Tao-leh King, ch. xxx et xlvi
6. Les hommes nobles ont pour point de départ la condition abjecte; les grands ont la basse extraction pour premier fondement (Tao-leh King, ch. xxxix). « Dans l’ordre de la nature, les vassaux et les rois sont de la même espèce que l'humble homme du peuple » (Comment, de Sieh-hoeï, cité par Julien, dans le Livre de la Voie et de la Vertu, p. 148.)
peine s’il avait des rois ; plus tard, il les aima et leur prodigua des louanges ; plus tard encore, il les craignit; à la fin, il les méprisa1. » Un roi est, en somme, dans la pensée de Lao-tse, un rouage inutile à la machine sociale. S’il doit en exister, il faut du moins que leur rôle consiste dans le non-agir 2 : les peuples se pacifient d'eux-mêmes, sans que personne ne le leur ordonne3. La bonne méthode gouvernementale consiste à « n’avoir pas de prudence », c’est-à-dire à ne pas prendre sans cesse des précautions inopportunes 4 *. Si le chef de l’Etat est trop clairvoyant, le peuple est privé de tout3. Les princes sont la cause de la misère du peuple, parce qu’ils dévorent une énorme quantité d’impôts6, et que, contrairement à l’exemple du Ciel, ils ôtent à ceux qui manquent du nécessaire pour donner à ceux qui jouissent du superflu7.
Comme les plus grands instituteurs religieux de l'humanité, comme Bouddha et Jésus, — bien que dans une mesure plus faible et moins formelle, — Lao-tse est hostile à la fortune, communiste. C’est tout au plus s’il n’énonce pas la célèbre parole de Proudhon : « La propriété, c’est le vol ». Il dit, en effet ; « Si les palais sont somptueux, les champs sont incultes et les greniers sont vides. Lorsque les princes, armés
1. Tao-teh King, ch. xvii. — Voy. cependant ch. xxv, tout en se rappelant que les contradictions et les paradoxes ne sont pas rares dans le livre de Lao-tse, du moins lorsqu'il est interprété comme le veulent les principaux commentateurs chinois. (Cf. par exemple, les deux premiers aphorismes du ch. lxx).