‹ Le Tartuffe. Le dépit amoureuxChapitre 51 sur 93 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

Mais, si d'un œil bénin vous voyez mes hommages, Pourquoi m'en refuser d'assurés témoignages?

ELMIRE

Mais comment consentir à ce que vous voulez Sans offenser le Ciel, dont toujours vous parlez?

Si ce n'est que le Ciel qu'à mes vœux on oppose. Lever un tel obstacle est à moi peu de chose ; Et cela ne doit point retenir votre cœur,

ELMIRE

Mais des arrêts du Ciel on nous fait tant de peur?

Je puis vous dissiper ces craintes ridicules, Madame ; et je sais l'art de lever les scrupules. Le Ciel défend, de vrai, certains contentements ; Mais on trouve avec lui des accommodements. Selon divers besoins, il est une science, D'étendre les liens de notre conscience, ^.. Et de rectifier le mal de l'action Avec la pureté de notre intention.

De ces secrets, madame, on saura vous instruire ; Vous n'avez seulement qu'à vous laisser conduire. Contentez mon désir, et n'ayez point d'effroi : 3e vous réponds de tout, et prends le mal sur moi.

{Elmire tousse plus fort.) Vous toussez fort, madame.

ELMIRE

Oui, je suis au supplie».

Vous plaît-il un morceau de ce jus de réglisse?

ELMIRE

C'est un rhume obstiné, sans doute, et je vois bien Que tous les jus du monde ici ne feront rien.

Cela, certe, est fâcheux.

ELMIRE

Oui, plus qu'on ne peut dire.

Enfin, votre scrupule est facile à détruire. "Vous êtes assurée ici d'un plein secret. Et le mal n'est jamais que dans l'éclat qu'on fait. Le scandale du monde est ce qui fait l'offense; I Et ce n'est pas pécher que pécher en silence.

ELMIRE, après avoir encore toussé et frappé sur la table.

Enfin, je vois qu'il faut se résoudre à céder; Qu'il faut que je consente à vous tout accorder; Et qu'à moins de cela je ne dois point prétendre Qu'on puisse être content et qu'on veuille se rendre. Sans doute il est fâcheux d'en venir jusque-là, Et c'est bien malgré moi que je franchis cela ; Mais puisque l'on s'obstine à m'y vouloir réduire, Puisqu'on ne veut point croire à tout ce qu'on peut dire. Et qu'on veut des témoins qui soient plus convaincants, II faut bien s'y résoudre, et contenter.lës gens. Si ce contentement porte en soi quelque offense, Tant pis pour qui me force à cette violence : La faute assurément n*en doit point être à moi.

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