SCÈNE XIV
Lisez Plutarqiie; un autre épousera ma nièce. Vous le mériteriez; mais mon faible pour vous Triomphe, malgré moi, de mon jusle courroux. Je ne puis voir aussi, sans un dépit extrême,
Échouer des projets que j'ai conçus moi-même. Je dis plus, puisqu'il faut vous en faire l'aveu , Tout ce qui s'est passé me pique encore au jeu; Je veux, et jusqu'au bout j'en aurai le mérite, Faire mentir enfin votre étoile maudite. Vous serez mon neveu, malgré le sort jaloux, Malgré votre rival, moi-même , et malgré vous.
VALMONT
Conservez, j'y consens, cette aimable colère, Et faites au plus tôt mon bonheur.
M. MELVAL
Je l'espère.
Je puis tout sur ma nièce ; on vous épousera , J'en réponds, et Florvelle aujourd'hui partira.
VALMONT. Aujourd'hui ?
M. MELVAL
Je m'en charge. Il adore ma nièce , Et, sans trop m'alarmer, je crois que le temps presse. Il est beau cavalier ! cité par sa valeur, Et déjà colonel, il peut , avec son cœur, Offrir à la beauté pour qui l'amour l'enflamme, Un nom et des lauriers; cela flatte une femme. Malgré votre mérite, il vous manque cela. 11 sera général à l'âge où vous voilà.
VALMONT
J'ai mes titres aussi.
M. MELVAL Soit.
VALMOINT.
J'ai servi , je pense, Long-temps avec honneur. Vingt combats, ma naissance, M'ont permis de prétendre au rang où je le vois. J'étais près d'y monter, avec de justes droits, Lorsqu'un jour , brusquement, je quittai le service. Mais je vous vois déjà m'accuser de caprice-, Vous allez méjuger. Avec mes grenadiers, Je fus pour un assaut désigné des premiers. Je touchais au moment d'illustrer mon courage -, Mais calme, en attendant le signal du carnage, Lorsque déjà tonnait le bronze des combats , En cercle , autour de moi , j'assemble mes soldais. Là, pour mieux enflammer leur belliqueuse audace, Je parle à chacun d'eux; et ma voix leur retrace De leurs exploits passés l'immortel souvenir; L'éclat de leurs lauriers qu'un seul jour peut ternir.
Je lais parler l'honneur, la patrie et la gloire
Lorsque derrière moi j'entends crier : Victoire !
On montait à l'assaut Bientôt sur le rempart
Vont flotter nos drapeaux : j'accours. . . Il est trop tard ; J'arrive le dernier ! Furieux, je m'élance; Mais le sort jusqu'au bout trahit mon espérance : L'ennemi fuit , mon bras ne peut se signaler ; A peine un coup de feu vient-il me consoler ! Confus de cet- affront à ma valeur trompée, Sur la brèche à l'instant je brise mon épée, Et je pars.