‹ Le Tartuffe des comédiensChapitre 37 sur 43 · MONSIEUR LOYAL · texte numérisé non relu

MONSIEUR LOYAL

On pourrait bien punir ces paroles infâmes, Ma mie; et l'on décrète aussi contre les femmes.

1 Presque tous les commentateurs de Molière ont considéré comme mauvaise et très inopportune cette plaisanterie de Dorine, et c'est très probablement la difficulté de bien dire ce vers qui avait engendré un lazzi de Dorine qui n'a été supprimé que depuis vingt ou vingt-cinq ans. « Dorine prenait Loyal par le haut delà tête et par le bas du menton, pour le considérer plus à son aise ; puis d'un ton moitié plaisant, moitié dédaigneux, elle disait le vers :

Ce monsieur Loyal porte un air bien déloyal

et secouait ensuite ses mains comme si elle avait touché quelque chose de malpropre. Cailhava critiquait justement ce jeu de scène en 1802, MUc Delvienne jouait alors Dorine ; mais comme le parterre y riait très fort, il a subsisté encore pendant plus d'un demi-siècle avec M11' Demerson et M" Dupont.

2 Le Courrier des spectacles du 8 fructidor an V reproche à une actrice de l'Odéon, M""-' Pélissier, de passer derrière Loyal pendant qu'agenouillé il verbalise, de le pousser et de le jeter le nez par terre après avoir dit les deux

Ce jeu de scène, condamné si justement par le critique que nous venons de citer, s'exécutait il y a peu d'années encore. Ma note n'a d'autre but que d'empêcher qu'on ne le rétablisse quelque jour en invoquant la tradition.

CLEANTE, intervenant, et imposant silence à Loyal d'un ton de supériorité.

Finissons tout cela, monsieur ; — c'en est assez. Donnez tôt ce papier, de grâce, et nous laissez.

MONSIEUR LOYAL, remettant le papier avec une profonde salutation.

Jusqu'au revoir.

(Nouveau salut adressé à toute la compagnie, et dans le ton qu'il a pris au début de la scène.)

Le Ciel vous tienne tous en joie !

ORGON, colère, et dans une imprécation :

Puisse-t-il te confondre, et celui qui t'envoie !

J'ai vu souvent Damis prendre Loyal par les épaules et le jeter à la porte ; ce jeu de scène, qui excite un rire de mauvais aloi, me paraît répréhensible. Le dernier hémistiche de Loyal peut sembler une ironie que Damis, moins que personne, ne saurait supporter ; Damis fait un mouvement de colère que Loyal aperçoit ; se sentant fautif, il décampe avec précipitation, sans que Damis ait besoin de le pousser par les épaules.

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