Ce même cabinet dont Orgon a dit, acte n, scène i
Ce petit endroit est propre pour surprendre.
2. Molière n'a fait paraître TartufTe qu'à la seconde scène du troisième acte , d'abord pour ne pas\nontrer un scélérat pendant cinq actes entiers, ensuite pour se donner le temps d'établir d'avance l'idée de sa perversité; de sorte que les spectateurs, préparés par tout ce qu'ils entendent à ses criminelles entreprises , puissent le supporter jusqu'au dénouement. Quelque sages que soient ces précautions, elles n'ont pas paru suffisantes à la cour d'un prince, dont la piété sans doute est respectable, mais un peu timide. On assure que , lorsqu'il faisait jouer cette admirable comédie dans l'intérieur de son palais , le rôle de Tartuffe était supprimé. (M. Després, Mémoires sur Molière, page 9. )
Le P. Brumoy, Bret et M. Lemercier prêtent la même intention à Molière pour l'entrée tardive de Tartuffe, Ce dernier croit que Racine fut dirigé par le même calcul , lorsqu'il ne fit paraître Athalie qu'à la troisième scène du second acte. Quelque ingénieux que soient ces motifs , il est très-certain qu'ib ne furent point ceux, qui déterminèrent Molière , dont la véritid>le intention est consignée dans la Lettre sur l'Imposteur : « C'est peut-être une adresse de « l'auteur de ne l'avoir pas feût voir plus tôt, mais seulement quand l'action est « échauffée; car un caractère de cette force tomberait , s'il paraissait s'en faire « d'abord un jeu digne de lui ; ce qui ne se pouvait que dans le fort de l'action. *>
Si l'on vient pour me voir, je vais aux prisonniers Des aumônes que j'ai partager les deniers. "
DOBIJyE, à part
Que d'affectation et de forfanterie !
Que voulez-vous?
DORINE
Vous dire...
TARTUFFE, tirant un mouchoir de sa poche.
Ah ! mon Dieu ! je vous prie, Avant que de parler, prenez-moi ce mouchoir.
DORIWE.
Comment?
Couvrez ce sein , que je ne saurois voir.
Par de pareils objets les âmes sont blessées, Et cela fait venir de coupables pensées.
DORINE
Vous êtes donc bien Ipndre à la tentation;^
I. La Bruyère, dans son chapitre de la Mode, a tracé le caractère ^\m basa dévot qu'il nomme Onuphre. Il s*y est livré à plusieurs critiques artificieuses et indirectes du caractère de Tartuffe , que nous rapporterons à mesure, avec des réfutations.
*-* Onuphre ne dit point : « Ma haire et ma discipline; » au contraire, il passerait pour ce qu'il est, pour un hypocrite ; et il veut passer pour ce qu'il n'est pas, pour un homme dévot (La Bruyère.)
'^ Tartuffe ne le dirait pas non plus à Cléante , homme avisé , qui saurait le pénétrer et le lui reprocher en face , comme La Bruyère; mais il ne le dit qu'à son valet Laurent, et devant un domestique d'Orgon, afin que l'on croie à ses pieuses pratiques, dont l'ordre qu'il donne est une simple manifestation. (M. Lemercier.)
a. Orgon dit à Tartuffe , acte iv , scène 7 :
Comme aux tentations s'abandonne votre âme!