‹ Le TartuffeChapitre 71 sur 106 · ORGON, ELMIRE, MARIANE, CLÉANTE, DORINE · texte numérisé non relu

ORGON, ELMIRE, MARIANE, CLÉANTE, DORINE

Ah ! je me réjouis de vouis voir assemblés.

(A Mariane.) Je porte en ce contrat de quoi vous faire rire. Et vous savez déjà ce que cela veut dire.

MARIANE , aux genoux d'Orgon.

Mon père, au nom du ciel, qui connoît ma douleur. Et par tout ce qui peut émouvoir votre cœur, Relâchez-vous un peu des droits de la naissance,* Et dispensez mes vœux de cette obéissance.

abuse, et se défendre de leurs propos, en les devançant par mille infirmations calomnieuses : il se fera plaindre , s'il le faut, des mortifications que lui coûtent ' les bienfaits qu'on l'aura forcé d'accepter. Ses crimes ne sont vraiment que ceux de l'hypocrisie qui nuit avec prudence, et pèse le mal qu'elle peut faire sans danger ; car ils n'auront donné aucune prise contre sa personne à la sévé^ rite des lois, dont il aura tourné les formes au profit de tous ses actes; et, s'il se venge lui-même , il s'arrogera dans sa secte l'honneur d'un zèle qui sacrifia tout aux intérêts de l'État et du ciel ofTensé. Tel est , trait pour trait, le caractère d'un imposteur consommé dans son art comme Tartuffe : l'Onuphre de La Bruyère n'en serait qu'un faible écolier, qui, s'il lui ressemblait en quelque chose, aurait une fade couleur, et non le lustre animé qui brille en ce modèle tout théâtral. (M. LEMERCisa.) Voir la Notice,

I. Les droits de la naissance; Mariane veut dire : Les droits de la paternité; mais le sens de ces deux locutions est loin d'être le même.

Ne me réduisez point, par cette dure loi,

Jusqu'à me .plaindre au ciel de ce que je vous doî;

Et cette vie, hélas! que vous m'avez donnée,

Ne me la rendez pas, mon père, infortunée.

Si, contre un doux espoir que j'avois pu former.

Vous me défendez d'être à ce que j'ose aimer.

Au moins, par vos bontés, qu'à vos genoux j'implore,

Sauvez-moi du tourment d'être à ce que j'abhorre.

Et ne me portez point à quelque désespoir.

En vous servant sur moi de tout votre pouvoir.

ORGO]N^ , se sentant attendrir.

Allons, ferme, mon cœur! point de foiblesse humaine!'

MARIANE

Vos tendresses pour lui ne me font point de peine; Faites-les éclater, donnez-lui votre bien.

Et, si ce n'est assez, joignez-y tout le mien;* J'y consens de bon cœur, et je vous l'abandonne : Mais, au moins, n'allez pas jusques à ma personne; Et souffrez qu'un couvent^, dans les austérités,

I. En quel endroit la force comique manque-t-elle ? où ne la retrouve-t-on plus? Est-ce après qu'Orgon, ayant enrichi Timposteur de la donation de ses hieaSf lui veut sacrifier sa propre fille, et qu'ayant rassemblé sa famille désolée, la triste Mariane se précipite aux pieds de son père , qui s'exhorte par ces mots à rester inflexible :

Allons, ferme, mon cœur! point de foiblesse humaine!

(M. Lemeroer.)

a. Tout le bien de Mariane, c'est à-dire , tous ses droi<s dans la succession de sa défunte mère, première femme d'Orgon.

3. L'édition originale et celle de i68a portent toutes deux consent. Il n'y a que les éditions modernes qui écrivent ce mot comme on l'écrit aujourd'hui. On trouve couvent en plusieurs endroits des Œuvres de Voltaire : « Il lui

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