‹ Le tambour de la 32e demi-brigadeChapitre 64 sur 220 · ES TÊTES. DB CIRR · texte numérisé non relu

ES TÊTES. DB CIRR

A celte même heure, et tandis que se passait la sefcne que nous venons d'esquisser, une anlre *oèn«i avait lieu, presque simultanément, à l'exti -etnite apposés dfl la ville, L'était au m-oiiicul précis oii l'o piefort et Lucien -'étaient ;i bordés sur la Irtaaz la. C iinpariDi, quittant in pMMJBtri. venait do franchir les uiarelkes de marbre aboutissant au vestibule du my.-ter eux Casino. Le vosl buie é ait déserl : le Casino paraissait être abandonné. Camparini JHta son manteau sur un siège, puis tirant de sa poche une petite elel, il l'introduisit dans la serrure -d'unie porte a demi dissimulée dan.ita boiserie du foad; saisissant d- l'autre main un caudélabre enflamma il1 poussa la porte ei pénétra dans un pelit couloir qui contournait évidemment la cage de l'escalier principal. Campanui longea ce couloir, et atteignit une ouverture pratiquée dans la muraille et garnie de magnifiques portières de velours noir li'angé d'or. II souleva ces portières el passa dans uu ravi-saut salon octogone, aux panneaux tonnés chacun d'uneiplaee biseauiée, d'une dimension remarquable. Ces huit glaces, se reflétant les unes dans les autres, présentaient uue succession de salons, de drape lies et de lumières, de l'ellet le pi u< étrange. Quelqu'un, se plaçant au centre de ce petU salon, devail se voir a la fuis de> tous; les* côtés* de lace, de dos, de profil, de trois quarts.

Saus s'arrêter à l'effet produit par son entrée, Camparini laissa letomber la portière el marcha droit vers un divan de velours également noir et or, sur lequel il s'accroupit, relevant ses pieds sous lui ei tenant le candélabre enflammé de la main gauche. Glissant les aoigts de la main droite soins: l'un des cousS'iis du ivan, il se pencha un peu et parut appuyer loiirmeut. Uu claquement nel el sonore se fit en tendre, et instantanément Gamparini disparut... Le salou était le même : la même glace, le même divau, les mêmes urnemeuls étaient là, formant le pauncu. On eût dil que l'homme seul avait été escamoté à l'aide de quelque opération magique. . Nul doute que, pour le vularaire, celte supposition eùi prévau-; quelques esprits sagaces eussent vu là l'ellet d'un mécanisme habile, admirablement combiné. Effectivement, le panneau tout eulier était moulé sur pivot : glace, divan, ornements étaient solidement fixés à la boiserie mobile et se trouvaient répétés exactement de l'autre côté, de soi le qu'en pressaul un ressort el en faisant tourner le pauueau, le changement à vue avait lieu, changement dont, au premier coup d'œil, il élail réellement un possible de s'apercevoir.

Einp irté »ur le divan par l'ingénieux mécanisme, Camparini se trouva instantanément dans une énorme pièce carrée, garnies d'armoires gigantesque sans putes. Dos rayons superposés se voyaient sur la bailleur de la pièce, eu entourant trois côtés; une graLde lable, pourvue de tout ce qui est nécessaire à la toih'iie, élait surmontée d'une tvllo glace et placée eu

iV'janl de l'armoire du centre. En peuel ralil dans celte pièce, on eùl dit èire transporté suintement d l quelque magasin de co.-tUioes d'un grand llie.itie. Ivs séries d'habillements, découpes diverses, dr lonnes variées, de pa.\ s, d elal, \ige, de siè, |. s même dilléreuts, étaient la, a la pmléede la niaiu qui voulait les saisir. Lu assomment couinlel do cnill'uros, do barbis, oeiiip.ul uu autre ia.\ou Sur la lable-'uildlr éta.oni des myriades de petits va.-es cnuienaut des

prépaiaiion- du l'oiilrurs dillèrenliS. des insi ruiniuit-

élrangis, < 1 . s pu aux, des plumes d'oiseau, jusqu'à

un peid fourneau poi i.iiii.

M os ce qu'il y avait de plus extraordinaire dans ce

LE TAMBOUR DE LA 32° DEMï-BB If, A DE

ccrphai-rmâm, c'était une collection de vingt tètes de cire, toutes tlfc grandeur uatuielle, chacune ayant une coiffure, une teinte de peau, une disposition de barbe, une expreSisipTl île traits différente; el cependant, eu examinant niiuulieusetneul ces tèJes. en les tumparanl l'une à l'antre, on pouvait reconnaître que ioutes avaient été laites sur le même modèle : déyaruitfs, elles devaient être de la plus parfaite ressen blanee, mais revêtues de leurs différentes chevelures postiches, de leur teinte de peau di (lé rente, de leurs barbes de nuances variées, elles étaient méconnaissables entre elles. C'était comme un échantil on ries divers degrés rie l'éetif-lle sociale au point de vue de l'expussiou du risage : depuis la tète du mendiant vagabond à lacbevelure inculte jusqu'à celle la (dus anslo. ntiquedu grand «dgnear à la perruque poudrée, eu passant parla physionomie, type du militaire, du bourgeois,, du financier, du jeune homme, de l'homme fait, du vieillard : il y av.iil là tous les modèles les plus saisissants qu'eût pu désirer uu comédien de premier" ordre.

Camparini, son candélabre a la main, se plaça en face de ces vingt tètes et les examina successivement. A'ors ce fut uu spectacle étrange :une vmg'ei unie ne tèie venait rie s'ajouter à la collection, car ces vingt tètes de cire avaient été évidemment moulées sur celle du Roi du Oatjae.

Apr: s uu minutieux examen, Camparini choisit Irois tètes el le? apporta sur la table-toilette : l'une, à l'expression simple el douce, à la perruque roussàlre, semblait être celle d'uu valet de boune maison.

— Quand Saint-Jean l'a emporté, se dit Camparini, l'enfant était trop jeune pour avoir pu garder souvenir des traits du valet, c'est peut-être une précauiiuu oiseuse... mais n'importe! il faut la prendre... Ces jeunes imaginations sont parfois impressionnées par uu événement qui grave ses détails les plus intimes dans une mémoire encore vierge.

La seconde tête était celle d'uu homme de quarante ans, pouvant appartenir à uu gentilhomme.

— C'est la lèle que je m'étais l'aile pour mon voyage aux Anlihes, continua le Roi du ba jne. Il m'a vu ainsi : ce qu'il faut éviter c'est, donc surtout toute resr semblauce avec cette tèle

Camparini passa à la troisième, qui offrait i'aspect des traits d'un vieillard, à l'expression aimable, au teuil clair, à la chevelure argentée, aux rides profondément tracées sur le front et sur les joues, au menton soigneusement rasé.

— Quelques souvenirs qu'eût pu garder l'enfant, soit de Saint-Jean, soit rie l'b. -mme des Antilles, coutinua Camparini en réQ-'chissant, il est impossible que la vue de ce vieillard réveille ces souvenirs!

El sans plus hésiter, Camparini commença son œuvre. Replaçant les deux premières tètes de ci-re sur les ray OS,ff mil 1 iiroi-ièum en pleine lumière, à la hauteur de son propre visage sur un pied disposé à cet être t. Alors, ouvrant dlffereuis tiroirs ,prenant les compositions chimique- don: il avail besoin, il procéda à -a meiamorphe, suivant ttgn*rt a ligue, Irait a trait, détail nar détail, le mo tèle que lui renvoyait la glace. En une heure de travail assidu, la transforma lion fol opérée : ta ressemb ance entie ta tète que s'étiit faite Camparin et celle de cire éuit telle que la glace en les r. Il étant toutes deux semblait -e refl ter elle-même. Camp* ri ni se dépouilla rie -e- vêit-me ils el prit un costume simple, sévèiv, s'a'l.ant parfaitement à l'expression de sa nouvelle physomouiie bienveillant el douce.

Conlenl ri»- son oc ivre, le terrible personnage se «ous rit à lui-mô m ; i uis. se replaçant sur le itlyau rie velours, il ri i jouer rapidement le ressort et repassa dans le salon octogone. Siuianl à (erre, il saisit un corriou de bonnette srppeiiorli entre deux glaces et l'agita violemment à diverses reprises.

Quelques minutes après, la poil ce se soulevait, et Chiva-so app«raissait sur le seuil : il demeura immobile, examinant scrupuleusement Campa ri ni.

— Parfait! dit-il enfin. Merveilleusement réussi. Tu es méconnaissable !

— Quelques souvenirs que l'enfant ait gardés dans ca jeune àtne, je les défie, n'est-ee pas? riemauJa le Roi du baijne avec une expression de triomphe.

— Oui, cei tes !

— Abus, Cln'vasso, je vais commencer l'œuvre de vengeance. Puk a dû préparer l'enfant, mais il ne l'a pas sullisainment convaincu. C'est la persuasion la plus complète qu'il faut laire entrer dans sou es, rit. Je réussirai, et, corbleu ! ce sera là l'un de mes pius beaux coups. Comprends-tu enfin la grandeur de mes plans? La présence de cet enfant, qui nous embarrassait si fort, devient nécessaire: ce qui a failli causer la perte de l'œuvre, eu eau se la réussite ; rendre utile ce qui était dangereux, n'est-ce pas le comble du savoii-faire? Oui, B bi-Tapin sera, rians mes mains, l'instrument de noire triomphe et riu malheur rie nos nnemis. Sa ressemblance avec Blanche de Niorres est uu merveilleux auxiliaire : les armes gravées sur sou bras soûl une preuve. Cet enfant, entends-tu, c'est un fils naturel de Blanche de Nio res et du feu comte de Sommes! Les preuves, les voici, elles abondent : lors de l'iucen lie de l'hôtt*l de Niorres; n'est-ce pas rie Sommes qui a sauvé Blanche? N'a-t-il pas eu à celle époque rie nombreux rendez-vous avec elle pour la lenir au courant deeequ se passait? Ces rendez-vous ont eu lieu à toute heure, même lauuit, mystérieusement ; dix lémoins existent.

— De Sommes était amoureux de D'anche, tout le monde le savait, il l'avait écrit, et j'ai des letires de luiqui peigneulsa passion. Quede Sommes ail employé la persuasion ou la violence, peu m'importe, il est mort et ne peut rien démentir : toujours est-il que Blanche a dû succomber. La ressemblance étrangement frappante entre elle el cet euUnl sans parents en est la preuve vivante. Puis, à cette époque où déviait remontera peu près la naissance de cet enfant, ne s'eatelle pas retirée dans uu couvent, et ou sait ce que signifiaient, sous l'ancienne monarchie, ces retraites brusques des jeunes filles dans le couvent! C'est de Sommes qui Ta conduite au couvent avec sa suur, là, il est allé la voir souvent sous prétexte de celte contestation d'héritage ; il a eu des entrevues avec les deux jeunes filles sans témoins. Enfin, quand on a fi niera que cet enfant est le (ils rie Blanche! qui pourra prouver le contraire? Les armoiries gravées sur son bras ne sont-elles pas celles des Niorres? Aucune autre preuve matérielle n'existe de l'iudeutué véritable du petitfils du conseiller, aucuue autre preuve que celle que nous connaissons, nous. Ces preuves auèanlies, Ihlii- Tapiu aura pour parents ceux qui; i ous voudrons lui donner. Compreuds-tu bien la siluatiou et sou importance ?

— Saus doute, répondit Chivasso;il ne faut pas que cet enfant soit reconnu pour l'héritier direct des N mrre.-. Tuas eu raisou jadis en disant que celle reconnaissance ue serait qu'un embarras, ,-ur lYulaul est mineur et ne peut di poser de ses biens.

— Lu supprimant l'enfant, c'est Mau'iC' Dillegarde qui hérite, ei Lucile eutre nos maïus nous garantit la léus-ile. L'est bien pour cela qu'il ne faut tuer m Lucile ni Maurice, ou du moins ne lu-"r ce riernif r qu'après sou acle de donation fait et signé ainsi que je l'ai établi au profil de Gervais, et c'e-t ce qu'il faudra qui soi t f dt sans larder; car les événements menacent, et Maurice est à Véroue! Il laul donc qu ils vivent provisoirement et qu'il n'y ail aucun, obstacle entre la 'o.i une des Niorres et MaU'ice; 'es! pourquoi il faut s'occuper rie l'enfant.

— Il y aurait uu moyeu simple, dil Chivassu.

— Lequel?

— Le canal I

Campariui haussa les épaules.

— Moyeu slupide, dit-il, pourquoi tuer saDs y être contraint d'abord ; ensuite pourquoi tuer cet enfant, lorsque sa mort peut nous susciter de nouveaux et de terribles dangers?

— Comment ?

— Bibi-Tapin est connu dans l'armée française; des officiers s'intéressent à lui, des généraux, et même, tu le ^ais, le général en chef. La mort de l'enfant n'a pas été constatée, on p ut s'occuper de lui plus tard. Si nous le faisons violemment disparaître, nous, et si par une indiscrétion, uu hasard que nous ne pouvons prévoir ni moi, ni loi, on surprenait le secret de celle mort, vois-tu d'ici les nuages amoncelés à noire horizon, et cela pour un meurtre après tout inutile. Le général Bonaparte, le général Augereau, le général Beilhier, et plusieurs autres encore, voudraient poursuivre les assassins de leur prolégé, et, par le lemps qui court, sait-on ce que peuvent devenir de tels hommes'? Non, non, pas de mauvaise mesure. Bibi-Tapin, fils naturel de Blanche de Niorres, nous sert au lieu de nous nuire; il 3sl effacé, en prouvant son existence, jusqu'à l'ombre de celle d'un héritier légitime; même ici il i assera pour avoir élé fait prisonnier par les Autrichiens et gardé à Venise. En voulaut retrouver sa Bière, il provo [uera un scandale qui me vengera enfin de la lutte que ces deux marins ont soutenue jadis contre moi. Donc, il faut que Bibi-Tapin vive. Laisse-moi Lire; suis mes conseils, je réponds de tout! je vais vo.'r l'enfant et le disposer ainsi qu'il doit l'être. Demain, je ferrai Mahurec, et celui-là jouera le rôle que je désire; jnais, ce qu'il nous faut avant tout, ce sont ces papiers, s'est l'acte signé par Maurice. Je drois envoyer Roquetoit à Vérone; je l'ai prévenu qu'il obtienne du commandant celle signature; et songe à la promesse que lu m'as faite : la marquise de CantegelLs, si elle est ïivaute,doit être ici avant uu mois!

— Elle y sera, répondit Cbivasso.

— Alors la réussite est certaine. Entends-toi avec Roquefort, qu'il emploie tous les moyens, mais qu'il lasse s.guer Maurice. Celle signature obtenue, cet iiomme pourra disparaître; il me gène, et les événements qui se préparent nous offrent une occasion trop excellente pour ne pas en profiler. Il faut en finir aussi avec Urauie et le vicomte. Que Pick, dès demain, fasse également signer au vicomte de Signelay, l'acte «e donation au profit de Goraiu, comme celui de Maurice sera signé au profit de Gervais; Goraiu el Gervais, t&mprends-lu maintenant l'utilité que l'ou peut tirer de ces deux imbéciles et pourquoi je les ai ménagés adroitement? tout doit servir à l'homme intelligent. Que l'ick agisse ; je préparerai la voie eu voyant moimême le vicomte. Lis fêles de Pâques approchent; ce jour-là les Vénitiens espèrent triompher; que ce triomphe soit le nôtre en aidant puissamment notre eause. Tous ces gens doivent disparaître un jour pour notre tranquillité a venir. Laissons aux Véuitiens le ioiu de nous rendre ce service, leur mort sera mise sur le compte des haines politiques el personne ne nous inquiétera. Donc, marchons à grands pas; que K>ul soit prêt avant Piques, et, le jour venu, laissons frapper les poignards ilalieus quitte à diriger les bras, b'il le faut! Triomphons enfin de nos ennemis; ensuite nous nous occupeious de uos amis! »

LE CIllEH

Le Casino, qui servait d'habitation mystérieuse au terri b e Rot du Bagne, s'élevait de d< us étages au-des- »us du canal. Lo second étage, situé immédiatement

sous les combles, était percé, comme le premier, par un rang circulaire de hautes fenêtres grillées et treillagées, comme les balcons de Grenade et de Séville : aussi, disait-on encore à Venise que l'un des anciens propriétaires du Casino était d'humeur jalouse, et qu'il avait importé d'Espagne eu Italie cette mode féroce des barreaux de fer adaptés à chaque ouverture.

D'ordinaire, les fenêtres d'une maison sont superposées immédiatement les unes au-dessus des autres, de façon à former une ligne droite d'ouvertures du haut et du bas. L'architecte qui avait voulu construire la singulière demeure qui nous occupe, avait procédé autrement. Comme s'il eût eu à tâche de renverser toules les lois connues, il avait pratiqué les fenèlres du second au-dessus de chaque entre-deux des fenêtres du premier, ce qui donnait à l'ensemble du Casino, vu de loin, un faux air de damier dont chaque case noire est au-dessus d'une blanche. Ainsi la fenêtre qui éclairait la pièce servant de prison à la malheureuse Lucile était située au-dessus d'une muraille, descendant à pic dans le canal ; au-dessus s'élevait la contiuualiou de celte même muraille, percée à droite et à gauche par deux autres fenêtres au-dessus desquelles se trouvait encore le mur uni : ces fenêtres, comme celles du premier, étaient garnies de barreaux de fer.

C'est dans une chambre qu'éclairait l'une de ces deux fenêtres (celle de gauche) que nous prions maintenant le lecteur de nous suivre. Celte chambre, assez vaste, n'avait pour tous meubles qu'un lit en bois de chêne, une lable el quelques chaises disséminées çà et là. A l'heure où nous y | énétrons(il faisait nuit) l'obscurité la plus complète régnait dans les deux tiers de la pièce, dont l'extrémiti seule recevait une vague clarté par la fenêtre ouverte. Debout devant cette fenêtre, appuyé contre les ban eaux, se tenait un enfant dans une pose méditative. Cet enfuit, c'était Bibi-Tapin, le pelit tambour de la 32». Se soutenant à l'uu des barreaux à l'aide de la main guebe, il battait la charge avec les doigts de la main droite sur la vilre voisine ; ses grands yeux bien ouverts interrogeaient vaguement les eaux noirâtres el désertes du canal. Quittant brusquement celte position, qu'il observait depuis près d'une heure, il tourna sur luimême et marcha vers le milieu de la chambre.

— La citoyenne qu'aiuie mon officier! se dit-il en s'arrèlaut. Là!... au-dessous de moi!... prisonnière aussi! En voilà un événement uu peu uuméroun! comme dirait le major. C'est la demoiselle de la ferme aux Chats-IIuauts, celle que j'ai vue pleurer et se lamenter!... Pauvre petit :, eu a-l-elle une chance d'avoir prononcé tout haut le nom de mou officier ! sans cela, je filais dans le caual sans savoir seulement qu'elle était dans celle prison 1

Bibi-Tapin se remit à marcher.

— Avec tout cela, reprit-il, comment vais-jc faire, moi? J'avais manigancé ma fuite : j'avais ma corde, j i glissais entre les barreaux, et le canal à traverser à I i nage, ça ne vaut pas la baie de Saint- Vincent... je filais mon nœud, quoi! comme dit Rossignolet...

L'enfant poussa uu soupir.

— Pauvre Rossignolet, mou major! coutiuua-l-il, il doit me croire mort à celle heure, et tous les ramarades ont dû chanter mon D( profu-ndis! Et mon offi cier, mon pauvre officier I .-'il savait que la citoyeune...

Bibi-Tapin s'arrêta brusquement : il tendit l'ori I u lisant un pas veis la leuelrc comme s'il eût voulu

surprendre un bruit venant du dehors; il demeura ainsi quelques minutes, puis, faisant un geste :

— Je me sera! Irompél dit-il; mais ce n'est pas tout cela. Il s'agit de la ciloyeuuel Je ne puis pas la [a ro passer entra les barreaux comme moi, lui donner ma corde pour échelle, et lui faire fane une demi-lieu

la nage sans savoir si nous pourrons toucher terre!...

Le matelot demeurait impassible. (Page ij*.

Que le major avale sa cauue de la pomme à l'embout! comme il dit encore, si je sais quel moyen prendre, si...

Bibi-Tapin s'arrêta encore subitement, et il se rapprocha de la fenêtre par un mouvement rapide, paraissant écouter de nouveau ; mais le plus profond silence régnait au dehors : on n'entendait que le murmure insensible des Ilots ; il n'y avait même pas un souille de brise.

— Qu'est-ce que j'ai donc dans les oreilles, -.e.te nuit? reprit l'enfant en secouant sa tète intelligente Voyons, revenons à mademoiselle Lucie! Quand tous les diables d'enfer s'en mêleraient, je ue puis pas m'en aller tout seul maintenant et la laisser ici... Encore si je savais où aller chercher du secours; mais dans cette satanée ville, où je ne connais personne, jeune troisième fois Bibi-Tapin s interrompit, mais celte fois ce fut avec un tressaillement brusque; d'un

;naut les barreaux, .j'ai entendu,

bond il fut sur la fenêtre, et, i \ ; il avauça son front au dehors.

— Oh! dit-il, je ne me suis pas tro.npé. et bien entendu...

Et il prêta de nouveau l'oreille : un moment s'écoula, puis un aboiement strident, prolongé, se lit eutendre au loin; mais la distance qui séparait le lieu d'où partait cet aboiement de celui où était l'enfant devait être grande, car le son n'arrivait que faible, incertain, et il fallait une oreille exercée pour pouvoir le saisir. Un deuxième aboiemeut#résoniia de nouveau.

Bibi-Tapin s'élança dans la chambre en frappant ses deux mains l'une contre l'autre.

— Mon Dieu! dit-il d'une voix frémissante, on dirait de l'aboiement d'un lévrier caraïbe! Oii! mes bonnes sœurs, Fleur-des-Bois ! Etoile-du-Malin ! où ètes-vouaî...

Eu ce moment un bruit de pas retentit vers l'autre extrémité de la pièce, et le bruit d'une clef introduite

LE TAMBOUR DE LA 32» DEMl-IJIUGADE

dans 'a serrure accompagna pies pie aussitôt ce bruit; Bilii-T.ipiu attendit avec uu éiouuement visible : la porte s'ouvrit, un jet de lumière se projeta sur le plancher rie la pièce, Rt un homme, lenaul à la main une petite lampe, apparut sur le seuil ; cet homme avait l'aspect d'uu vieillard véuérabJo.

Page 1