‹ Le Tartuffe. Le dépit amoureuxChapitre 70 sur 93 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

n^m MASCÂRILLE.

'^^T monsieur, point du tout, votre ennui m'est sensible, Et pour vous en tirer je ferai l'impossible. Mais que puis-je, après tout? En troublant leurs amours, J'en retarde l'effet tout au plus de deux jours ; Car ils s'expliqueront, monsieur, je vous proteste, Et l'explication me deviendra funeste.

VALÈRE

Non, Érasle est jaloux, soupçonneux, c'est un fait. Tu verras, le dépit produira son effet; Malgré tout son amour, il doute de Lucile. J'ai toujours affecté de voir d'un œil tranquille Son bonheur ; quand il vient, je fais l'indifférent, Je le laisse avec elle, et sors d'un air content; Cette façon d'agir lui trouble la cervelle. Peu s'en faut qu'il ne croie son amante infidèle; Pour le persuader, portons les derniers coups. MASCARILLE.

En cette occasion, je risque tout pour vous, Puisque vous le voulez ; feignez que l'hyménée Avec elle en secret joint votre destinée. Ou plutôt laissez-moi conduire ce projet : S'il vous parle, tâchez, en faisant le discret, D'exciter ses soupçons; puis, sur quelque prétexte, Je viendrai sur-le-champ pour lui donner son reste. Qu'en dites-vous?

VALÈRE

Fort bien ; le tour est excellent ; Et de l'exécuter je suis impatient :

11 n'aura pas de peine à la croire infidèle, Car il est soupçonneux ; je veux me venger d'elle.

Et les punir des maux qu'ils m'ont fait endurer. Quelqu'un Tient, c'est lui-même; allons nous préparer.

{Ils sortent.)

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