ACTE III, SCÈNE VI
DAMIS
Donc...
ORGOW.
Paix.
DAMIS
Quoi! je....
ORGON
Paix, dis-je.
Je sais bien quel motif à l'attaquer t'oblige. Vous le haïssez tous ; et je vois aujourd'hui Femme, enfans et valets déchaînés contre lui. On met impudemment toute chose en usage Pour ôter de chez moi ce dévot personnage :
Mais plus on fait d'efforts afin de l'en bannir, Plus j'en veux employer à l'y mieux retenir; Et je vais me hâter de lui donner ma fille, Pour confondre l'orgueil de toute ma famille.
libertinage; et celui de Timposture, dans la bouche de Tartuffe, lui parait le sublime de la dévotion. (Laharpe.)
-« n y a force comique dans la confession simulée des amas d'horreurs outrées dont le monstre est capable , exagération par laquelle il ôte toute croyance aux témoignages du crime réel dont on l'accuse; dans le double agenouillement de cet imposteur en fece d'Orgon , lorsque l'un feint d'implorer le pardon de Damis , et que l'autre le supplie de se relever en maudissant son fils, il y a force comique supérieure. Les personnes trop délicates, à qui l'agenouillement risible des deux acteurs paraîtrait dégénérer en fure invraisembld)le , ne blâmeront plus son excès de ridicule , en apprenant à quelles hautes sources Molière puisait la vérité. Quand le duc de Montmorency fiit condamné à une peine capitale par l'ordre du cardinal de Richelieu , la princesse de Condé vint solliciter sa grâce en se jetant aux pieds du ministre-prélat, qui, de son côté , se jeta aux genoux de la princesse , en la priant de lui pardonner son refus. Une si étrange scène de cour, que l'auteur désignait peut-être, ne désanoblit pas la force comique du Tartuffe, (M. Lembrgibr.)
DAMIS
A recevoir sa main on pense l'obliger ?
ORGON
Oui, traître, et dès ce soir, pour vous faire enrager. Ah ! je vous brave tous , et vous ferai connoître Qu'il faut qu'on m'obéisse, et que je suis le maître. Allons, qu'on se rétracte; et qu'à l'instant, fripon, On se jette à ses pieds pour demander pardon.
DAMIS
Qui? moi! de ce coquin, qui, par ses impostures
ORGON
Ah! tu résistes, gueux, et lui dis des injures?
(A Tartuffe.)
Un bâton ! un bâton ! Ne me retenez pas.
(A son fils.)
Sus; que de ma maison on sorte de ce pas.
Et que d'y revenir on n'ait jamais l'audace.
DAMIS
Oui, je sortirai; mais....
ORGON
Vite, quittons la place.
Je te prive, pendard, de ma succession.
Et te donne, de plus, ma malédiction. *
I. Il y a beaucoup d'art sans doute dans la manière dont Tartuffe s'y prend pour en imposer à sa dupe , quand Damis l'accuse en présence d'Elmire , qui n'en disconvient pas , d'avoir voulu déshonorer Orgon. Mais ici Molière, qm savait se servir de tout , a employé très-heureusement un moyen que Scarron lui avait indiquée Jamais il ne fiit mieux dans le cas de dire : Je prends mon bien où je le trouve; car une idée perdue dans une assez mauvaise Nouvelle , que personne ne lit, lui a fourni une scène admirable. (Laha&pe.) Voir la Notice,
-< C'est dans cette scène qu'il faut s'étonner du génie de Molière. L'impé-