ORGON, ELMIRE, DAMIS, TARTUFFE
DAMIS
Nous allons régaler, mon père, votre abord
D'un incident tout frais, qui vous surprendra fort.
Vous êtes bien payé de toutes vos caresses ,
Et monsieur d'un beau prix reconnoît vos tendresses.
Son grand zèle pour vous vient de se déclarer.
Il ne va pas à moins qu'à vous déshonorer;
Et je l'ai surpris là, qui faisoit à madame
L'injurieux aveu d'une coupable flamme.
Elle est d'une humeur douce, et son cœur, trop discret,
Vouloit à toute force en garder le secret;
Mais je ne puis flatter une telle impudence.
Et crois que vous la taire est vous faire une offense.
£LMIR£.
Oui, je tiens que jamais de tous ces vains propos On ne doit d'un mari traverser le repos; Que ce n'est point de là que l'honneur peut dépendre, Et qu'il suffit pour nous de savoir nous défendre. Ce sont mes sentimens; et vous n'auriez rien dit, Damis, si j'avois eu sur vous quelque crédit.*
I. U fallait qu*Elmire ne s*empressat pas d'accuser Tartuffe, et laissât ce premier mouYement à la jeunesse bouillante de son fils. Comme Timposteur vient à bout, à force d'adresse, d'infirmer le témoignage de Damis, et de le tourner à son avantage, au point d'augmenter encore la prévention et l'aveuglement d'Orgon, si Elmire eût figuré dans cette première tentative, son mari n'eût pas même voulu l'entendre dans une seconde. (Lahaepb.)