‹ Le TartuffeChapitre 17 sur 106 · SCÈNE IL ' CLÉANTE, DORINE · texte numérisé non relu

SCÈNE IL ' CLÉANTE, DORINE

CLÉANTE

Je n'y ^ux point aller, De peur qu'elle ne vînt encor me quereller.

Que cette bonne femme!...

ménage , où la mauvaise humeur et le babil grondeur d'une vieille femme, la contrariété des avis et la marche du dialogue , font ressortir naturellement tous les personnages que le spectateur doit connaître, sans que le poëte ait l'air de les lui montrer. Le sot entêtement d'Orgon pour Tartuffe , les simagrées de dévotion et de zèle du faux dévot, le caractère tranquille et réservé d'Elmire , la fougue impétueuse de son fils Damis, la saine philosophie de son frère Gléante, la gaieté caustique de Dorine, et la liberté fEunilière que lui domie une longue habitude de dire son avis sur tout ; la douceur timide de Mariane, tout ce que la suite de la pièce doit développer; tout, jusqu'à Tamour de Tartuffe pour Elmire , est annoncé dans cette scène , qui est à la fois une exposition , un tableau , une situation. ( La Harpe. )

-• Au lever de la toile, on voit tous les acteurs rassemblés, hormis Orgon et Tartuffe. Le seul babil d'une \ieille grand'mère expose tous les intérêts , , tous les caractères , le sien propre, et le sujet de la fable : chaque mot sorti de sa bouche est un coup de pinceau hardi, brillant, large, rapide, qui peint, comme siu* une toile, autant de vivans portraits de famille. Tout se meut autour de la bonne femme , et la pièce entre de prime abord en action : exposition originale , animée , dont l'exemple parait unique au théâtre (M. Lemercier.)

I. D'après la i€/^re sur l'Imposteur, à la fin de la première scène , il n'y avait qu'Elmire qui accompagnât sa belle-mère : dans le Tartuffe, tous les personnages la suivent, à l'exception de Gléante et de Dorine. Pendant l'absence d'Elmire , les autres personnages s'entretenaient de la conduite que les faux dévots tiennent dans les maisons où ils sont admis. Ce passage fut supprimé , comme exagéré et comme pouvant donner Ueu à des applications dangereuses. On parlait aussi de la liaison de Mariane et de Valère : on savait que Panulphe s'opposait à leur union ; mais on ignorait son motif. L'intention de Molière , en faisant reconduire madame Femelle par la seule Elmire à peine convalescente, avait été de marquer, dès le commencement, le caractère de cette

DORITÎE.

Ah! certes, c'est dommage Qu'elle ne vous ouït tenir un tel langage :

Elle vous diroit bien qu'elle vous trouve bon, Et qu'elle n'est point d'âge à lui donner ce nom.

cl:éante.

Comme elle s'est pour rien contre nous échauffée ! Et que de son Tartuffe elle paroît coiffée !

DORINE

Oh! vraiment, tout cela n'est rien au prix du fils;

Et, si vous l'aviez vu, vous diriez : C'est bien pis! •

Nos troubles l'a voient mis sur le pied d'homme sage,

Et, pour servir son prince, il montra du courage;'

Mais il est devenu comme un homme hébété.

Depuis que de Tartuffe on le voit entêté;

H l'appelle son frère, et l'aime, dans son âme.

Cent fois plus qu'il ne fait mère, fils, fille, et femme.

C'est de tous ses secrets l'unique confident.

Et de ses actions le directeur prudent.

II le choie, il l'embrasse; et, pour une maîtresse.

On ne sauroit, je pense, avoir plus de tendresse :

A table , au plus haut bout il veut qu'il soit assis ;

Avec joie il l'y voit manger autant que six ;

Les bons morceaux de tout, il fait qu'on les lui cède;

femme scrupuleusement attachée à ses moindres devoirs. On ignore pourquoi Molière a supprimé cette intention vraiment dramatique (M. Petitot. ) Voir la Notice,

I. n est essentiel d'observer avec quelle adresse Molière prépare son dénouement dès le premier acte de la pièce ; voilà le bonhomme Orgon présenté d'un seul trait comme un citoyen digne de la grâce que doit lui faire le prince , au^ quel il sera déféré par TarlufiFe. (BasT.)

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