‹ Le Tartuffe. Le dépit amoureuxChapitre 11 sur 93 · ORGON, CLÉANTE · texte numérisé non relu

ORGON, CLÉANTE

CLÉANTE

A votre nez, mon frère, elle se rit de vous ;

Et, sans avoir dessein de vous mettre en counroux.

Je vous dirai, tout franc, que c'est avec justice.

A-t-on jamais parlé d'un semblable caprice?

Et se peut-il qu'un homme ait un charme aujourd'hui

A vous faire oublier toutes choses pour lui ;

Qu'après avoir chez vous réparé sa misère.

Vous en veniez au point...?

Halte-là, mon beau-frère; ; Vous ne connaissez pas celui dont tous parlez.

CLÉANTE. J

Je ne le connais pas, puisque vous le roulez; ^

Mais enfin, pour savoir quel homme ce peut être... - 1

ORGON. j

"Mon frère, vous seriez charmé de le conna^re, \ Et vos ravissements ne prendraient point de fin. C'est un homme qui... Ah 1... un homme... un homme enfin. ^ Qui suit bien ses leçons, goûte une paix profonde,

Et comme du fumier regarde tout le monde. \

;iOui, je deviens tout autre avec son entretien : ^

Il m'enseigne à n'avoir affection pour rien ; "^ De toutes amitiés il détache mon âme,

Et je verrais mourir frère, enfants, mère et femme, ;

Que je m'en soucîrais autant que de cela. ]

CLÉANTE. /''

Les sentiments humains, mon frère, que voilà î

ORGON. -5

Ahl si vous aviez vu comme j'en fis rencontre, 1

Vous auriez pris pour lui l'amitié que je montre. -^

Ctaque jour à l'église il venait, d'un air doux,

Tout vis-à-vis de moi se mettre à deux genoux, i

Il attirait les yeux de l'assemblée entière 'j

Par l'ardeur dont au ciel il poussait sa prière :

Il faisait des soupirs, de grands élancements.

Et baisait humblement la terre à tous moments; ;

Et, lorsque je sortais, il me devançait vite, ;

Peur m'aller à la porte offrir de l'eau bénite. ■

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