‹ Le Tartuffe. Le dépit amoureuxChapitre 3 sur 93 · PRÉFACE IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE IX

de certains temps. Cette censure a eu ses raisons, qui ne subsistent point ici. Elle s'est renfermée dans ce qu'elle a pu voir; et nous ne devons point la tirer des bornes qu'elle s'est données, l'étendre plus loin qu'il ne faut, et lui faire embrasser 1 innocent avec le coupable. La comédie qu'elle a eu dessein d'attaquer n'est point du tout la comédie que nous voulons défendre ; il se faut bien garder de confondre celle-là avec celle-ci. Ce sont deux personnes de qui les mœurs sont tout à fait opposées. Elles n'ont aucun rapport l'une avec l'autre, que la ressemblance du nom; et ce serait une injustice épouvantable que de voir condamner Olympe, qui est femme de bien, parce qu'il y a une Olympe qui a été débauchée. De semblables arrêts, sans doute, feraient un grand désordre dans le monde ; il n'y aurait rien par là qui ne fût condamné • et puisque l'on ne garde point cette rigueur a tant de choses dont on abuse tous les jours, on doit bien faire la môme grâce à la comédie, et approuver les pièces de théâtre où l'on verra régner l'instruction et l'honnêteté.

Je sais qu'il ;' a des esprits dont la délicatesse ne peut souffrir aucune comédie, qui disent que les plus honnêtes sont les plus dangereuses ; que les passions que l'on y dépeint sont d'autant plus touchantes qu'elles sont pleines de vertu, et que les âmes sont attendries par ces sortes de représentations. Je ne vois pas quel grand crime c'est de s'attendrir à la vue d'une passion honnête ; et c'est un haut étage de vertu que cette pleine insensibilité où ils veulent faire monter notre âme. Je doute qu'une si grande perfection soit dans les forces de la nature humaine ; et je ne sais s'il n'est pas mieux de travailler à rectifier et îi adoucir les passions des hommes, que dô

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