ACTE V, SCÈNE II
Vous Toyez YOlre erreur, et vous avez connu Que par un zèle feint vous étiez prévenu. Mais, pour vous corriger, quelle raison demande Que vous alliez passer dans une erreur plus grande. Et qu'avecque le cœur d'un perfide vaurien, Vous confondiez les cœurs de tous les gens de bien? Quoi 1 parce qu'un fripon vous dupe avec audace, Sous le pompeux éclat d'une austère grimace, Vous voulez que partout on soit fait comme lui, Et qu'aucun vrai dévot ne se trouve aujourd'hui! Laissez aux libertins ces sottes conséquences : Démêlez la vertu d'avec ses apparences, Ne hasardez jamais votre estime trop tôt, Et soyez, pour cela, dans te milieu qu'il faut. Gardez-vous, s'il se peut, d'honorer l'imposture : 'Mais au vrai zèle aussi n'allez pas faire injure; Et, s'il Tous faut tomber dans une extrémité. Péchez plutôt encor de cet autre côté.
SCÈNB I(
ORGON, CLÉANTE, DAMS.
DAMIS
Quoi ! mon père, est-il vrai qu'un coquin tous menace ; Qu'il n'est point de bienfait qu'en son âme il n'efface ; Et que son lâche orgueil, trop digne de courroux, Se fait de vos bontés des armes contre vous?
ORGON
Oui, mon fils; et j'en sens des doulours &QQ pareilles.
ICO LE TARTUFE
DAMIS
Laissez-moi ; je lui veux couper les deux oreilles. Contre son insolence on ne doit point gauchir : C'est à moi tout d'un coup de vous en affranchir, Et, pour sortir d'affaire, il faut que je l'assomme.
CLÉANTE
Voilà tout justement parler en vrai jeune homme. Modérez, s'il vous plaît, ces transports éclatants. Nous vivons sous un règne et sommes dans un temps Où par la violence on fait mal ses affaires.