Tao-leh Kiny, ch. xui
3. Notamment avec le dogme de la trinité et avec les théories de Pythagore.
4. Voy. plus haut, ch. i, p. 11. — Le Rév. J. Edkins pense que Pankou pourrait bien avoir été un personnage babylonien fdans la China Review, 1884-85, p. 15 ; voy. aussi Wells Williams, Middle Kingdom, t. II, pp. 197-198).
LA PHILOSOPHIE DE LAO-TSE
pouvait être la loi primordiale de la nature dans l’esprit des anciens Chinois '.
C’est, il faut le reconnaître, en s’appesantissant au delà de toute mesure sur de tels raisonnements, en se payant de mots et en épiloguant sans cesse sur leur signification mal déterminée, que l’esprit asiatique, d’ailleurs si inventif, en est arrivé à rétrécir de la façon la plus fâcheuse le champ de ses recherches et à piétiner sur place, sans s’apercevoir qu’il s’emprisonnait dans les cloisons étroites d’une inextricable logomachie. Sous l’empire de cette logomachie, le Taoïsme en Chine devait s’atrophier dans ses langes, et le Confucéisme qui en a fait également usage se momifier sous les haillons de la décrépitude. Le Bouddhisme seul, avec son vaste système de concepts puissants et toujours logiques, pouvait introduire dans les pays habités par la race Jaune un élément vigoureux de réforme philosophique et religieuse : il y a réussi dans une certaine mesure, mais il s’est amoindri maintes fois par les concessions qu’il a faites aux croyances routinières enracinées dans le cœur du peuple aux Cheveux-Noirs, bien avant l’époque de sa prédication.
Le Bouddhisme avait d’ailleurs sur le Taoïsme l’immense avantage d’offrir à ses adeptes une solution du problème de la Destinée, tandis que c’est à peine si l’on peut apercevoir dans le Tao-teh King l’indice d’un effort quelconque, non pas pour le résoudre,
1. Le philosophe taoïste Tchouang-tse dit qu’à l’origine des temps sans commencement (?) il existait le Néant ou le Non-Être, c’està-dire le Vide. (Voy., sur ces subtilités, M. Fr. Ball'our, The divine classic of Nan-hua, 1881, p. 20 et pass.).
mais pour le poser d'une façon au moins vraisemblable. On ne rencontre pas, dans ce livre, la trace manifeste d’une récompense promise après la vie aux hommes qui auront pratiqué leur devoir en ce monde ; on n’y énonce pas même d'une manière intelligible l’éventualité de la confusion des êtres dans le Grand- Tout, confusion qui a sulli pour satisfaire les sectateurs de certaines écoles du panthéisme asiatique.
Lao-tse ne se plaçait pas sur le terrain du positivisme exclusivement terrestre qui avait été choisi par le philosophe de Lou, son habile rival, mais il ne laissait guère concevoir plus que celui-ci des espérances d’outre-tombe. Les instructions de Confucius, dit un auteur chinois1, n’ont trait qu’à une seule vie et ne vont pas jusqu’à parler d’une condition future d’existence. Le salaire de la vertu ne dépasse pas la somme d’honneur qu’on peut acquérir en ce monde, et la punition des fautes n’entraîne rien de plus, comme conséquence ultérieure au châtiment, que l’obscurité et la pauvreté du coupable et de sa famille. Suivant un disciple de l’Ecole des Lettrés, le fait d’accomplir le bien par l’espoir du Ciel ne peut supporter la comparaison avec le fait d’accomplir le bien par amour du bien lui-même ; éviter le mal par crainte de l’Enfer n’est pas comparable à la pratique de la vertu par simple sentiment du devoir ; un don, fait pour obtenir un don centuple en échange, ne peut avoir pour mobile la sincérité intérieure.
Faute d’avoir suffisamment pressenti la continuité de
1. Dans la section biographique des Annales des Soung (citât, du Rév. J. Edkins, Notices of Buddhism in China, f. 13).
LA PHILOSOPHIE DÉ LAO-TSE
l'ème, dont Lao-tse semble avoir eu cependant une vague intuition1, les prétendus continuateurs de ce maître dûrent nécessairement tomber très vite dans les aberrations qui caractérisent le Taosséisme moderne : ils n’ont pas eu conscience de l’immortalité de l ame, mais ils ont eu foi dans un moyen d'obtenir l'immortalité du corps2. Le terrible fondateur de la courte dynastie des Tsin se laissa entraîner dans de telles folies ; et l’histoire rapporte que, pour chercher le breuvage de l’immortalité, il envoya dans les îles de l’Asie Orientale une troupe de mille jeunes garçons et de mille jeunes filles qui quittèrent la Chine pour se conformer à ses ordres, mais qui ne revinrent plus jamais dans l’empire Chinois.
Si Lao-tse ne professe pas le dogme de la perpétuité des êtres, il enseigne du moins l’existence de deux âmes distinctes, à l’instar de plusieurs écoles bouddhistes: une âme spirituelle et une âme sensitive ou matérielle. Cette théorie est probablement beaucoup plus ancienne en Chine que le siècle où vécut ce philosophe ; mais elle n'a été énoncée nulle part d'une façon assez explicite pour qu'on puisse voir, dans la première âme, qui doit commander à l’autre3, une force intellectuelle, continue et persistante après la mort. Le passage du Tao-teh King , où il est fait mention de ces deux âmes, est fort obscur et fortifie l'hypothèse qu’il n’est pas