ORGON, CLÉANTE
CLÉANTE
A votre nez, mon frère, elle se rit de vous ;
Et, sans avoir dessein de vous mettre en counroux.
Je vous dirai, tout franc, que c'est avec justice.
A-t-on jamais parlé d'un semblable caprice?
Et se peut-il qu'un homme ait un charme aujourd'hui
A vous faire oublier toutes choses pour lui ;
Qu'après avoir chez vous réparé sa misère.
Vous en veniez au point...?
Halte-là, mon beau-frère; ; Vous ne connaissez pas celui dont tous parlez.
CLÉANTE. J
Je ne le connais pas, puisque vous le roulez; ^
Mais enfin, pour savoir quel homme ce peut être... - 1
ORGON. j
"Mon frère, vous seriez charmé de le conna^re, \ Et vos ravissements ne prendraient point de fin. C'est un homme qui... Ah 1... un homme... un homme enfin. ^ Qui suit bien ses leçons, goûte une paix profonde,
Et comme du fumier regarde tout le monde. \
;iOui, je deviens tout autre avec son entretien : ^
Il m'enseigne à n'avoir affection pour rien ; "^ De toutes amitiés il détache mon âme,
Et je verrais mourir frère, enfants, mère et femme, ;
Que je m'en soucîrais autant que de cela. ]
CLÉANTE. /''
Les sentiments humains, mon frère, que voilà î
ORGON. -5
Ahl si vous aviez vu comme j'en fis rencontre, 1
Vous auriez pris pour lui l'amitié que je montre. -^
Ctaque jour à l'église il venait, d'un air doux,
Tout vis-à-vis de moi se mettre à deux genoux, i
Il attirait les yeux de l'assemblée entière 'j
Par l'ardeur dont au ciel il poussait sa prière :
Il faisait des soupirs, de grands élancements.
Et baisait humblement la terre à tous moments; ;
Et, lorsque je sortais, il me devançait vite, ;
Peur m'aller à la porte offrir de l'eau bénite. ■