‹ Le Tartuffe. Le dépit amoureuxChapitre 59 sur 93 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

Me chasser de mes biens, où je l'ai transféré, Et me réduire au point d'où je l'ai retiré!

DORINE

Le pauvre homme !

MADAME PERNELLE

Mon fils, je ne puis du tout croira Qu'il ait voulu commettre une action si noire»

Comment 1

MADAME PERNELLE

Les gens de bien sont enviés toujours.

ORGON

Que voulez-vous donc dire avec votre discours, Ma mère?

MADAME PERNELLE

Que chez vous on vit d'étrange sorîe, Et qu'on ne sait que trop la haine qu'on lui porto.

ORGON

Qu'a cette haine à faire avec ce qu'on vous dit?

MADAME PERNELLE

Je vous l'ai dit cent fois quand vous étiez petit : La vertu dans le monde est toujours poursuivie; Les envieux mourront, mais non jamais l'envie. ORGON.

Mais que fait ce discours aux choses d'aujourd'hui?

MADAME PERNELLE

On VOUS aura forgé cent sots contes de lui.

ORGON

Je vous ai dit déjà que j'ai tout vu moi-même.

MADAME PERNELLE

Des esprits médisants la malice est extrême.

Vous me feriez damner, ma mère. Je vous di Que j'ai vu, de mes yeux, un crime si hardi.

MADAME PERNELLE

Les langues ont toujours du venin à répandre; Et rien n'est ici-bas qui s'en puisse défendre.

ORGON

C'est tenir un propos de sens bien dépourvu. Je l'ai vu, dis-je, vu, de mes propres yeui Ti, Ce qu'on appelle vu. Faut- il vous le rebatU** Aux oreilles cent fois et crier comme quatre?

MADAME PERNELLE

Mon Dieu! le plus souvent l'apparence déçoit; Il ne faut pas toujours juger sur ce qu'on voit. ORGON.

J'enrage I

MADAME PERNELLE

Aux faux soupçons la nature est sujette, Et c'est souvent à mal que le bien s'interprète.

ORGON

Je dois interpréter à charitable soin Le désir d'embrasser ma femme 1

MADAME PERNELLE

Il est Icsoin Pour accuser les gens d'avoir de justes causes. Et TOUS deviez attendre à vous voir sûr des choses.

OROON.

Hé, diantre I le moyen de m'en assurer mieux?

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