‹ Le Tartuffe des comédiensChapitre 40 sur 43 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

TARTUFFE est entré par la porte à la droite de l'acteur, suivi de l'Exempt, qui se tient au second plan, observant avec attention ce qui se passe. Il arrête Orgon du geste et de la voix.

Tout beau, Monsieur, tout beau !

(Au ton impérieux de la voix de Tartuffe, tous les personnages qui accompagnaient Orgon dans sa sortie s'arrêtent comme cloués sur place.

TARTUFFE, d'un ton plus ralenti et quelque peu moqueur.

ne courez point si vite :

Vous nire^ pas fort loin pour trouver votre gîte,

(D'une voix qui fait sentir l'autorité.)

Et, de la pari du prince, — on vous fait prisonnier.

ORGON, ton violent d'indignation.

Traître! — tu me gardais ce trait pour le dernier. C'est le coup, scélérat, — par où tu m'expédies; Et voilà couronner toutes tes perfidies.

TARTUFFE, très calme.

Vos injures — n'ont rien à me pouvoir aigrir,

Et je suis, — pour le Ciel, — appris à tout souffrir.

CLÉ AN TE, ironique.

La modération est grande, — je l'avoue.

DAMIS, rageur.

Comme du Ciel — ï infâme — impudemment se joue !

TARTUFFE, calme supérieur.

Tous vos emportements ne sauraient m'émouvoir; Et je ne songe à rien — qu'à faire mon devoir.

M ARIANE. Elle veut aussi exprimer son indignation, mais le ton et les termes qu'elle emploie sont mesurés.

Vous avez de ceci grande gloire à prétendre ;

Et cet emploi, pour vous, est fort honnête à prendre.

TARTUFFE, sans rien perdre de son calme, relève avec quelque hauteur le reproche que lui adresse Mariane.

Un emploi ne saurait être que glorieux

Quand il part du pouvoir qui m'envoie en ces lieux.

ORGON. Reproche dont la note un peu attendrie tend à toucher le cœur de Tartuffe.

Mais t'es-tu souvenu que ma main charitable, Ingrat, — t'a retiré d'un état misérable ?

TARTUFFE, convenant avec un grand ton de franchise du bienfait qu'il a reçu.

Oui, — je sais quel secours j'en ai pu recevoir ;

(Changement de ton ; devenant digne et austère.)

Mais l'intérêt du prince — est mon premier devoir ;

De ce devoir sacré la juste violence

Etouffe dans mon cœur toute reconnaissance ;

(Ferme et élevé.)

Et je sacrifierais à de si puissants nœuds

(Déterminant bien chaque mot.)

Ami, — femme, — par eus, — et moi-même avec eux.

ELMIRE, indignée.

L'imposteur !

DORINE, même sentiment, plus fortement appuyé.

Comme il sait, de traîtresse manière, Se faire un beau manteau de tout ce qu'on révère !

CLÉ AN TE, avec une impatience qui s'accentue graduellement en parlant.

Mais, s'il est si parfait que vous le déclarez,

Ce %èle — qui vous pousse, — et dont vous vous parez,

D'où vient — que pour paraître, — il s'avise d'attendre

Qu' a poursuivre sa Jemme — il ait su vous surprendre,

Et que vous ne songea à l'aller dénoncer

Que lorsque son honneur — I'oblige à vous chasser ?

(Déblayant.)

Je ne vous parle point, pour devoir en distraire, Du don de tout son bien qu'il venait de vous faire ;

(Relevant.)

Mais, le voulant traiter en coupable aujourd'hui,

(Avec plus de force.)

Pourquoi consentiez-vous à rien prendre de lui ?

TARTUEEE

Tartuffe n'a jamais été accepté par Cléante pour un saint homme, il s'est toujours senti deviné par lui, et il le hait. Ici, comme dans la première scène du quatrième acte, il ne peut rien répondre aux

arguments que lui pousse Géante ; il s'est tiré d'affaire alors en regardant sa montre, et maintenant ce sera en ordonnant de conduire Orgon en prison ; il se contente de regarder dédaigneusement Géante par-dessus l'épaule, et se retournant ensuite vers l'Exempt, il lui dit :

Délivrez-moi, Monsieur, de la criaillerie,

Et daignez accomplir votre ordre, je vous prie.

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