‹ Le Tartuffe. Le dépit amoureuxChapitre 83 sur 93 · ACTE II , SCîèNE I · texte numérisé non relu

ACTE II , SCîèNE I

De l'écrit obligeant le sien tout transporté, Ne me donnait pas moins que de la déité, Et cependant, jamais à cet autre message, Fille ne fut traitée avecque tant d'outrage ; Je ne sais, pour causer de si grands changementR, Ce qui s'est pu passer entre ces courts moments.

Rien ne s'est pu passer dont il faille être en peica, Puisque rien ne le doit défendre de ma haine. Quoi I tu voudrais chercher, hors cette lâcheté, La secrète raison de cette indignité?

Cet écrit malheureux, dont mon âme s'accuse, Peut-il à son transport souffrir la moindre excuse?

MARINETTE

En effet, je comprends que vous avez raison. Et que cette querelle est pure trahison. Nous en tenons, madame ! Et puis prêtons l'oreille A ces chiens de pendards qui nous chantent merveille. Qui pour nous accrocher feignent tant de langueur ; Laissons à leurs bons mots fondre notre rigueur I Rendons-nous à leurs vœux, trop faibles que nous sommes 1 Foin de notre sottise, et peste soit des hommes l

LUCILE

Eh bien, quoiqu'il s'en vante et rie à nos dépens, Il n'aura pas sujet d'en triompher longtemps. Et je lui ferai voir qu'en une âme bien fait© Le mépris suit de près la faveur qu'on rejette.

MARINETTE

Au moins, en pareil cas, est-ce un bonheur bien doux Quand on sait qu'on n'a point d'avantage sur nous ;

Marinelte eut bon nez, quoi qu'on en puisse dire, De ne permettre rien un soir qu'on voulait rire; Quelque autre, sur l'espoir du matrimonium ^ Aurait ouvert l'oreille à la tentation ; Mais moi, nescio vos.

LUCILE

Que tu dis de folies!

Et choisis mal ton temps pour de telles saillies ! Enfin, je suis touchée au cœur sensiblement, Et si jamais celui de ce perfide amant, Par un coup de bonheur, dont j'aurais tort, je pensa, De vouloir à présent concevoir l'espérance (Car le Ciel a trop pris plaisir de m'affliger, Pour me donner celui de pouvoir me venger), Quand, dis-je, par un sort à mes désirs propice, n reviendrait m'offrir sa vie en sacrifice. Détester à mes pieds l'action d'aujourd'hui. Je te défends surtout de me parler pour lui ; Au contraire, je veux que ton zèle s'exprime A me bien mettre aux yeux la grandeur de son crime, Et même, si mon cœur était pour lui tenté De descendre jamais à quelque lâcheté, Que ton affection me soit alors sévère, Et tienne comme il faut la main à ma colère.

MARINETTE

Vraiment, n'ayez pas peur, et laissez faire à nous, J'ai pour le moins autant de colère que vous, Et je serais plutôt fille toute ma vie Que mon gros traître aussi me redonnât envie, li vient, relirons-nous; laissons-les, croyez-moi,

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