‹ Le TartuffeChapitre 62 sur 106 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

Ah! laissez-le parier; vous l'accusez à tort,

Et vous ferez bien mieux de croire à son rapport.

Pourquoi, sur un tel fait, m'être aussi favorable?

Savez-vous, après tout, de quoi je suis capable?

Vous fiez-vous , mon frère , à mon extérieur ?

Et, pour tout ce qu'on voit, me croyez-vous meilleur?

Non, non : vous vous laissez tromper à l'apparence;

Et je ne suis rien moins, hélas! que ce qu'on pense.

Tout le monde me prend pour un homme de bien ;

Mais la vérité pure est que je ne vaux rien.

(S'adressant à Damis.)

Oui, mon cher fils, parlez; traitez-moi de perfide. D'infâme, de perdu, de voleur, d'homicide; Accablez-moi de noms encor plus détestés :

Je n'y contredis point, je les ai mérités; Et j'en veux à genoux souffrir l'ignominie , Comme une honte due aux crimes de ma vie.

(A Tartuffe. ) (A son fils. )

Mon frère, c'en est trop. Ton cœur ne se rend point. Traître ?

DAMIS

Quoi! ses discours vous séduiront au point....

ORGON

(Relevant Tartuffe.)

Tais-toi, pendard! Mon frère, hé! levez-vous, de grâce!

(A son fils.)

Infâme !

DAMIS

Il peut....

ORGON

Tais-toi.

DAMIS

J'enrage. Quoi ! je passe....

ORGON

Si tu dis un seul mot, je te romprai les bras.

Mon frère, au nom de Dieu, ne vous emportez pas! J'aimerois mieux souffrir la peine la plus dure. Qu'il eût reçu pour moi la moindre égratignure.

ORGON , à son fils.

Ingrat !

Laissez-le en paix. S'il faut, à deux genoux, Vous demander sa grâce....

ORGON, se jetant aussi à genoux, et embrassant Tartuffe.

Hélas ! vous moquez-vous? '

( A son fils. )

Coquin, vois sa bonté!

I. Le prodige de l'art pour se tirer d'une situation difficile , c'est ce trait de caractère du Tartuffe :

Oui, mon firère, je suis un méchant , un coupable , etc.

Ce serait là le dernier degré de perfection du comique , si , dans la même pièce et après cette situation , on n'en trouvait une encore plus étonnante : je parle de celle de la table, au-delà de laquelle on ne peut rien imaginer.

(Mabmontkl,)

— Ce caractère de Tartuffe est d'une profondeur effrayante. Il ne se dément pas un seul moment ; il n'est jamais déconcerté; il prend ici Orgon par son faible, et se tire du plus grand embarras par le seul moyen qui puisse lui réussir. Un honnête homme faussement accusé ne tiendrait jamais ce langage; mais aussi Orgon n'est pas un homme qui connaisse le langage de la vertu et de la probité : celui de la raison, dans la bouche de Cléante, lui a paru du

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