SCÈNE IV
VALSAIN, î\r\ GERCOUR.
V A L s A I N , apeicevant madame Gercour.
Mais la voici.
M"*. G E R C O U R , qui est entrée en rimt.
Valsain , vous avez bieu perdu D'être sorti sitôt.
VALSA IN, riant aussi.
Quoi donc ? qu'avez vous vu De si plaisant?
M"". GERCOUR, éclatant de rire.
Dorval , qui surprenant sa femme Chez Mélise à l'instant , exigeait que la dame Rentrât à la maison à dix heures du soir. Il fallait tous les deux les entendre , les voir.
( Après un moment de réflexion. )
Mais , si j'allais, chez vous, moi-même être surprise Par mon mari ?
VALSAIN.
D'abord , il vous croit chez Mélise.
Puis dans mon cabinet il monte rarement ; Il me fait appeler dans son appartement , Quand il a quelque chose à me dire , à m'apprendra , Ou de mon amitié quelque conseil à prendre ; Et je trouve cela raisonnable. Il est vieux , Je suis jeune... je dois...
M~^GERCODR.
Vous parlez tout au mieux.
Mais enfin, s'il montait ?... jaloux par caractère
V A L s AIN, avec confiance.
Jaloux de moi ! non , non.
Il l'est de votre frère , Et m'en fait souvenir à chaque instant du jour.
VALSAIN.
Quoi ! toujours pour mon frère il vous croit de l'amour ?
M"«. GERCOUR.
A ma fidélité Gercour fait cette injure.
Le Taituffe de Mœurs. 9
VALSAIN.
Et j'en suis indigné. Votre âme noble et pure Peut-elle avec Fiorville avoir quelque rapport ? Le vice et la vertu sont-ils jamais d'accord ?
M"*. GERCOUR.
J'aimerais!...
V A LS A I N , du ton le plus caressant et le plus aimable.
Pourquoi non ?.., Souffrez , je vous conjure; Le mal n'est pas d'aimer. Ali ! suivons la nature. Tout dépend d'un bon choix.
M"". GERCOUR, avecJignlté.
Il est fait.
V ALS AIN, de'daigneusement.
Bon !
M"'. GERCOUR.
Comment ?
V ALS AIN, d'utt ton doux.
Telle femme a le droit de fixer un amant....
M"^ GERCOUR.
N'est-elle pas coupable ?
V A L s A I N , avec force et sentitneut .
Oui , ( car je suis sévère ) Lorsqu'au gré de ses voeux elle est épouse et mère •, Lorsque libre d'avoir un époux à son choix , D'un hymen volontaire elle a subi les loix; Surtout lorsque les fiuits de ce lien aimable Lui rappellent sans cesse im serment redoutable, Et lui faisant goûter les plaisirs les plus doux , A ses yeux attendris retracent son époux. Mais combien peu voit-on de ces femmes heureuses Qui portent de l'hymen les chaînes amoureuses ? Combien , pour mettre fin à de long démêlés , N'a-t-on pas vu d'enfans , avant làge immolés , Forcés par leurs parens d'unir leur main timide A la tremblante main d'un vieillard insipide , Qui, non content d'avoir à la société Refusé le tribut que doit l'humanité , Ayant perdu sans fruit une longue jeunesse , Dessèche encor la fleur que cueille sa vieillesse.
M"'^GERCOUR.
Il faudrait , selon vous , rompre....