‹ Le taoïsmeChapitre 74 sur 99 · Tao-teh King, ch. lxxvii · texte numérisé non relu

Tao-teh King, ch. lxxvii

d’un glaive tranchant, se revêtent de riches étoffes, lorsqu’ils se rassasient de mets savoureux, lorsqu’ils regorgent de richesses, ce sont des voleurs

Partisan de la doctrine du Non-Agir1 2, Lao-tse est contraire à la multiplicité des lois. Plus les prohibitions sont nombreuses, plus le peuple devient pervers. Si le peuple a beaucoup de moyens de lucre, le trouble éclate dans l’Etat ; s'il fait preuve d’adresse et d’habileté, les objets somptuaires et d’un usage frivole se multiplient aux dépens de la morale publique 3. Si les ordonnances du gouvernement se succèdent sans discontinuer et se caractérisent par une sévérité extrême, les sujets du prince ont recours à la ruse pour s'y soustraire, et le nombre des bandits augmente proportionnellement4. Le Saint Roi doit donc éviter toute intervention non indispensable dans la vie politique : il se borne à gouverner les hommes en leur donnant l’exemple d’une conduite sans reproche. Son devoir le plus solennel est de se montrer exempt de désirs, ennemi du luxe et de la magnificence. Simple dans ses mœurs et résolu à pratiquer le Non- Agir, la nation entière l’imite et vit dans la paix et dans l’abondance5. Mais il est rare de posséder les qualités requises pour devenir un tel prince, et il

1. Tao teh King, ch. un. — Le philosophe Meh-tih, célèbre antagoniste de Mencius, qui vécut au Ve siècle avant notre ère et professa la doctrine de l’Amour universel, a dit: « Si chaque homme regardait la maison des autres comme sa propre maison, qui aurait l’idée de voler? » (Meh-tse, édit, de 1757, livr. ii, p. 7).

* 2. « La seule chose que je redoute, c’est d’agir ». (Tao-leh King,

ch. lui ; voy. également ch. lxiv).

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