Gervais, cramoisie de colère.
— Chut ! fit Gervais avec solennité.
— Veux-tu me répondre?
— Chut ! madame Gervais.
— Qu'est-ce que c'est? veux-tu m'imposer silence, à présent? vociféra la bonnetière. Ah! m'empêcher de parler quand je voudrai ! voilà qui serait fort!
— Au fait ! qu'est-ce que tu as, Gervais ? cria la générale de l'autre côté. Tu as l'air d'être enflé comme si tu avais avalé un potiron !
— Chut! chut! chut! fit Gervais en secouant la tête.
— Mais il a un coup de marteau, ce grand nigaud-là! cria la générale.
Gervais s'arrêta en se redressant avec une expression de dignité superbe :
— Citoyenne ! dit-il, je vous prie d'être assurée que je jouis en ce moment de toutes mes facultés !
— Alors, tu vas me répondre ! reprit madame Gervais.
Gervais se tourna vers elle et avec un petit geste protecteur :
— Chut, madame Gervais ! fit-il encore.
Cette persévérance à lui imposer silence parut pousser au paroxysme l'état d'irritabilité dans lequel était la citoyenne Gervais.
— Ah ! s'ééria-t-elle, c'est un peu fort. Comment ! monsieur mène, il paraît, une vie de bonnet de coton, on vient l'arrêter dans son domicile... on l'emmène sans que sa malheureuse femme puisse savoir seulement ce qu'il a fait, et quand monsieur revient, quand il a l'air de sortir de je ne sais où... quand sa pauvre épouse l'interroge, monsieur lui fait: « chut! » avec des airs de matou fâché ! Mais je veux savoir d'où vous venez, entendezvous ! Je veux savoir ce que vous avez fait et ce que vous voulez faire, car je suis sûre que vous ruminez encore quelque niaiserie comme vos œufs rouges, qui n'étaient seulement pas bons à mettre dans une salade !...
— Madame Gervais ! madame Gervais ! Je crois que vous allez vous oublier ! dit Gervais qui paraissait être dans le septième ciel.
— D'où venez-vous ? cria madame Gervais.
— Chut!... fit le bourgeois.
— D'où venez-vous ? je veux le savoir! ah! parlez, répondez, Gervais, ou, jour de Dieu! je ne sais pas de quoi je serai capable.
— Eh oui ! dites donc d'où vous venez, ce ne doit pas être de commettre un crime ! ajouta madame Lefebvre.
— D'où je viens? reprit Gervais avec une pose empha-
r.inr-T.MMN
tique, .ii' viens de passe* quelques instants arec un homme d'une haute capacité* j'ose le dire!
— Qui?
— Vous le saurez plus tard!
— Voyons! vous avez été en prison? reprit madame Lefebvre après an moment de silence et eu Faisan* signe à madame Gervais de se calmer.
— En prison.' répéta Gervais, mais jamais, au grand jamais...
— Cependant on t'y a conduit! cria la bonnetière. On est venu farrêter, je l'ai bien vu! J'ai assez crié, pleuré ci gémi. Ah! je le regrette bien, même!
— Et vous avez raison, citoyenne Gervais, il eût fallu \ eus réjouir!
— Ah! si je n'étais pas si bète, certainement que je me fusse réjouie. Mais pourquoi vous a-t-on arrête?
— Encore une fois, on ne m'a pas arrêté!
— Par exemple! Et les soldats...
-Celait une garde d'honneur!
Madame Gervais, madame Lefebvre et lejeune sergent se r gardèrent : les deux derniers sans pouvoir conserver leur sérieux.
— lue garde d'honneur! s'écria la générale. Et pour •quoi faire !
Pour me conduire souper!
Tous se regardèrent encore, avec une expression qui voulait dire clairement : il est fou !
Madame Gervais, exaspérée, courut à son mari, lui prit les bras qu'elle lui secoua vigoureusement et lui criant dans les oreilles:
— Voulez-vous me dire tout de suite ce que cela signifie !
— Chili! ehut ! lit Gervais.
— H n'y a pas de ehut! je veux savoir!
— Ma lame Gervais !
— Je veux savoir!
— Mais...
— Jour de Dieu ! parlerez-vous !
— Non! dit Gervais avec résolution! c'est un secret! Madame Gervais était cramoisie. La colère et l'impa- ■ i mettaient son sang en ébullition. Saisissant son
mari par le bras, elle l'entraîna précipitamment.
Gervais se laissa emmener -ans opposer la moindre résistance. Sa femme le traînant toujours à sa suite, lui fit traverser la boutique, monter l'escalier conduisant au ierétage et, poussant une porte, elle le contraignit à pénétrer avec elle dans une chambre dépendant de leur lo| m. iii particulier.
i à quittant son mari et se croisant les bras sur la poil fine a\ ec un geste d'une grande énergie : - — Monsii di.1 mi que nous
seuls, j'espère que vous allez m'expiiquer le île votre conduite.
' chut ! lit Ger\
— Ah ' M" r immencèz pas : vous allez parler.
— M h-, m i bonne .mie...
— Vous aiiiv parler.
— Cependant...
— Parlez-! parlezl cria madame Gervais au comble de IV- x jpération.
rais fit un ce f i mme ;
j.i. i prenant - i ; i ed bomftii important :
— Citoyenne Gervais, dit-il enfin, qu'est-ce que vous
1 lais que peut < tte heure le gé-
■ : il. ma pi i -. une.
— Qu'est-ce que tu mi
— '.'"m i W félicite inté-
nt, l'illustri g néral, de m'avoir pour admira-
— Enfin, mail un. ma prie .fax o4r de v.uii pooi . bre mari, le reBpi et el
[uel i peuvent tisne
ma ; ... Car, sacbez*4e bipn, je <<on*<>n!> i vous le dire : tel qui i n c m nt, i votre
■<, moi qui voua parle, m< I <
point de i endie à la patrie un de ces services qui gravent \ itir nom en lettres d'or sur les tables de la postérité.
Madame Gervais ouvrit de grands bras H de grands yeux et elle considéra son mari comme on considère un phénomène.
Gervais secoua doucement la tète de haut en bas, | comme un homme enchanté de lui-même et qui se félicite intérieurement.
— Maintenant, reprit-il, ne m'en demandez pas davantage, vous n'en saurez pas plus.
— Mais, dit madame Gervais, pourquoi me cacher...
— Les lois de l'association s'y opposent, chère amie.
— Quelle association '!
— Eh ! la grande, la fameuse, la seule !
— Encore! s'écria madame Gervais. Comment! tu crois encore...
Et en tournant sur ses talons en levant les bras au ciel.
— Ah ! décidément, il est fou ! ajouta-t-elle. Gervais haussait les épaules avec un air de dédain
superbe. En ce moment, et tandis que dans la chambre des deux époux avait lieu la scène qu'on vient de lire, le sergent-major prenait congé dans la boutique de la générale Lefebvre et de la jolie mignonne.
— Adieu, mauvais sujet, disait la géni rali en souriant.
de grandir vite pour mériter les épuulettes que le général t'a promises l'autre soir, Allons! dis adieu à la jolie mitjnonni! et dépèche-toi.
Et l'excellente femme, pour ne pas embarrasser les adieux des deux jeunes gens par sa présence, se retourna, et, s'adressant à Antoine, elL - fit montrer quelques échantillons de marchandises tandis que Louis s'approchait de la jolie mignonne.
— Louis, dit la jeune fille à voix basse, souvenee-vous de votre serment. Vous allez en ce moment auprès de votre colonel ; ne quittez sa demeure que pour venir ici. quelque ordre que vous ayez reçu, quelque impérieuses que vous paraissent les circonstances qui pourraient présenter. Vous me l'avez promis.
— Je vous le jure! Rose.
— Alors, au revoir.
Louis lui adressa un geste amical, puis il sortit. Madame Lefebvre revint vers la jolie mignonne, et s'asseyaut près d'elle familièrement dans le comptoir :
— Il est gentil, hein! le petit? dit-elle.
— Mais... sans doute... répondit Rose en rougissant. Lagénérale la la bienen face.
-Quai. soir, chez le général, les
... r< prit la générale.
i la ?
La gén sa main sur le co i
— Mais... balbutia la jolit mignonne avec embarras.
— Allons, réponds.
— Citoyi lue...
— 1; ■ mon enfant, lu sais combien je t'aime, réponds comme tu répondrais à ta m. a. . Qu'as-tu res-
Rose baissa la tête comme si elle eût eu hou qu'elle allai! dire.
— J'ai ressenti un froid douloureux, murmurai
ls et la baisa sur le front.
— .C'est toul ci que • elle.
i pour quitter le comptoir:
— Maintena ... continua t-elle, q tu v. ■ .-. m m. .
En ce m-
.ni. entrai! comme an ouragan dan
— Eh bien! et ton imbécile de mari : , ma-
! ef< bvre.
— plus fou .r madame i a le vantl Pois, il a 1 il perdu la
on.
: lu | .lierai lionapai te, et i]
pi i tend que Lu va ewn er la Pran
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ninr-TAPiN
— Ali! voilà; je n'ai pas pu lui arracher autre chose. 11 y a là-dessous un mystère auquel je ne comprends rien !
A ORENELT.E.
La nuit était avancée, tout le quartier, devenu maintenant quartier de Paris, niais jadis banlieue de la capitale et qui s'étendait sur la rive gauche à l'extrême ouest de la grande eité, le quartier de Grenelle était plongé dans une obscurité profonde, dans un silence absolu.
Deux hommes. longeant le mur d'enceinte de la ville. suivaient le boulevard extérieur de la barrière de la Cunette de Grenelle. Tous deux étaient de haute i aille, tous deux costumés comme des ouvriers aisés.
Le côté droit du boulevard était bordé par une série de maisonnettes, basses, irrégwlières , toutes d'aspect différent, se succédant les unes les autres. C'étaient des guhrguetti - des cabarets borgnes, des bals publics, tous lieux mal réputés, sortes de cloaques infâmes à l'usage de l'écume de la société parisienne.
Tous les soirs, ces établissements sans nom étaient encombrés par une foule déguenillée; puis, 'le minuit à une heure du matin, toute cette foule s'écoulait, disparaissant dans l'ombre de la nuit sans qu'on put savoir ce qu'elle devenait.
A une heure, les lumières s'éteignaient, les portes se fermaient, les cabarets, les guinguettes, les bals, si ani- - quelques instants plus tôt, devenaient déserts : le silence le plus profond succédait au bruit.
A l'heure donc où les deux promeneurs s'avan -aient, parcourant le boulevard, pas une lumière ne brillait aux fenêtres des maisons, rien ne troublait la tranquillité de la nuit. Les deux hommes longeaient le mur d'enceinte sans échanger un seul mot.
Au moment où ils atteignaient à peu près le point central de la distance qui sépare les deux barrières, le premier des deux hommes, c'est-à-dire celui qui précédait son compagnon, paraissant le conduire, s'arrêta au pied d'un gros arbre. Se penchant en avant, il parut essayer de percer les ténèbres pour examiner l'autre côté du boulevard.
En cet endroit, la ligne des cabarets était interrompue et une voie étroite et sinueuse montait, s'enfonçant entre deux murailles, dans l'intérieur de Grenelle.
De chaque côté de cette voie, il n'y avait pas de maisons, mais deux murailles en fort mauvais état et servant à deux jardins maraîchers dépendant de rets voisins. Ces deux jardins s'étendaient à droite et à gauche, à la distance d'environ soixante pas.
A gauche, il y avait alors un renfoncement de forme demi-circulaire, tenue par une grille en bois et donnant sur un petit jardin couvert, à travers les arbres du on apercevait une maison de modeste apparence.
A droite, s'élevait, sur le bord de la ruelle, un petit pavillon à deux étages avec un toit pointu, surmonté d'une girouette. Ce pavillon, qui avait deux fenêtres de façade, était percé à sa base par une porte bâtarde peinte en bleu foncé et orné d'un lourd marteau de fer mobile rep ur une énorme tête, de clou.
La muraille du jardin potager s'éi ndait
construction. De l'autre côté du pavillon, reprenait une autre muraille en fort mauvais étatetp
n centre par une brèche qui permettait l'accès d'un verger d'assez grande étendue.
Les deux hommes s'étaient arrêtés i n face de cette ruelle. Le premier la désigna du geste à l'autre, et. mot dire, tous deux traversèrent le boulevard et s'endans la voie sinueuse.
En atteignant la hauteur du pavillon, ils s'arrêtèrent
i. examina minutieusement la porte, soulevai. reposa ensuite sans
aveir fait entendre le plus léger choc. Se retournant vers
son compagnon, qui paraissait attendre avec une anxiété visible et douloureuse, il lui fit encore signe de le suivre.
Ils longèrent le mur jusqu'à la crevasse pratiquée. Le premier des deux hommes escalada la muraille chancelante, pissa par la crevasse et sauta de l'autre côté. Son compagnon le suivit sans hésiter.
Ils se trouvèrent alors dans un grand verger absolument désert. Le plus profond silence régnait autour d'eux. Une petite allée étroite longeait le mur, se dirigeant vers le pavillon qu'elle contournait. Ils prirent cette allée qui aboutissait a une petite porte percée parallèlement à celle donnant buï la rue.
Le premier des deux hommes prit une clef dans sa poche et t'introduisit dans la serrure de cette porte. Au moment île faire jouer la serrure, il se retourna vers son compagnon :
— Tu vas voir Rosette, lui dit-il. Je tiens ma promesse, songe à tenir la tienne: mais rappelle-toi qu'à la moindre tentative de désobéissance, Rosette tombera frappée sous tes yeux ! Maintenant, suis-moi.
L'homme ouvrit la porte en achevant ces mots et pénétra dans un couloir sombre, ténébreux, et auquel on ne voyait aucune autre issue.