‹ Le TartuffeChapitre 53 sur 106 · ACTE III, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IL

Et la chair sur vos sens fait grande impression! Certes, je ne sais pas quelle chaleur vous monte : Mais à convoiter, moi, je ne suis pas si prompte; Et je vous verrois nu, du haut jusques en bas, Que toute votre peau ne me tenteroit pas/

Mettez dans vos discours un peu de modestie, Ou je vais sur-le-champ vous quitter la partie.

DORINE

Non, non, c'est moi qui vais vous laisser en repos,

I. La modestie est tournée en dérision par la manière dont Tartuffe reproche à une soubrette rindécence de son ajustement : on peut être étonné que , d^ns une maison aussi sage que celle d'Orgon , dont le maître et la maîtresse donnent eux-mêmes l'exemple de la décence et du ton le plus honnête , il se trouve une soubrette vêtue avec une immodestie scandaleuse : il n'est pas moins étrange que cette soubrette soit encore plus indécente dans ses propos que dans sa parure , et réponde au zèle offîcieux du Tartuffe avec Pinsolence la plus gi'ossière et la plus cynique : cela n'est pas tout-à-fait conforme au proverbe, tel maître, tel ^alet; et Molière a sacrifié ici , comme en beaucoup d'autres endroits , le naturel et la vérité à la éQh^e comique. ( Geoffroy.)

^ La notice de Geof&oy sur le Tartuffe n'est qu'une pieuse homélie, dont il est facile de démontrer la mauvaise foi. Qui lui a dit que la mise de Dorine était moins convenable que celle d'Elmire , de Mariane , enfin , que la mode du temps? Qui le lui a dit? «Tartuffe,» répondra- t-il. Et n'auriez-vous pas dû songer, avant que de tancer Molière, qu'il doit entrer dans le calcul de ce monstre d'afQcber une pudeur déplacée , et vous en rapporter bien plutôt au respect pour les convenances , dont Molière a donpé tant de preuves , qu'à l'hypocrisie calomniatrice de Tartuffe ! Quant au reproche que Geoffroy adresse aux discours de Dorine , un autre littérateur s'est chargé de lui répondre dans la note suivante.

•-« La bégueulerie , qui sifflerait aujourd'hui ces paroles comn^e indécentes, mériterait elle-même d'être sifilée. D«rine ici ne plaisante pas aux dépens de la pudeur, mais elle prononce la sienne devant un cafard qui lui paraît en manquer ; et, le voyant tout apprêté , tout confit en ses discours , elle lui pai'le crûment, afin de le confondre par ses énergiques propos, où la force du comique de style se joint à la force de la situation. (M. Lemercier.)

Et je n'ai seulement qu'à vous dire deux mots.

Madame va venir dans cette salle basse,

Et d'un mot d'entretien vous demande la grâce.

Hélas! très-volontiers.

DORINE, àpart.

Comme il se radoucit! * Ma foi, je suis toujours pour ce que j'en ai dit.

Viendra-t-elle bientôt?

DORINE

Je l'entends, ce me semble.

Oui, c'est elle en personne, et je vous laisse ensemble.

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