‹ Le Tardif, comédie en un acte et en versChapitre 6 sur 39 · M. MELVAL , VALMONT · texte numérisé non relu

M. MELVAL , VALMONT

MELYAL.

Vous voilà donc enfin !

VALMONT , accourant.

Je suis tout hors d'haleine.

MELVAL

Quel plaisir on éprouve à revoir ses amis ! Embrassons -nous encor. Je m'étais bien promis Devousgronder pourtant ; car pendant votre absence J'ai failli mille fois mourrir d'impatience.

VALMONT, Je comptais arriver avant-hier au plus tard; Mais j'ai sur mon chemin rencontré par hasard Un ami , mon ancien camarade de classe ; Jugez de mes transports ! Je descends, je l'embrasse î Par malheur son château se trouvait à deux pas. Il m'a fallu l'y suivre en murmurant tout bas. Là, bienlôt l'amitié me prépare une fête, Et jusqu'au lendemain, malgré moi, Ton m'arrête. Tremblant de voir encor mon séjour prolongé ; Je pars au point du jour et sans prendre congé ; Mais à deux pas de là, près du dernier village, Une noce , à grand bruit, me barre le passage. Je veux voir la future et m'arrête un instant ; J'approche et reconnais mon plus proche parent, Mon ancien colonel; c'est lui qui se marie. Que faire? On m'aperçoit, on m'entoure, on s'écrie; Et, de ce coup du sort bénissant la faveur , On prétend qu'au contrat je signe par honneur. Je me défends long-temps : enfin je me résigne, Et, tout en enrageant, je reste , danse et signe. Pour surcroît d'embarras, un concert d'amateurs

Se prépare aussitôt. Jugez de mes terreurs !

IL faut, bon gré mal gré, que dans la symphonie,

Comme musicien je fasse ma partie;

Mais à travers le bruit des trompettes, des cors

(C'était du Rossini ) , je m'esquive , je sors ,

Et laissant ma voiture avec tout mon bagage,

Je me remets en route et je viens , tout en nage,

Malgré maint embarras qu'aujourd'hui j'ai trouvé,

Et tout surpris encor de me voir arrivé.

MELVAL

Vous avez bien raison : c'est trop de diligence ; Mais j'aurais dû. vous voir arriver , quand j'y pense; J'étais sur le chemin.

A deux pas du château J'ai pris la traverse.

MELVAL

Ah!

VALMONT

Votre parc est si beau !

J'en ai fait tout le tour ; puis, sans reprendre haleine, A pied, j'ai parcouru votre charmant domaine, La ferme , le grand lac, le petit pont chinois. Je suis expéditif !

MELVAL

La peste ! je le vois !

J'ai tardé trop -long-temps à vous rendre justice... Mais laissons tout cela. Quel est donc ce caprice ? Lorsque Ton vous attend , pourquoi partir si tard?

VALMONT

Oh ! j'avais mes projets! madame de Saint-Phar Est charmante , dit-on ; aussi, sans l'avoir vue, Pour elle , je le sens , mon ame est prévenue. Vos lettres m'ont tourné la tête.

MELYAL.

Tout de bon ?

VALMONT

Je brûlais de partir... Par bonheur la raison M'a retenu.

MELYAL.

Comment?

YALMONT.

Oh ! je connais les femmes !

Je sais comment l'amour se glisse dans leurs âmes. Par trop d'empressement on perd tout quelquefois, Ec le mérite seul ne fixe pas leur choix. L'imagination a déplus sûres armes.

A Pâmant qu'on ignore elle prête des charmes ; On y rêve, on en parle, on l'appelle en secret, Et le cœur est donné lorsque enfin il parait... C'est ce que j'ai pensé ; d'ailleurs, en confidence , J'ai sur votre amitié fondé quelque espérance. Je me disais souvent : On s'occupe de moi, Et l'on en dit du bien. Soyez de bonne foi ; Dans vos longs entretiens avec l'aimable veuve, J'ai de votre amitié reçu plus d'une preuve ; Vous m'avez présenté sous le plus heureux jour , Et beaucoup mieux que moi vous avez fait ma cour.

MELYAL.

La méthode est nouvelle , et je la crois fort bonne ; Pourtant, un jour plus tard, vous ne trouviez personne.

Un procès, dès demain, la force à nous quitter.

YALMONT, Dès demain ?

MELYAL.

Plus long-temps je ne puis l'arrêter.

VALMONT

C'est très-facheux.

MELVAL

Il faut vous hâter.

VALMONT

Comment faire?

On ne me connaît point : il faut chercher à plaire; Etudier ses goûts, son esprit, son humeur; Trouver adroitement le chemin de son cœur, Ecarter mes rivaux et gagner la suivante , Suivre tous les progrès d'une flamme naissante, Loin des yeux indiscrets parler de mon amour, Me déclarer enfin... Ce n'est pas trop d'un jour,

MELVAL

Non, et surtout pour vous. Lorsque j'avaisvotre âge, Je raisonnais moins bien , je faisais davantage... Allons voir de ce pas madame de Saint-Phar.

VALMONT

D'ans l'état où je suis?... Songez...

MELVAL

Point de retard.

VALMONT

Je suis tout en désordre, et lorsqu'on cherche à plaire, Un peu d'art , on le sait , est toujours nécessaire. MELVAL.

Mais...

VALMONT

T).e grâce , sou ffrez . .

MELVAL

Vous me poussez à bout.

VALMONT

Non, du premier coup-d'œil, sur les femmes surtout, L'effet est décisif. De trop de négligence. Une belle souvent et s'étonne et s'offense;

Pour lui plaire, elle veut qu'on fasse quelques frais : C'est un premier hommage offert à ses attraits. Je cours me débotter.

MELVAL

Vous vous moquez , je pense.

Venez : mais justement la voici qui s'avance Fort à propos.

O ciel! je n'ai pas un moment A perdre. Je me sauve!...

(Il va pour sortir.) MELVAL

Al tendez donc. Comment?

S'éloigner lorsqu'on vient ! Quelle est cette lblie? (Il P empêche de sortir.)

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