‹ Le tartuffe des mursChapitre 54 sur 86 · ACTE IV, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IV

VALSAIÎ*.

Mais, francliement, Votre sexe et le mien y gagneraient souvent.

(Avec sentiment. )

Ah I que de malheureux gémissent en silence ,

( Et j'en fais près de vous la triste expérience , )

Qu'un sort injurieux condamne sans retour

A voir en d'autres mains Tobjet de leur amour:

Et réduits à brûler d'une éternelle flamme

Sans qu'un rayon d'espoir se glisse dans leur âme.

Concevez-vous , madame , un état plus affreux ?

M'°^ G E R C O U R , légèrement.

Seriez-vous par hasard un de ces malheureux ?

VAL s AIN, avec chaleur et franchise.

Il est trop vrai ; souffrez que mon cœur se soulage ; J'ai fait de la <:onstance un long apprentissage.

M°". GERCOUR, avec la même le'gèrete'.

Et quel est cet objet dont vous êtes charmé , Si cruel à vos vœux , si tendrement aimé ?

Y ALS AIN, d'un ton très-caressant.

Ah ! c'est le plus aimable...

M"»'. GERCOUR.

Oh ! j'en étais certaine.

Voilà l'amour ; il peint aussi vrai que la haine. L'un grossit les vertus , et l'autre les défauts. Mais n'apercevez-vous aucun terme à vos maux ?

VALSAIN.

Ah ! l'amour est timide , alors qu'il est extrême.

M"'. GERCOUR, curieuse avec légèreté.

Et connais-je l'objet ?...

VALS AIN , ayant l'air de se trahir maigre' lui.

Se connait-on soi-même I

M"". GERCOUR, avec dignité.

Quoi , je suis I . . . moi , Valsain l

VALSAIN, avec hypocrisie.

Madame , deviez-vous Le deviner si tard ? Ah ! pourquoi votre époux?...

M"*. GERCOUR , toujours avec dignité.

Mais raisonnablement vous ne pouvez . je pense ,

En vouloir à Gercour , en cette circonstance. Il me vit le premier , le premier il m'aima ; Vous ne me connaissez....

VALS AIN, rapidement.

Ah ! que dites-vous là ?

Avez-vous pu rester un moment inconnue ! Oui , je vous adorais

M"*. GERCOUR, vivement.

Comment ! sans m'avoîr vue?

VALS AIN, rapidement.

Que vous êtes injuste ! Ah ! c'est vous dont l'orgueil Ne m'honora jamais du plus léger coup d'oeil. En vain autour de vous un flot d'amans s'écoule , Vous ne me voyiez pas, car j'étais dans la foule.

M'"^ GERCOUR, avec dignité'.

Vous deviez déclarera ma mère....

Qui ! moi !

Quand vous étiez promise , oser...

M""'. GERCOUR, avec la plus grande noblesse.

Eh mais ! pourquoi , Valsain , en ce moment osez-vovis davantage ? Me respectez-vous moins depuis mon mariage ?

VALSAIN.

Quand on vous a contrainte à serrer un lien...

M"'. GE R C O U R , de même.

Mais enfin c'est tromper , et vous le savez bien.

VALSAIN, d'un ton caressant , s'animant d'une manière très -vive.

Vous ne trompez personne. Eh mais ! c'est une enfance. Loin de moi le projet d'alarmer l'innocence ! Il serait trop indigne et de vous et de moi 5 Il faut, pour être heureux, être content de soi.

M°'^ GERCOUR.

Mais mon époux....

VALSAIN.

N'est pas venu jusqu'à son âge Sans connaître du monde et les lois et l'usage ^ Il ne veut seulemenjt qu'échapper aux propos , Fruits de l'oisiveté des médians et des sots.

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