‹ Le Tartuffe des comédiensChapitre 39 sur 43 · LES MÊMES · texte numérisé non relu

LES MÊMES

VALÈRE

Il entre par la porte à la droite de l'acteur.

La nouvelle qu'apporte Valère est des plus importantes ; son récit demande de l'empressement et de l'animation, mais cette nécessité ne doit pas nuire au détail ; tout dans ce couplet doit être bien entendu ; qu'en le disant, le comédien, qui doit ici se montrer chaleureux, se rappelle cependant qu'au théâtre la rapidité n'est pas toujours la chaleur.

Avec regret, monsieur, je viens vous affliger ; Mais — je viy vois contraint par le pressant danger.

2io NOTES SUR TARTUFFE

(Commençant ici son récit.)

Un ami — qui m'est joint d'une amitié fort tendre,

— Et qui sait l'intérêt qu'en vous j'ai lieu de prendre,

(Plus confidentiellement.)

A violé pour moi, — par un pas délicat,

Le secret — que Ton doit aux affaires d'Etat,

Et me vient d'envoyer un avis — dont la suite

Vous réduit au parti d'une soudaine fuite.

Le fourbe — qui longtemps a pu vous imposer

Depuis une heure — au prince — a su vous accuser,

Et remettre en ses mains, dans les traits qu'il vous jette,

D'un criminel d'État — l'importante cassette,

Dont, — au mépris, dit-il, du devoir d'un sujet,

Vous ave^ conservé le coupable secret.

J'ignore le détail du crime qu'on vous donne,

(Appuyant.)

Mais un ordre est donné contre votre personne ;

Et lui-même — est chargé, — pour mieux l'exécuter,

D'acompagner celui qui vous doit arrêter.

(Mouvement général de tous les personnages qui ont écouté le récit de Valère avec un intérêt anxieux.)

CLÉ AN TE, ton de désespérance; il croit à la victoire de Tartuffe et s'en irrite.

Voilà ses droits armés ; — et c'est par où le traître De vos biens qu'il prétend, cherche à se rendre maître.

ORGON, avec un sentiment de colère, dont l'expression très vraie ne doit être comique que pour le public.

L'homme — est, je vous l'avoue, — un méchant animal!

VAL H RE, très empresse, interrompant sa réflexion.

Le moindre amusement vous peut être fatal.

J'ai — pour vous emmener — mon carrosse à la porte,

Avec mille louis — qu'ici — je vous apporte.

Ne perdons point de temps : — le trait est foudroyant,

Et ce sont de ces coups que l'on pare en fuyant.

— A vous mettre en lieu sûr — je m'offre pour conduite,

Et veux accompagner jusqu'au bout votre fuite.

Tous les personnages en scène sont touchés de la conduite de Valère, mais que l'expression de leurs sentiments soit des plus discrètes ; il est nécessaire qu'ils prennent part à la situation, mais ils ne doivent pas chercher à attirer sur eux l'attention.

ORGON, très ému, serrant dans ses deux mains la main de Valère.

Las ! Que ne dois-je point à vos soins obligeants !

(Se raffermissant.)

Pour vous en rendre grâce il faut un autre temps; Et je demande au Ciel de m'être assez propice Pour reconnaître un jour ce généreux service.

(Se retournant vers sa mère, vers sa femme et ses enfants qui s'empressent autour de lui.)

Adieu : — Prenez le soin, vous autres...

CLÉANTE, interrompant vivement les recommandations qu'il se prépare à faire.

Allez tôt; Nous songerons, mon frère, à faire ce qu'il faut.

(Tous se dirigent avec empressement vers la porte gauche de l'acteur.)

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