Nan-hoa King, section Tien-ti, livr. xii, p
Tao , mais le fait paraissait fort étonnant, puisque son maître avait pratiqué le système du silence, comme seul conforme à la véritable sagesse. Ce fameux disciple était arrivé, il est vrai, à voir avec les oreilles et à entendre avec les yeux ; il avait mis à l’unisson sa charpente corporelle et son cœur, son essence vitale (/ci) et son esprit (chia), son esprit et son principe négatif ( wou ) *.
Parfois Lieh-tse prête à Confucius des idées qui le rapprochent de son célèbre antagoniste. Interrogé sur la question de savoir si lesTrois-Augusteset les Cinq- Empereurs de l'antiquité étaient des sages, Confucius répond qu’il n’en sait rien : Le seul sage est un homme des pays Occidentaux qui est capable de bien gouverner le peuple sans faire acte de gouvernement, de donner confiance dans sa conduite sans faire usage de la parole, et qui, sans se transformer, agit par la seule puissance de sa propre nature 1 2.
Lieh-tse et Tchouang-tse se rencontrent d’ailleurs en bien des circonstances dans les explications qu’ils donnent du mystère de la création ; souvent aussi on les voit recourir à des anecdotes enfantines pour soutenir la justesse de théories plus ou moins aventureuses. Leurs récits fourmillent de fables grossières qu’ils semblent y avoir introduites à plaisir et dans le seul but d’énoncer les idées les plus fantaisistes
1. Lieh-tse, Tchoung-hiu tchi-teh tchin King, sect. Tchoung-ni, livr. iv, édit, jap., p. 4.
2. Lieh-tse, Libr. citât., livr. iv, p. S. — Ce passage a fait travailler bien des imaginations. Les Jésuites, dit M. Ernst Faber, y ont vu une prophétie annonçant la venue du Christ ( Werke des Philosophen Licius, p. 84). Voy. aussi, le P. Prémare, dans les Annales de Philosophie Chrétienne, série VI, t. VIII.
LES SUCCESSEURS IMMÉDIATS DE LAO-TSE
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et les plus paradoxales. Le fameux chapitre initial du livre de Tchouang-tse intitulé « la Pérégrination 1 » se retrouve en partie dans l’œuvre de Lieh-tse 2. On pressent déjà, en lisant les pages désordonnées de ces deux célèbres écrivains taoïstes que leur doctrine ne tardera pas à perdre tout caractère philosophique pour ne plus devenir autre chose qu’un système de mysticisme, d'incantation et de sorcellerie.
Lao-tse avait été souvent victime des plus singuliers écarts de langage. Lieh-tse, qui prétendait être parvenu à ne plus dépendre de rien, se laissant aller au gré de la brise, dans l’indifférence absolue des choses, n’en était pas moins, comme le lui reprochait Tchouangtse, dans la dépendance du vent. Il était en plus à la merci de tous les égarements de la logomachie. Ces deux philosophes, et un peu plus tard Hoaï-nan-tse, avaient tiré, par d’énormes efforts d’esprit, tout ce qu’il leur était possible d’extraire d’une doctrine aussi insuffisamment lixée que l’était celle du Tao-teh King .
L’œuvre de chacun de ces deux philosophes, celle du premier surtout, mériterait cependant d’être l’objet d’une étude critique particulière. On a cru découvrir un rudiment des théories transformistes de Charles Darwin dans le passage où Lieh-tse nous dit que les grenouilles sont des cailles 3 et arrive, après
1. Siao-yao-yeou. J’ai publié la première traduction européenne qui ait été faite de ce curieux chapitre dans mes Textes chinois anciens , (Paris, 1874, un vol. in-8), p. 73 et suiv.