‹ Le Tartuffe. Le dépit amoureuxChapitre 50 sur 93 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

Qu'à nos vœux, par honneur, notre bouche s'oppose, Et que de tels refus promettent toute chose. C'est vous faire, sans doute un assez libre aveu, Et sur notre pudeur me ménager bien peu. Mais puisque la parole en est enfin lâchée, A retenir Damis me serais-je attachée?

A.urais-je, je vous prie, avec tant de douceur Écouté tout au long l'offre de votre cœur? Aurais-je pris la chose ainsi qu'on m'a vu faire. Si l'offre de ce cœur n'eût eu de quoi mo plaire? Et lorsque j'ai voulu moi-même vous forcer A refuser l'hymen qu'on venait d'annoncer. Qu'est-ce que cette instance a dû vous faire entendre, Que l'intérêt qu'en vous on s'avise de prendre, Et l'ennui qu'on aurait que ce nœud qu'on résout Vînt partager du moins un cœur que l'on veut tout?

C'est sans doute, madame, une douceur extrême

Que d'entendre ces mots d'uie boucUd qu'on aime ;

Leur miel, dans tous mes sens, fait couler à longs traits

Une suavité qu'on ne goûta jamais.

Le bonheur de vous plaire est ma suprême étude,

Et mon cœur de vos vœux fait sa béatitude ;

Mais ce cœur vous demande ici la liberté

D'oser douter un peu de sa félicité.

Je puis croire ces mots un artifice honnête

Pour m'obliger à rompre un hymen qui s'apprête ,

Et, s'il faut librement m'expliquer avec vous.

Je ne me lirai point à des propos si doux.

Qu'un peu de vos faveurs, après quoi je soupire,

Ne vienne m'assurer tout ce qu'ils m'ont pudire,

Et planter dans mon âme une constante foi Des charmantes bontés que vous avez pour moi.

BLMIRE, après avoir toussé pour avertir son mari.

Quoi I vous voulez aller avec cette vitesse, Et d'un cœur, tout d'abord, épuiser la tendresse? On se tue à vous faire un aveu des plus doux ; Cependant ce n'est pas encore assez pour vous I Et l'on ne peut aller jusqu'à vous satisfaire, Qu'aux dernières faveurs on ne pousse l'affaire I

Moins on mérite un bien, moins on l'ose espérer. Nos vœux sur des discours ont peine à s'assurer. On soupçonne aisément un sort tout plein de gloire^ Et l'on veut en jouir avant que de le croire. Pour moi, qui crois si peu mériter vos bontés, Je doute du bonheur de mes témérités ; Et je ne croirai rien que vous n'ayez, madame. Par des réalités, su convaincre ma flamme.

ELMIRE

Mon Dieu, que votre amour en vrai tyran agiti

Et qu'en un trouble étrange il me jette l'esprit I

Que sur les cœurs il prend un furieux empire I

Et qu'avec violence il veut ce qu'il désire I

Quoi I de votre poursuite on ne peut se parer,

Et vous ne donner pas le temps de respirer I

Sied-il bien de tenir une rigueur si grande,

De vouloir sans quartier les choses qu'on demande.

Et d'abuser ainsi, par vos efforts pressants,

Du faible que pour vous vous voyez qu'ont les gensf

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