SCÈNE VII
VALSAIN, GERCOUR.
GERCOUR.
Enfin votre santé me semble un peu meilleure, Cher Valsain. \ous sortez de bonne heure? C'est sûrement pour faire une bonne action.
YALSAIN.
Ou plutôt pour commettre une indiscrétion.
GERCOUR.
En seriez-vous capable?
VALSAIN.
Oui , dans le sens du monde.
Est-il rien d'excellent qu'aujourd'hui l'on ne fronde?
(Appuyant.)
Je vais faire un ingrat.
GERCOUR.
Je l'avais deviné.
V A L s A I N , d'un ton hypocrite.
Mais enfin il suffit qu'il soit infortuné.
GERCOUR.
C'est ce ton de douceur , de bonté , que j'admire , Qui vers vous , cher Valsain , si puissamment m'attire. Vos sentimens sont beaux , nobles, mais sans fierté, Le ton de la nature et de la vérité.
Vous échaufiez mon cœur par une douce flamme...
VALSAIN , d'un ton doux et franc.
Mon ami , la douceur et l'égalité d'àme
Charment dans tous les rangs, et préviennent les cœurs.
i6 LE TARTUFFE DE MOEURS,
C'est par elle qu un grand à ses inférieurs Commande le respect sans cesser d'être aimable : Qu'en donnant il est bon , en recevant aflkble : Et l'honnête homme obscur qu'oublia la faveur, A ces mêmes vertus dut souvent son bonheur.
Votre âme bienfaisante..
Je vous plains.
GERCOUR.
VALSAIN.
En fut souvent punie.
GERCOUR.
VALSAIN.
Non. C'est là le bonheur de ma vie.
Le sage à ses désirs est toujours limité, Il réserve pour lui la médiocrité.
Généreux avec choix , et bienfaisant modeste , Il donne sans regret , et vit content du reste.
GERCOUR.
Je ne puis qu'admirer ces nobles sentimens ; Mais dans ce monde-ci, plein d'ingrats , de méchans. Vous connaîtrez un jour comme tout se gouverne. Revenons cependant à ce qui vous concerne. Julie...
VALSAIN.
Espérez-vous
GERCOUR.
Je viens vous en parler.
Eh bien ?
GERCOUR.
Eh bien , mon cher , je ne puis vous celer...
VALSAIN.
Qu'elle ne m'aime pas.
GERCOUR
Mais elle vous révère.
VALSAIN.
Ma morale pour elle est un peu trop sévère.
GERCOUR.
Mais non pas. Sa morale est très-sévère aussi. Vous vous convenez fort.
VALSAIN.