‹ Le Tartuffe des comédiensChapitre 36 sur 43 · MONSIEUR LOYAL · texte numérisé non relu

MONSIEUR LOYAL

Loyal connaît trop bien les privilèges de l'emploi qu'il exerce pour être ému des menaces de Damis; il sait, comme l'Intimé des Plaideurs, ce que peuvent rapporter à un huissier des injures et des coups par lui reçus dans l'exercice de sa fonction : aussi, sans témoigner la moindre colère, et sans donner le moindre signe d'appréhension, il interrompt son griffonnage commencé, et sans avoir regardé Damis , il tourne la tête du côté d'Orgon et lui dit du ton le plus calme et sous la forme d'un bon conseil :

Faites que votre fils se taise — ou se retire, Monsieur. — J'aurais regret d'être obligé d'écrire, Et de vous voir couché dans mon procès-verbal.

* Aimé Martin dit avoir vu M. Loyal >> pour faciliter les impertinences de Dorine, se mettre à genoux ».

Le public actuel peut encore voir Loyal se mettre à genoux, non pas pour faciliter les impertinences de Dorine, mais pour pouvoir écrire sur son genou les quelques mots essentiels à la validité de son exploit, formalité encore d'usage aujourd'hui. C'est cet agenouillement très naturel qui a pu exciter une ancienne Dorine à le mettre à profit pour son lazzi. On en a ri, et il est devenu une tradition.

DORINC, entre les dents; colère contenue.

Ce monsieur Loyal porte un air bien déloyal1.

Il y a ici une coupure de vingt-huit vers qui se pratiquait du temps de Molière. Cette coupure oblige Cléante à adresser à Dorine ce qu'il disait à Orgon :

CLÉANTE, à Dorine.

Laissez; ne gâtons rien.

DAMIS, de plus en plus excité.

A cette audace étrange J'ai peine à me tenir, et la main me démange.

DORINE, même sentiment bien accentué.

Avec un si bon dos, ma foi, monsieur Loyal, Quelques coups de bâton ne vous siéraient pas mal2.

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