ACTE V, SCÈNE VI
VALSAIN.
Voire cousiu.
SUDMEK.
Qui f moi !
Appelez- moi
Votre cousin, vous dis-jç.
SUDMER.
Ah ! cette liberté...
VALSAIN.
Me plait , et je l'exige.
Quoi ! parce que je liens un état plus brillant. Je rougirais d'avoir en vous un bon parent ? Ah ! ne vous laissez pas tromper à l'apparence, Le luxe est rarement une preuve d'aisance. Nous payons en tribut à la société Un vain extérieur, un éclat emprunté.
Vous le dirai-je enfin? votre cousin lui-même Se trouve en ce moment dans un besoin extrême.
SUDMER.
Si votre oncle Suduier était du moins ici , Je pourrais me flatter de l'avoir pour ami.
VALSAIN.
Je le désirerais. 11 est i^iche , et je pense Qu'il viendrait au secours d'une honnête indigence. Ne pouvant vous servir autrement aujourd'hui, Vous ne manqueriez pas d'avocat près de lui.
SUDMER.
Cependant je croyais que par sa bienfaisance ,
Vous pouviez me donner du moins quelque assistance.
VALSAIN.
Voilà ce qui vous trompe. Ah ! mon cher Lisimon , L avarice a partout répandu son poison. Le bruit court que je dois beaucoup à ses lajgesses 5 Mais si je n'avai.s eu jamais d'autres richesses, Aurais-je eu si souvent le plaisir d'obliger.^
SUDMER.
On disait que depuis qu'il est chez l'étranger, \ous en aviez reçu...
VALSAIN.
Mille et mille promesses.
Le Tartuffe de Mœurs. la
go LE TARTUFFE DE MOEURS,
SUDMER.
Non , noQ , de bons billets.
VALSAIN.
Si vous parlez d'espèces , Sa conduite envers nioi ne lui fait pas d'honneur, ^lais dans peu, nous aurons peut-être le malheur (Et ce serait pour vous un bonlieur véritable) De perdre pour jamais cet oncle respectable.
SUDMER.
Comment donc ?
VALSAIN.
Le climat très-mal sain , m'écrît-on , A très-fort dérangé sa constitution.
D'ailleurs, ayant du temps accumulé l'injure , Il doit payer bientôt sa dette à la nature. Et moi , qui suis pour lui plus un fils qu'un neveu , Pour vous combler de biens , j'espère que dans peu...
Dans peu! mais cependant...
• \ALSAIN.
Oui , oui , prenez courage.
SUDMER.
ÎNous sommes tous les deux à peu près du même âge.
VALSAIN.
Il est plus vieux que vous.
SUDMER.
11 n'a pas soixante ans , Et je pourrais attendre encore fort long-temps.
VALSAIN,
Vous voudriez sa mort aujourd'hui, tout à l'heure.
SUDMER.
Vous me connaissez mal. Qui , moi ! vouloir qu'il meure ! Et d'ailleurs que feraient mes vœux à son destin? Et de corps et d'esprit on sait qu'il est bien sain.
' V ALS AI N , un peu impalienlé.
Faut-il vous répéter mille fois le contraire ! I.e fils de son gérant , par le dernier corsaire , Nous mande que .ses traits sont changés à tel point Que même ses parens ne le remettent point.