ACTE T, SCENE XL ai
SUD MER
Qui ?
GERCOUR.
Votre autre neveu.
SUDMER.
Ce jeune homme charmant, qui parle avec emphase , Et de grands sentimens embellit chaque phrase?
GERCOUR.
Tous les jours, par sa force, et par sa profondeur, Il m'étonne.
SUDMER.
Et moi donc , il m'eiïVaie , en honneur,
GERCOUR.
Il est inconcevable en effet , qu'à son âge Valsain soit si prudent, si vertueux, si sage...
MARTON, à part.
Si perfide, si faux...
GERCOUR.
Que dis-tu ?
MARTON
Je craindrais De vous fâcher, monsieur: prudemment je me tais.
On sait le bien qu'il fait.
MARTON
Oui , paroles , promesses , Rien ne lui coûte 5 mais voit-on de ses espèces ? 11 serait ruiné , c'est moi qui vons le dis , S'il donnait la moitié de ce qu'il a promis.
SUDMER.
( Â Gercour. )
Eh ! sans doute. En effet, avez-vous quelque preuve .''...
GERCOUR.
Je n'en ai pas besoin.
SUDMER, souriant.
La repartie est neuve,
GERCOUR.
Vous riez.^ Mais vous-même entendrez aujourd'hui Comme chacun l'admire et parie bien de lui.
SUDMER.
On l'admire ? tant pis : oui , vous avez beau rire , Je n'aime point ces gens que tout le monde admire ; Dont l'engoùment public fait souvent tout le prix. Franchement dites- moi , comment a-t-il acquis Le droit d'èlre admiré , chéri de tout le monde ? Il faut qu'il en ait fait une étude profonde. Toutes sortes de gens sont donc par lui prisés .'' Des sots et des médians les vices encensés ? Tenez , mon cher Gercour, mon àme est alarmée De ses beaux sentimens , et de sa renommée. Dans la seule vertu trouvant assez d'appas , Le sage la pratique , mais ne l'affiche pas. Jamais d'un noble cœur la dignité sévère Wa fléchi bassement...
GERCOUR.
J'aime votre colère.
Ouoi donc ! en voulez-vous à ce pauvre \ alsairi , Parce qu'il est aimé de tout le geiue humain ?
MARTON
De tout , c'est un peu fort.
GERCOUR.
Tais- toi.
MARTON
Défunt mon raaitre Était homme de sens, et devait s'y connaître. « Quand j'entends , ( disait-il ) dans la société , » Quelqu'un vantant trop haut sa rare probité , )) De cet homme de bien redoutant les approches , » Je mets tout aussitôt mes deux mains sur mes poches. »
SUDMER.
Vous vovez que Mavton pense assez comme moi.
GERCOUR.
Vous êtes prévenu , voilà ce que je voi.
SUDMER.
Point du tout. ÏNIais je suis d'une franchise rare.
GERCOUR,
Valsain n'est pas joueur.
SUD M E R
Il est peut-être avare.