‹ Le tartuffe des mursChapitre 23 sur 86 · ACTE II, SCÈNE Vî · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE Vî

V A L s A I N , indifféremment.

On le dit , je le crois 5 Mais cela suffit-il pour diriger un choix?

M'"^ GERCOUR.

îf on. Mais....

VALSAIN, appuyant.

La calomnie est une rude épreuve : Je puis vous eu donner encore une autre preuve. Votre mari , madame , a confiance en moi , Entière confiance ; il me la doit, je croi. Son âge , ses bienfaits , son amitié sincère , Lui donnent sur mon cœur tous les titres d'un père. Cependant , je vous vois rarement ; et pourquoi ?

(Suspendant un peu son de'bit. )

C'est qu'il m'est revenu.... qu'on me soupçonnait, moi.... Moi, l'ami de Gercour.... j'ose dire le vôtre, D'être l'amant de l'une, et — coupable envers l'autre. Vous dirai-je combien de discours conlrouvés

M°". GERCOUR.

Mais ces bruits jusqu'à moi ne sont pas arrivés.

VAL s AIN.

J'ai cessé de vous voir, ils sont lombes d'eux-mêmes ;

Mais j'ai pensé souvent à quels chagrins extrêmes

Vous aurait exposée un bruit injurieux ,

Si je n'eusse , sur vous n'osant lever les yeux ,

Henoncé quelque temps à vous voir dans le monde.

Des hommes quelle que soit la malice profonde,

Encore leur faut-il des motifs apparens

Pour leur donner le droit d'être à leur gré médians.

Florville entre chez vous, et sur-le-champ Florville

Passe pour votre amant. Il serait inutile

De vouloir faire entendre aux calomniateurs ,

(^u'un jeiuie écervelé , sans conduite , et sans moeurs ,

ÎS'e peut , en aucuns cas , à votre confiance

Avoir le moindre droit.

M-""-. GERCOUR.

Sans blesser la décence , Ne puis- je voir personne ?

VALSAIN, avec profondeur et amahilitc.

Il VOUS faut un ami Sage, et dans la vertu dès long-temps aifermi ;

Le TaHu-ffe de Mœurs. 5

Dont la moralité soit connue, assurée; Pour qui vous ne cessiez jamais d'être sacrée.

M'"^ GERCOUR.

Ah ! vous avez raison.

V A L s A I N , toujours du ton le plus aimaLle.

Voilà le vrai bonheur ; Mais il n'existe pas avec le déshonneur. Il faut donc nous soustraire aux propos de l'envie, Aux rapports indiscrets qui tourmentent la vie. Vous ne pouvez douter à quel point votre honneur M'est cher, m'est précieux : vous savez que mon cœur Aime encor la vertu plus que ma tendre amie.

(Il lui prend la main. )

Evitons , croyez-moi , les regards de Julie.

Vous savez ce que peut un cœur jaloux , méchant....

Pour moi, je la fuirai.... Que mon appartement....

(Adoucissant sa voix.) ( 11 s'apperçoil que ce mot blesse.)

Que ma bibliothèque....

M"^ GERCOUR.

O ciel ! qu'osez-vous dire .^

YALSAIN, vivement, et s'échauffant encore par degrés.

Mais , si vous y venez , c'est pour causer et lire.

On ne peut pas chez vous cultiver l'amitié ,

Sans courir le danger d'être calomnié.

Chez moi , nous échappons aux langues médisantes ;

Tranquilles , nous ferons des lectures charmantes.

Vous n'avez jamais lu Socrate , ni Platon,

La Bruyère , Rousseau , Montaigne , ni Charron :

Vous croyez , j'en suis sûr^ leur morale bien triste :

A votre âge , on frémit au nom de moraliste :

Quelle erreur est la vôtre ! Ah ! pour notre bonheur,

Ce sont des amis vrais qui nous parlent du cœur.

Et puis, je sais combien votre âme est charitable:

J'attends chez moi , ce soir , un vieillard respectable ,

Bien malheureux, bien fait pour vous toucher, je croi.

D'une bonne action je voudrais avec moi

Vous faire partager....

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