BOBINE
Avez- VOUS donc perdu, dites-moi, la parole?
Et faut-il qu'en ceci je fasse votre rôle ?
Souffrir qu'on vous propose un projet insensé. Sans que du moindre mot vous l'ayez repoussé!
MARIANE
Contre un père absolu que veux-tu que je fasse ?
DORIJN^E.
Ce qu'il faut pour parer une telle menace !
MARIANE
Quoi?
DORINE
Lui dire qu'un cœur n'aime point par autrui ; Que vous vous mariez pour vous, non pas pour lui; Qu'étant celle pour qui se fait toute l'affairé. C'est à vous, non à lui, que le mari doit plaire; Et que, si son Tartuffe est pour lui si charmant. Il le peut épouser sans nul empêchement. ^
MARIANE
Un père, je l'avoue, a sur nous tant d'empire. Que je n'ai jamais eu la force de rien dire.
I. Ce trait paraissait d'autant plus plaisant alors, quMl était nouveau. Le grand nombre des auteurs qui Tont emprunté à Molière n'en fait plus aujourd'hui qu'une plaisanterie triviale.
DORINE
Mais raisonnons. Valère a fait pour vous des pas : L'aimez-vous, je vous prie? ou ne l'aimez- vous pas?
MARIANE
Ah! qu'envers mon amour ton injustice est grande, Dorine! Me dois-tu faire cette demande?
T'ai-je pas là-dessus ouvert cent fois mon cœur? Et sais-tu pas* pour lui jusqu'où va mon ardeur?
DORINE
Que sais-je si le cœur a parlé par la bouche,
Et si c'est tout de bon que cet amant vous touche?
MARIANE
Tu me fais un grand tort, Dorine, d'en douter; Et mes vrais sentimens ont su trop éclater.
DORINE
Enfin, vous l'aimez donc?
MARIANE
Oui, d'une ardeur extrême.
Et, selon l'apparence, il vous aime de même?
MARIANE
Je le crois.
DORINE
Et tous deux brûlez également De vous voir mariés ensemble ?
I. T'ai-je pas là-dessus.,., et sais-tu pas ? Du temps de Molière, on supprimait sans scrupule la particule négative devant le point interrogant ; Vaugelas décide même qu'il est plus élégant de dire , ont- ils pas fait , que , n ont-ils pas fait. Aujourd'hui le contraire est décidé , mais on commet encore la faute.
(Bret.)