‹ Le Tartuffe. Le dépit amoureuxChapitre 34 sur 93 · ACTE m, SCÈNE lîî · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE lîî

Et si TOUS condamnez l'aveu que je vous fais,

Vous devez vous en prendre à vos charmants attraits.

Dès que j'en vis briller la splendeur plus qu'humaine,

De mon intérieur vous fûtes souveraine;

De vos regards divins l'ineffable douceur

Força la résistance où s'obstinait mon cœur î

Elle surmonta tout, jeûnes, prières, larmes,

Et tourna tous mes vœui du côté de vos charme?.

Mes yeux et mes soupirs vous l'ont dit mille fois ;

Et pour mieux m'expliquer j'emploie ici la voix.

Que si vous contemplez d'une âme un peu bénigne,

Les tribulations de votre esclave indigne;

S'il faut que vos bontés veuillent me consoler,

El jusqu'à mon néant daignent se ravaler.

J'aurai toujours pour vous, ô suave merveille,

Une dévotion à nulle autre pareille.

Votre honneur avec moi ne court point de hasard.

Et n'a nulle disgrâce à craindre de ma part.

Tous ces galants de cour, dont les femmes sont folles,

Sont bruyants dans leurs faits et vains dans leurs paroles,

De leurs progrès sans cesse on les voit se targuer :

lis n'ont point de faveur qu'ils n'aillent divulguer ;

Et leur langue indiscrète, en qui l'on se confie,

Déshonore l'autel où. leur cœur sacrifie.

Mais les gens comme nous brûlent d'unjeuj[iscrelj

Avec qui, pour toujours, on est sûr du secret.

Le soin que nous prenons de notre renommé©

Répond de toute chose à la personne aimée;

Et c'est en nous qu'on trouve, acceptant notre cœur,

De l'amour sans scandale, et du plaisir sans peur.

ELMIRE

Je TOUS écoule dire; et votre rhétorique < En termes ei^sez forts à mon âme s'explique. • i

N'appréhendez- vous point que je ne sois d'humeur \

A dire à mon mari cette galante ardeur, j

Et que le prompt avis d'un amour de la sorte • Ne pût bien altérer Tamitié qu'il vous porte?

TARTUFE. 'i

Je sais que vous avez trop de bénignHdt

Et que vous ferez grâce à ma témérité; 1

Que vous m'excuserez sur l'humaine faiblesse ^

Des violents transports d'un amour qui vous blesse, \

Et considérerez, en regardant votre air, '■ Que l'on n'est pas aveugle, et qu'un homme est de chair» -■

ELMIRE. '

D'autres prendraient cela d'autre façon peut-être; i

Mais ma discrétion se veut faire paraître. \

Je ne redirai point l'affaire à mon époux ; ",

Mais je veux, en revanche, une chose de vous : )

(''est de presser tout franc, et sans nulle chicane, 1

L'union de Valère avecque Mariane, *

De renoncer vous-même à l'injuste pouvoir j

Qui veut du bien d'un autre enridiir votre espoir; \

Et... -,

SCÈHE IV ^

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