SCÈNE XIV
M. MELVAL
C'est fort bien. J'en aurais fait autant, Et ce dépit me plaît.
VALMONT
Je n'ai pas cependant x\handonné L'espoir de servir ma patrie ; Je dis plus , le ministre ( à vous je le confie ) . Le mois dernier encor m'offrit un régiment. J'ai sa lettre sur moi. La voici justement.
M. MELVAL, parcourant la lettre.
Fort bien.
VALMONT
J'ai cent rivaux d'après ce qu'il m'annonce. M. MELVAL.
Et qu'a faitle ministre ?
VALMONT
Il attend ma réponse.
M. MELVAL
Hatez-vous donc. Le sort vous seconde à souhait. De ma nièce le cœur, je le vois à regret, Est encore indécis : fortune, rang, mérite, Tout pour vous maintenant parle et la sollicite. Oh ! des femmes je sais comment on vient à bout ! Avec un régiment, je vous réponds de tout.
VALMONT
Je l'aurai : pour cela je n'ai qu'un mot à dire. M. MELVAL.
Vous voilà colonel ! Allons, il faut écrire.
VALMONT Écrire? c'est trop peu. Je veux, si je le pui , Signer , c'est le plus sur, mon contrat aujourd'hui ;
Pais , libre de ce soin , Laissant là ma future ,
La noce , le festin , je prends votre voiture ,
Et je vole à Paris où je suis attendu.
Oh! je connais le prix d'un seul moment perdu ,
Et je n'en perdrai point !
M. MELVAL
Bon! la leçon profite.
Vous devenez charmant -, allons , et vite , et vite ! Ma nièce vous attend ; allez vous déclarer ; Moi, pour votre contrat je vais tout préparer, Et mander mon notaire.
VALMONT
On n'est pas plus aimable.
M. MELVAL
Cette fois-ci , du moins, vous voilà raisonnable. Bravo ! Pour commencer je vais, et sur-le-champ, A Florvelle donner son congé poliment.
( Il sort. )