‹ Le TartuffeChapitre 23 sur 106 · ORGON, CLÉANTE · texte numérisé non relu

ORGON, CLÉANTE

CL]éAirrE.

A votre nez, mon frère, elle se rit de vous : Et,, sans avoir dessein de vous mettre en courroux,

- donne à un hypocrite imaginaire le visage d*un pénitent;» tandis que Molière le peint avec Tcreille rouge et le teint bien fleuri , mangeant le soir deux perdrix avec une moitié de gigot en hachis , passant ensuite dans son lit bien chaud , où, sans trouble , il dort jusqu'au lendemain , et huvant à son déjeuner quatre grands coups de vin, pour réparer le sang qu'avait perdu madame.

(Bret.)

I. A peine Orgon a-t-il parlé, qu'il se peint tout entier par un de ces traits qui ne sont qu'à Molière. On peut s'attendre à tout d'un homme qui, arrivant dans sa maison, répond à tout ce qu'on lui di( par cette seule question : £t Tartuffe ? et s'apitoie sur lui de plus en plus, quand on lui dit que Tartuffe a fort bien mangé et fort bien dormi. Cela n'est point exagéré : c'est ainsi qu'est ^t ce que les Anglais appellent Vinfatuation, mot assez peu usité parmi nous , Biais nécessaire pour exprimer un travers très-commun. (Laharpe.)

•^ La seule condition de la force comique place le Tartuffe au-dessus du Misanthrope, et conséqùemment de toutes les comédies. Dans la vive scène de l'exposition il y a force comique ; dans cet interrogatoire d'Orgon , que l'on instruit de la maladie de sa femme , et dont l'inquiétude n'aboutit qu'à redire , Et Tartuffe Pily a force comique; dans cette exclamation réitérée d'Orgon, à qui I^on donne les meilleurs témoignages du bon appétit , du paisible sonuneil et de la fraîche santé du dévot, qu'il plaint en soupirant à chaque fois. Le pauvre homme.' il y a force comique. (M. Lemeroer.) Voir à la Notice l'origine de cette comique exclamation.

Je vous dirai, tout franc, que c'est avec justice.

A-t-on jamais parlé d'un semblable caprice?

Et se peut-il qu'un homme ait un charme aujourd'hui

A vous faire oublier toutes choses pour lui ;

Qu'après avoir chez vous réparé sa misère.

Vous en veniez au point...?

ORGON

HaltCrlà, mon beau-frère; Vous ne connoissez pas celui dont vous parlez.

CLÉANTE

Je ne le connois pas, puisque vous le voulez; Mais enfin , pour savoir quel homme ce peut être....

ORGON

Mon frère, vous seriez charmé de le connoître.

Et vos ravissemens ne prendroient point de fin.

C'estunhomme...qui...ah!...unhomme...unhommeenfiii.'

Qui suit bien ses leçons goûte une paix profonde.

Et comme du fumier regarde tout le monde.

Oui , je deviens tout autre avec son entretien :

Il m'enseigne à n'avoir affection pour rien ;

De toutes amitiés il détache mon âme ;

Et je verrois mourir frère, enfans, mère et femme.

Que je m'en soucierois autant que de cela. *

1. Rien de plus naturel que ce compte rendu par Orgon de ce qui cause son admiration. Quoi que Boileau en ait dit, Tadmiration et l'enthousiasme , quelque clairement conçus qu'ils soient, se rendent peu facilement ; et il n'y a rien de plus ordinaire que d'entendre un homme , qui a pris à tâche de vous faire partager son vertige , laisser échapper quatre ou cinq exclamations , et les terminer par un suffit , ou un enfin , comme Orgon.

2. Digne expression des sentimens humains de ces bons dévots, qui, selon leur propre dire , mettent humblement toutes leurs pertes au pied de la croix ,

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