ACTE III, SCÈNE IV 6Q
J'étais en cet endroit, d'oîi j'ai pu tout entendre; Et la bonté du ciel m'y semble avoir conduit Pour confondre l'orgueil d'un traître qui me nuit, Pour m'ouvrir une voie à prendre la vengeance De son hypocrisie et de son insolence, A détromper mon père, et lui mettre en plein joiff L'âme d'un scélérat qui vous parle d'amour.
ELMIRE
Non, Damis; il suffit qu'il se rende plus sage, Et tâche à mé^ter la grâce oîi je m'engage. Puisq'îe je l'ai promis, ne m'en dédites pas. Ce n'est point mon humeur de faire des éclats; Une femme se rit de sottises pareilles. Et jamais d'un mari n'en trouble les oreilles.
DAMIS
Vous avez vos raisons pour en user ainsi;
Et pour faire autrement j'ai les miennes aussi.
Le vouloir épargner est une raillerie;
Et l'insolent orgueil de sa cagoterie
N'a triomphé que trop de mon juste courroux
Et que trop excité de désordre chez nous.
Le fourbe trop longtemps a gouverné mon pèrfî
Et desservi mes feux avec ceux de Valère.
Il faut que du perfide il soit désabusé;
Et le ciel pour cela m'offre un moyen aisé.
De celte occasion je lui suis redevable.
Et pour la négliger elle est trop favorable :
Ce serait mériter qu'il me la vînt ravir,
Que de l'avoir en main et ne m'en pas servir.
ELMIRE
Damis...
DAMIS
Non, s'il TOUS plaît ; il faut que je me croie. Mon âme est maintenant au comble de sa joie Et vos discours en vain prétendent m'obliger A quitter le plaisir de me pouvoir venger. Sans aller plus avant, je vais vider l'affaire; Et voici justement de quoi me satisfaire.