Cicéron, De Legibus, i
LES ORIGINES DU TAOÏSME
Lorsqu’apparait dans l’histoire un de ces brillants météores qui éclairent d’un jour exceptionnel la marche de l'humanité, on lui fait le plus souvent honneur de la somme totale de lumière dont le monde a été inondé au moment de son apparition. C’est du moins la tendance de l’esprit populaire d’agir de la sorte : pour une découverte, pour une innovation, il lui faut une étiquette ; et il est bien rare qu’il n’attribue pas à un seul homme la formule entière d’une idée nouvelle. L’esprit scientifique est moins rapide dans ses conclusions : il estime de son devoir de remonter le cours des âges, d’interroger les siècles, et de s’enquérir si un travail bien plutôt collectif qu’individuel n’a pas rendu possible l’éclosion d’une doctrine dont le germe était depuis longtemps semé. C’est de cette manière que la science se préoccupe utilement des questions d’ori-
gines. Le résultat de ses recherches est presque toujours de constater qu’une œuvre considérable de pensée n’est jamais accomplie sans le concours de nombreux collaborateurs.
Le philosophe Lao-tse a certainement été un de ces brillants météores, et son apparition semble d’autant plus extraordinaire que, malgré bien des savantes investigations, il n’a guère paru possible jusqu’à ce jour de lui reconnaître des devanciers.
Les Chinois, tout au moins ceux qui appartiennent à l’école confucéiste des Lettrés, considèrent ce philosophe comme l’initiateur du Taoïsme. A peu près contemporain du bouddha Çâkya-Mouni, on a supposé qu’il avait eu connaissance du premier essor du Bouddhisme indien. Ses fonctions d’archiviste de la Cour fournissaient un argument en faveur de cette hypothèse. Les souverains de la dynastie régnante des Tcheou avaient, en effet, pendant longtemps établi leur résidence dans la province de Chen-si, à l’ouest de la Chine, du côté de l'Inde ; et on en concluait à l’existence de relations eifectives entre les deux pays. 11 devait en outre se trouver dans la bibliothèque royale quelques récits du fameux voyage de Mouwang aux contrées énigmatiques de l'Occident lointain *.
De telles suppositions, malgré leur ingéniosité, sont fort insuffisantes. La distance du Chen-si à l'IIimàlaya est bien considérable, surtout si l’on tient compte des faibles moyens de locomotion dont on disposait à cette époque. Rien ne nous autorise à croire que des