ACTE T, SCÈNE VII. ly
VALSAIN.
Vous le croyez ainsi, ïj'hymen ne peut unir deux mêmes caractères; II aime à dispnirr, il lui faut des contraires. Au physique, au moral , cette observalioa Ne m'a presque jamais oflert d'exception. L'homme vif est l'époux d'une femme indolente j De l'indolent mari la femme est turbulente. L'ignorante recherche un savant pour époux 5 La savante aime un sot, et la sage un jaloux. La querelhiuse trouve un mari pacifique; La folle un taciturne. Et voyez au physique : Notre voisin Orontea le corps contrefait; Il est goutteux , petit , vieux, et surtout fort laid; Sa femme est grande, jeune, et jolie , et bien faite : Il n'avoit rien pour plaii^e , il plut à la coquette. Dans ses goûts , dans ses jeux , et dans ses passions , Le sexe aime surtout les contradictions,
GERCOUR.
Ah ! vous vous amusez. Julie...
VALSAIN.
Est jeune encore.
GERCOUR.
Cependant vous l'aimez?
VALSAIN.
. Oui , Gercour ; je l'adore.
GERCOUR.
Mais vous ne faîtes pas assez assidûment Votre cour à ma femme, et voilà mon tourment. Je serais bien plus fort pour vaincre la rebelle , Si je pouvais agir de concert avec elle. Mf 's vous la négligez.
VALSAIN.
C'est votre faute aussi.
Si je ne la vois pas , mon respectable ami. Je le dis franchement, votre femme est légère , Et vous la laissez libre. A son âge on veut plaire : De la modo nouvelle affichant les excès. Vieillissant sa jeunesse, et gâtant ses attraits, Honteuse de devoir son teint à la nature , Elle emprunte de l'art la brillante imposture :
Le Tartuffe de Mœurs, 3
ï8 LE TARTUFFE DE MOEURS,
C'est a lui qu'elle doit ces perfides couleurs Qui masquent le visage , et corrojupent les mœurs. Sa parure , d'ailleurs, à ce goût assortie , Fait, je l'avoue , un^eu rougir la modestie. L'homme qui se respecte , et garde au fond du cœur Quelques débris encorde l'ancienne pudeur. S'éloigne avec regret 5 et de nos Aspasies Déplore en gémissant les brillantes folies.
GERCOUR,
C'estla mode, mon cher ! ce grand mot-là dit tout. Je ne veux pas m'y faire; et sur ce nouveau goût, Je viens d'avoir encore une scène avec elle : Vous m'en épargnerez peut-être une nouvelle. Voyez-la donc vous-même, et dites-lui...
VALSAIN.
Comment i Vous pourriez jusque-là me croire inconséquent ? Vous êtes mon ami , je vous ouvre mon âme ; Mais je ne voudrais pas que jamais votre femme Pût soupçonner... Ceci n'est que de vous à moi : S'ouvrir à son ami , c'est penser avec soi.
GERCOUR.
Prenez-y garde au moins , Valsain , je vous supplie ; Sans elle , je ne peux répondre de Julie.
VALSAIN.
Il me suffit d'avoir votre consentement.
(En lui prenant la main.)
Votre amitié surtout.
(n sort.)