ACTE lil, SCÈNE V
FLOIxTILLE.
Vous ]es traiterez bien , mon ami , je Tespère.
SUEMER.
Mieux que vous. Cependant —
FLORVILLE
Vous êtes bien austère.
SUDMER.
Puisque vous le voulez...
FLORVILLE
Vous vous faites prier.
Tenez , voici d'abord ma tante Dulaurier ; C'est elle sous ma main qui tombe la première. Elle mourut , suivant son époux à la guerre : Elle a valu sou prix daus son temps à la voir, Mais je ne la vends pas ce qu'elle a pu valoir. Elle est peinte en bergère , à l'abri du feuillage D'un liètre qui lui prête un favorable ombrage. Ses moutons innocens paissent à ses côtés. Que de grtàces , d'attrai ts , de charmes , de beautés î Fidèle Amaryllis , elle attend son Tytire. Combien cela vaut-il ? cent francs.
SUDMER.
Vous voulez rire 5 Je donnerais cent francs pour ce vieux tableau-là ?
FLORVILLE
Fort bien 5 et les moutons , eux seuls valent cela ; Je vous donne pour rien ma tante.
SUDMER.
Allons , n'importe , Je la prends.
Vous avez un beau dessus de porte.
(Montrant un autre taWeau. )
Mon grand oncle Richard-Acliille - Marvelin : Il fui fait prisonnier au combat de Denain 5 jNIais un échange heureux le rendit à la France. Celait un général d'une haute vaillance.
SUDMER.
Combien ?
FLORVILLE
Six cents francs.
SUDMER.
Ah !
FLORVILLE
Je ne puis, en honneur.
Vous le donner à moins.
SUDJIER.
Vous croyez donc , monsieur , Que je puis disposer du trésor de la banque.
FLORVILLE
Un héros , c'est bien cher.
SUDMER.
Oui , quand l'espèce en manque.
TNTaîs rien n'est , grâce au ciel , aujourd'hui plus commua 5 Et la France elle seule en fournit cent pour un.
FLORVILLE
Vous le voulez pour rien. Oh. ! c'est une autre affaire !
SUDMER.
Non certes; et je vais vous prouver le contraire ; Car je le prends.
FLORVILLE
Fort bien. Vous vous y connaissez.
SUDMER.
Ceux-là seront moins chers.
FLORVILLE
Plus que vous ne pensez.
Ce sont deux magistrats dont l'un lut un poëte : Mais ce qui renchérit de beaucoup votre emplette , C'est , quoiqu'on ait tenté d ébranler leurs vertus , Pour la première fois qu'ils ont été vendus.
SUDMER.
On ne peut trop payer des magistrats semblables.
FLORVILLE
Pour faire en peu de mots , sans recourir aux fables, L'éloge de leurs cœurs, et de leurs grands laleus , Mes deux oncles étaieut les d'Aguesseau du temps.
SUDMER.
Je les prends pour le prix que vous ferez vous-même.
FLORVILLE
Eh bien , donc j deux cents francs j le prix n'est pas extrême.