‹ Le TartuffeChapitre 36 sur 106 · Je me moquerois fort de prendre un tel époux · texte numérisé non relu

Je me moquerois fort de prendre un tel époux

Bret a trouvé cette expression ,ye me moquerais fort défaire telle chose, peu française , dans le sens de , je ne ^voudrais jamais faire telle chose. Il eût dû dire même qu'il y a ici un contre-sens; car on dit ordinairement : Je me moquerais défaire teUe cltose , pour,yc m' inquiéterais peu défaire telle chose; par exemple,

ORGON , après avoir manqué de donner un soufflet à Dorine.

Vous avez là, ma fille, une peste avec vous, Avec qui, sans péché, je ne saurois plus vivre. ^ Je me sens hors d'état maintenant de poursuivre; Ses discours insolens m'ont mis l'esprit en feu, Et je vais prendre l'air pour me rasseoir un peu. ^

je me moquerais bien de me 'voir décrié par les sots et les hypocrites , si j'étais auteur du Tartuffe ; et certes Dorine ne veut pas dire qu*// lui serait égal d'épouser Tartuffe , qu'elle s'en inquiéterait peu,

1. Cailhava, dans son dialogue précédemment cité, dit, eji parlant de Tacteur qui remplissait le rôle d'Orgon : «< L'endroit surtout dans lequel il s'est « montré le plus comédien , c'est au moment où Dorine lui dit :

Ah ! vous êtes dévot, et vous vous emportez !

« Le reproche l'a vivement frappé; il s'est recueilli un instant, et par là il a « motivé sa sortie précipitée , lorsque , poussé à hout par la soubrette, et crai- « guant de s'emporter encore , il s'écrie :

Vous avez là, ma fille, une peste avec vous.

Avec qui sans péché je ne saurois plus vivre.

2. Tout ce second acte est un chef-d'œuvre de dialogue vif et comique. Le rôle de la soubrette y est admirable ; les scènes entre Orgon et Dorine servent tous les jours à éprouver le talent des actrices qui débutent dans cet emploi.

On remarquera ici que tout ce qu'on a dit de la trop grande part que nous laissons prendre dans nos comédies à des valets s'applique moins directement aux soubrettes , qui très-souvent , auprès des jeunes personnes , jouent à peu près les rôles dont nos écrivains les ont chargées.

A l'égard des libertés de Dorine avec Orgon , que quelques geus trouvent un peu fortes, on ne réfléchit pas assez qu'un bonhomme du caractère de ce maître a dû laisser prendre chez lui un ton qui ne conviendrait point ailleurs. Crédule , faible et confiant, Orgon serait moins propre à être la dupe d'un fripon adroit, s'il avait su se faire respecter chez lui davantage. (Bret. )

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